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Gouvernance d'Alpha Condé et impasse politique en Guinée: Jean-Marie Doré parle...

CONAKRY-Comment voit-il la gouvernance du président Alpha Condé?Comment sortir la Guinée de l'impasse politique? Pour cet entretien à chaud avec notre rédaction, Jean-Marie Doré ne ménage pas ses efforts.L'ancien premier ministre de la transition aborde plusieurs sujets brûlant de l'actualité nationale.Interview exclusive sur Africaguinee.com.
AFRICAGUINEE.COM: Bonjour M. DORE !
JEAN MARIE DORE : Bonjour M. DIALLO !
AFRICAGUINEE.COM: Comment réagissez-vous par rapport à la démission Louncény Camara à la tête de la CENI ?
JEAN MARIE DORE : Ce n’est plus un évènement, parce qu’il aurait dû démissionner depuis longtemps. S’il avait démissionné il y a six mois, huit mois, dix mois, ça aurait eu un impact sur le renouveau de confiance que l’on souhaite entre les acteurs politiques et le gouvernement. Mais en s’accrochant à ce poste dans ce contexte où on voit apparaître un nouvel opérateur de saisie qui est venu comme ça, et auquel le gouvernement tient comme la prunelle de ses yeux, l’affaire de Louncény devient accessoire dans sa portée. Le vrai problème, aujourd’hui, c’est qu’il y ait l’accord avec les partis politiques et que le gouvernement charge le PNUD (programme des nations unies pour le développement, Ndlr) de recruter sur la base d’un appel d’offre international un opérateur de saisie compétent qui n’a pas besoin des béquilles, parce qu’avec Waymark (société Sud Africaine, Ndlr), on est obligé d’aller recruter des experts pour les enseigner comment ils doivent travailler, c’est ridicule, donc c’est dire qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Or nous avons le sentiment qu’une gigantesque fraude doit être organisée en amont pour altérer le résultat. En le faisant, ce serait une atteinte grave au fondement de la démocratie et la liberté du choix du citoyen. Si le vote du citoyen est dévié, par une technique ou par une autre, on assassine la liberté. Parce que ceux qui gouvernent doivent gouverner par une libre majorité des citoyens. Mais si mécaniquement, on obtient une majorité qui n’est pas celle souhaitée par le peuple, c’est reculer pour mieux tomber au milieu du trou. C’est pourquoi je dis dans ce beau pays qu’est la Guinée, et compte tenu de l’écriture de notre constitution, et des lois organiques, un gouvernement n’a pas besoin forcement d’avoir la majorité au parlement. D’abord ça affaibli le débat, et ça dénature le débat et on s’écarte des vraies solutions pour faire plaisir au gouvernement et laisser de côté la Guinée. Or la Guinée est l’objet de nos débats et de nos préoccupations, de nos joies, de nos peines. Il n’est pas acceptable au nom de quelque philosophie que ce soit, au nom de quelques groupes d’intérêts que ce soit, de porter atteinte à la démarche guinéenne de sortie du trou.
AFRICAGUINEE.COM: Comment voyez-vous aujourd’hui une sortie de crise à la CENI qui est décapitée et amputée de sept de ses membres ?
JEAN MARIE DORE : Mais c’est de restructurer la CENI ! C’est de rétablir la parité. Parce qu’il y a des gens actuellement là -bas qui ne répondent pas aux conditions de nos choix parce que les partis qui les avaient envoyés ne répondent plus à l’adresse de leur partis. Ils ne sont légalement pas des représentants mais des bons commissaires. Le bon commissaire, c’est celui qui a des liens organiques avec son parti ou avec son organisation de la société civile. J’ai honte aujourd’hui qu’on soit obligé de parler c’est quoi la démocratie, comment on doit la mener, c’est une honte pour nous ! Surtout depuis le 3 avril 1992 on a reconnu le droit des partis politiques et on a lutté pour imposer le vouloir démocratique. 
