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Augmentation des salaires et crise à Fria: Les précisions du syndicaliste Mamady Mansaré de la CNTG





CONAKRY-Les fonctionnaires guinéens vont ils obtenir une augmentation de salaire de 200%? Comment les négociations sur la crise de l'usine de Fria se déroulent-elles? Autant de questions abordées avec le syndicaliste Mamady Mansaré.Il est le Secrétaire général adjoint de la Confédération nationale des travailleurs de guinée(CNTG), chargé des relations intérieures.Il s'est confié à notre rédaction.

Africaguinee.com: Bonjour M. Mansaré !

Mamady Mansaré:
Bonjour M. Diallo!

Africaguinee.com: Lors de votre récente rencontre avec le gouvernement, vous avez réitéré votre plate-forme revendicative portant notamment sur une augmentation de 200% des salaires des fonctionnaires. Pensez-vous obtenir la satisfaction de vos revendications ?

Mamady Mansaré :
D’abord je voudrais rectifier une chose, nous n’avons pas été reçus par le gouvernement, mais plutôt on a ouvert les négociations avec le gouvernement et le patronat guinéen. Donc c’est une négociation tripartite axée sur la plate-forme revendicative du mouvement syndical guinéen. Quand je dis mouvement syndical guinéen, ce sont les huit centrales syndicales qui occupent l’espace syndical guinéen. Donc, d’une seule voix pour la première fois en République de Guinée ces huit centrales ont fait une plate-forme commune pour la mise en place d’une commission de négociation. La plate-forme se basait sur quatre points. Le premier c’était l’augmentation à 200% des salaires des fonctionnaires, le second point, c’était l’application du statut de l’Education et de la santé, le troisième est la mise en œuvre des conclusions des travaux des quatre commissions mises en place sur l’initiative du Chef de l’Etat à savoir l’emploi, le SMIG, la sous-traitance, les conditions de mise à la retraite et la protection sociale, et enfin c’était la résiliation du contrat pure et simple du contrat de vente de l’usine d’alumine de Fria par RUSSAL. Sur le contrat de vente de l’usine de Fria, le mouvement syndical guinéen a estimé que qu’il était entaché de pots de vin et qui est en violation du droit guinéen de cessation de cession des biens publics à tiers. Ces négociations ont commencé, il y a deux semaines de cela, les travaux vont dans des conditions très bonnes, le climat est serein. Nous syndicalistes, sommes confiants. Nous avons présentés notre argumentaire, et nous l’avons développé. On était sur le premier point, c'est-à-dire de l’augmentation du salaire à 200%. Donc, la partie gouvernementale a aussi présenté son argumentaire, nous allions nous retrouver le 17 septembre pour à mon avis finaliser les conclusions sur le premier point. Nous allons nous accorder sur les propositions des uns et des autres parce que c’est une négociation. Certainement entre le 17 et le 18 nous allons finaliser le premier point avant d’entamer les autres points. C’est un processus qui est engagé, il y a un dialogue qui s’est instauré, nous pensons que tout va bien se passer dans l’intérêt de la Guinée et des travailleurs guinéens. Voilà ce que je puis vous dire autour de ces négociations.

Africaguinee.com : Revenons sur cette affaire de Fria, depuis pratiquement cinq mois, cette usine est frappée par une crise, les travailleurs ne perçoivent pas de salaire. Or on a constaté un silence du mouvement syndical sur cette crise. Pourquoi cela ?

Mamady Mansaré :
Non ! Encore c’est une méprise. Le mouvement syndical guinéen n’a jamais été silencieux dans ce dossier. Le rôle de mouvement social, c’est de défendre les intérêts matériels moraux des travailleurs. Depuis le début de la crise jusqu’au moment où nous vous parlons, nous sommes engagés auprès des travailleurs. Mais malheureusement, un groupe de femmes travailleuses de Fria a coupé les herbes sous les pieds des syndicalistes. Ce groupe s’est mêlé aussi dedans, des groupements qui n’ont rien à avoir avec les travailleurs. Il y a eu une telle pression sur le syndicat de base qu’il a signé unilatéralement un protocole d’accord sous la pression du ministère sans l’accord du mouvement syndical.

Africaguinee.com : lequel des ministères ?