Si encore les gens sont en train de parler comme si on est au temps de Lansana Conté, ça veut dire que nous nous sommes donné des coups d’épée dans l’eau.
AFRICAGUINEE.COM: En tant que leader du Club des Républicains, Comment réagissez-vous par rapport à l’appel au dialogue lancé par le président Alpha Condé à tous les acteurs politiques ?
JEAN MARIE DORE : Le CDR (Club Des Républicains, alliance du centre, Ndlr) n’a encore rien délibéré sur ce point, mais je peux exprimer le point de vue de mon parti l’UPG. C’est toujours une bonne chose que le chef de l’Etat fasse appelle au dialogue. Le président Alpha Condé avait le 15 novembre 2011, appelé les partis politiques pour s’excuser de n’avoir pas pris surtout l’initiative de nous associer, surtout ceux des forces vives autour des grands problèmes auxquels la Guinée est confrontée. On devait aller dialoguer sous l’égide du Premier ministre, sur tous les problèmes sans tabou. Alors nous pensions que le problèmes qui se posent aujourd’hui qu’il fallait régler à court terme pour baliser les voies de long termes, discuter du problème de la CENI et de trouver un opérateur de saisie fiable qui fera confiance aux gens. Puisqu’il s’agit d’un problème de confiance. Malheureusement avant même qu’on aborde le dialogue, le président a dit qu’on ne doit pas toucher à la CENI, qu’on ne doit pas toucher à Waymark. Alors de quoi on va discuter ? Je regrette profondément qu’il ne soit pas resté sur sa lancée du 15 novembre. Parce que moi personnellement j’ai soutenu sa déclaration à fond. Si le Chef de l’Etat fait bien il faut le soutenir, si l’opposition a des idées responsables, constructives, qu’on la soutienne, c’est pourquoi nous sommes au centre. Maintenant dans ce climat de méfiance extinctive, je suggère au Chef de l’Etat de faire l’initiative en même temps qu’il invite au dialogue. Je soutiens qu’il y ait un dialogue, mais c’est s’il renonce à Waymark, s’il donne champ libre au recrutement d’un opérateur de saisie sur la base d’un appel d’offre international. En ce moment-là je serai vraiment un guerrier pour défendre ses thèses. Mais tant que le paquet de doutes n’est pas ouvert et évacué, tout paraîtra suspect. On perd du temps, la Guinée perd du temps, puisque personne ne viendra investir dans un pays en crise. Encore, qui doit présenter un bilan, ce n’est pas moi, je n’ai pas une obligation de bilan à présenter. C’est M. Alpha Condé qui a une obligation de bilan à présenter. Donc c’est lui qui doit veiller à ce que son chemin ne soit pas obstrué par des obstacles non-programmés. 
La question qui se pose interpelle le Chef de l’Etat par rapport à l’obligation de prendre toutes les dispositions pour que l’Etat de droit soit une réalité vécue. L’Etat de droit c’est le respect des institutions, dont les partis politiques, dont le président de la République, dont la cour suprême, plus les créations telles que la CES (conseil économique et social, Ndlr) qui ne sont pas des institutions républicaines. C’est une structure d’étude, mais quand on les associe à l’élaboration des projets de loi, on est loin à l’Etat de droit. Si on dit les institutions républicaines, il y a une dont le monopole c’est de voter les lois, c’est le CNT (conseil national de transition, Ndlr), mais je ne vois pas pourquoi on agrège au CNT des institutions qui n’ont rien à avoir avec les attributions législatives.
AFRICAGUINEE.COM: Il y a deux obstacles qui attendent les leaders politiques. La recomposition de la CENI et la révision du fichier électoral. Selon vous, peut-on lever ces deux obstacles pour la tenue des élections d’ici la fin de l’année 2012 ?
JEAN MARIE DORE: Je n’ai pas la même démarche que la plupart des gens. Le problème n’est pas de faire des élections le samedi prochain, en novembre ou en décembre. Le problème c’est de faire des élections propres où les citoyens vont voter dans le bureau de vote le plus proche, où tous ceux qui sont recensés et qui disposent d’une carte électeur ou d’un récépissé puissent voter dans le bureau de vote à proximité de leur domicile. Mais Waymark s’est spécialisé dans la tricherie en permettant que si vous êtes inscrits à Tombo dans Kaloum, au moment où vous allez prendre votre carte électeur, on dit ah, vous êtes inscrits à Lélouma. Vous ne pouvez plus voter. C’est ça l’atteinte grave programmée au droit à la liberté des citoyens. Si tout ça est levé, mais le président de la République a été élu pour cinq ans ! Dans cette limite de temps, c’est le chef de l’Etat guinéen, s’il pose des actes légaux, les citoyens sont tenus de respecter ces actes légaux. C'est-à -dire ceux qui sont dans l’acceptation exclusive de la constitution. Ce ne sont pas tous les actes que le président peut faire qui sont des actes légaux. Il faut que ces actes-là soient autorisés par la Constitution. C’est pourquoi les gens m’ont demandé ce que je pense des donzos, mais c’est du non-sens les donzos, ce sont des gens que je respecte beaucoup, ce sont des chasseurs de biches, d’antilopes, de lions, mais il n’ y a pas de biches à Conakry ici, alors pourquoi on va venir chasser des biches ici à Conakry ? Le président de la République a le droit d’être protégé par tous les organes de sécurité de notre pays, l’armée, la gendarmerie, la police. Il prend le nombre désiré pour assurer sa garde. Mais la loi guinéenne exclu la formation d’une milice privée, donc ce n’est pas normal qu’on voit des donzos ici venir verser des gris-gris dans les rues. C’est une atteinte grave à la normalité d’un Etat constitutionnel. Cela donne une impression très désagréable par rapport à notre souci de faire de la Guinée un Etat de droit. Donc la place des donzos c’est dans la brousse pour chasser l’antilope, ils n’ont pas le droit d’être en ville. Celui qui a conseillé l’utilisation des donzos s’est trompé. Il a lui-même violé délibérément, gravement la construction d’un Etat de droit. Le chef de l’Etat est protégé par l’armée guinéenne, par la gendarmerie et la police nationale. Personne, moi je n’ai pas le droit de porter un fusil pour dire je vais aller protéger le président ! Mon intention est bonne, mais ce n’est pas mon métier. Si je le fait on a le droit de me mettre aux arrêts. On est même tenu de me mettre aux arrêts, puisque je n’ai le droit de le faire.
AFRICAGUINEE.COM: Un mot sur la journée de deuil décrété par le gouvernement sur les morts de Zogota, de Siguiri et le naufrage dans les eaux aux larges de Kaloum?
JEAN MARIE DORE : C’est toujours bien mais c’est trop tard, ça n’a plus de portée. C’est dans les jours qui suivent l’annonce de ces massacres dont tous les responsables devaient être mis aux arrêts pour un jugement, qu’il fallait décréter la journée de deuil nationale. En Afrique du Sud c’est cinq jours ou une semaine. Donc je ne crois pas qu’on mesure correctement la valeur du citoyen guinéen. C’est dommage quand cinq citoyens guinéens sont abattus comme des bêtes galeuses, égorgés comme des moutons de tabaski, quand un être humain est maltraité à Zogota dans Nzérékoré jusqu’à ce que mort s’en suive, l’Etat devait s’excuser dans les heures qui suivent devant les populations et décréter une journée de deuil nationale. Il ne fallait pas attendre que nos compatriotes se noient dans les eaux entre Kassa et Conakry pour qu’on fasse de l’amalgame sur tous les morts et présenter les condoléances et décréter une journée de deuil national. Tout est fait à contre temps chez nous. Il faut agir dans le temps, je vous ai dit tout à l’heure que si la démission de Lounsény s’était fait dans le temps, six mois au moins, cela aurait créé une grande résonnance, ça aurait réduit même les revendications concernant Waymark. C’est le fait qu’on ait agit comme ça et qu’on pense que quand on décide c’est fini, non ! Nous sommes dans une république démocratique et la démocratie c’est le débat, il faut l’échange des idées pour qu’en fin de compte on prenne la meilleure. Mais si monsieur Doré dit que c’est lui seul qui détient la vérité, en ce moment-là on est dans une sorte de république de Doumbélane (allusion à la république imaginaire des animaux gouvernée par le lion, dans un roman de Léopold Sédar Senghor et d’Abdoulaye Sadji, ndlr)! Ce n’est pas bon parce que le président a été élu pour cinq ans, il a un programme à appliquer dans les domaines économiques, sociales etc. Il faut un cadre de paix civile pour parvenir à ça et encourager les investisseurs étrangers. Mais si dans le même temps on suscite des situations pour se cabrer, cela ne peut pas aller. Il y a un gouvernement qui est là pour réfléchir et prendre des décisions, il faut que le débat qui est entre les partis soit aussi dans le gouvernement.
AFRICAGUINEE.COM: Comment se prépare votre parti pour ces élections ?
JEAN MARIE DORE : On ne les prépare pas de deux manières. Pour préparer des élections, il faut contrôler le terrain. On prépare les élections dans les hameaux, dans les villages, on rencontre les citoyens pour leur expliquer ce que nous voulons faire de leurs votes. Et créer les structures qui véhiculent nos idées, puis on laisse la liberté aux citoyens de montrer s’il adhère à ce qu’on dit ou bien s’il n’adhère pas. Car il est absolument libre, mais il ne faut pas forcer, la liberté des citoyens est comme de l’or. Moi j’aime trop la liberté pour me permettre de la confisquer à quelqu’un. Dès l’instant que vous confisquez la liberté à quelqu’un ce que vous-même vous ne croyez pas à la liberté, parce que c’est quelque chose qui est très cher, rien ne peut se faire sans la liberté. Pour tout accomplir il faut la liberté du citoyen.
AFRICAGUINEE.COM: M. Doré, votre mot de la fin ?
JEAN MARIE DORE: Mon mot de la fin, je voudrais que les citoyens, le gouvernement, mais surtout le chef de l’Etat comprennent que la Guinée ne fera des miracles que dans le débat, dans le libre choix. Et que chacun doit s’abstenir coûte que coûte d’altérer la liberté des citoyens par quelques astuces que ce soit. Astuce humain, technologique, tout ça empêche la guinée d’aller vers l’objectif de développement, la cohésion nationale. Les gens parlent de réconciliation, le contexte qui est créé là est antinomique de la réconciliation. Si on dit que le vote en Guinée est ethnique, alors il faut en tirer toutes les conséquences, si vous empêchez un peulh mécaniquement de bénéficier des votes des peulhs, comment voulez-vous que les peulhs oublient cet acte là pour venir à l’unité nationale ? Si vous m’empêchez des millions d’hommes en forêt, je pense qu’ils vont croire que vous ne les respectez pas. Ce n’est pas moi qui le dis, mais il y a un constat en Guinée qui dit que le vote est ethnique. Mais on veut que l’ethnisme recul devant l’impératif de la cohésion nationale. Mais il y a des gens qui ont les yeux bandés devant l’éclat de ce qui s’impose à tous. C’est pourquoi quand on est élu président de la république, vous devez penser et réfléchir jour et nuit sur comment faire en sorte que les guinéens soient unis. Même si c’est un mois que vous faites ce n’est pas la durée qui compte, dès que vous êtes élus vous rentrer dans l’histoire. Donc il faut gérer cette communauté si diverse, si désireuse des libertés et des progrès. Alors les petits conflits comme ça, sont incompatibles avec mon éducation familiale, ma formation et ma culture. Je crois qu’il faut qu’on se mette au-dessus de nos contingences.
Interview réalisée par Diallo Boubacar 1
En collaboration avec SOUARE Mamadou Hassimiou
Pour AFRICAGUINEE.COM
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  Rubrique: Interview  date: 07-Sep-2012 ŕ 09:27:12  Partager:   :  |
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