Mamady Mansaré :
Le ministère de la Fonction Publique et du travail. Malheureusement ou heureusement pour les travailleurs, ce protocole d’accord n’a pas été accepté par la partie Russe qui veut se servir un peu de Fria pour faire du chantage. Donc on est resté sur ce statuquo. Et on vous rappelle que le mouvement syndical a rencontré à plusieurs reprises le chef de l’Etat sur ce dossier. Et on était très bien avancé quand un groupe de femmes vendues et corrompues sont venues rencontrer des institutions de ceci ou de cela. Vous connaissez un peu le commun du guinéen.

Africaguinee.com : mais pourquoi avez-vous cédé alors ?

Mamady Mansaré :
Non mais… vous voyez un peu, des jeunes qui n’ont pas l’expérience des grands leaders syndicaux qui voient que toute une ville mette la pression sur eux et leurs familles. Des familles ont été prises en otage partout où ces familles passaient c’était des insultes, il y avait une telle pression qu’ils ne pouvaient pas tenir ! Heureusement encore une fois de plus, les russes ont voulu se servir de ça pour faire du chantage. Mais cela n’a pas marché. Aux dernières nouvelles, le Premier ministre s’est déplacé à Fria, nous aurions appris qu’un protocole a été signé entre le syndicat de base et le gouvernement, et que le travail va reprendre et les cinq mois d’arriérés de salaires vont être payés. Nous pouvons dire encore qu’on vient de nous couper les herbes sous le pied parce que nous avions déposé une plate-forme où figure le dossier Fria. Mais qu’à cela ne tienne, nous considérons que ce qui est fait cela n’engage que ceux qui l’ont signé, nous, nous avons fait une plate-forme revendicative, l’usine Fria est un patrimoine national. On ne peut pas comprendre que cette entreprise soit vendue à 20 millions de dollars alors que des cabinets indépendants ont fixé le prix de cette usine à près de 220 ou 400 millions de dollars. Nous ne pouvons pas accepter qu’on brade l’économie guinéenne quand même.

Africaguinee.com : justement, mais pourquoi avoir attendu tout ce temps là avant de réagir et aller jusqu’à demander la résiliation du contrat ?

Mamady Mansaré :
On l’a toujours demandé, c’est que c’est la mémoire humaine qui oublie. Le mouvement syndical n’est jamais resté les mains croisées. Vous vous rappellerez qu’en 2006-2007, 2008-2009, nous avons été à la pointe pour demander la révision de ces contrats miniers. Puisqu’on a dit que nos biens et nos ressources ont été spoliés et bradés, donc c’est en droite ligne. Au moment de la transition avec le capitaine Dadis, le mouvement social était monté au créneau, vous vous rappellerez du fameux clash entre Dadis et Patcehnko (Ancien dirigeant russe de la compagnie RUSAL, ndlr).

Africaguinee.com : vous voulez dire que c’est vous qui aviez interpelé le président Dadis sur ces dossiers ?

Mamady Mansaré :
Oui c’est le mouvement syndical qui l’avait interpelé. On a monté un dossier qui prouvait tout ce que nous disions ! Donc tous les gouvernements qui se sont succédés ont été interpelés autour du dossier Friguia et des autres contrats miniers qui ont été mal ficelés. Et avec ce gouvernement du Pr Alpha, nous sommes encore revenus à la charge, après lui 5 ans, 10 ans plus tard, si nous ne sommes pas satisfaits, ce problème va être reposé tant qu’il y aura pas de solution définitive où le guinéen va rentrer en possession de son bien.

Africaguinee.com : Mais est ce que réellement c’est le rôle du mouvement syndical de demander la résiliation d’un contrat que l’Etat a signé avec une société. Est-ce que vous n’allez trop loin?

Mamady Mansaré :
vous oubliez d’abord deux choses. La première, vous-même vous l’avez défini que le syndicat défend les intérêts matériels et moraux des travailleurs. Cela veut dire que les intérêts de près de trois milles travailleurs et familles qui sont là, leur intérêts nous incombent. Et n’oubliez pas que c’est le mouvement syndical qui a amené ce pays à l’indépendance et dans la démocratie. En tant qu’organisation syndicale, notre devoir est de veiller à ce que les biens qui produisent le bien être des travailleurs soient protégés. Parce que n’oublié pas que si on entend améliorer les conditions des travailleurs c’est s’il y a des ressources !

Africaguinee.com : Ne pensez-vous pas qu’une telle demande doit normalement venir du parlement ?

Mamady Mansaré :
Si le parlement ne réagit pas, nous nous réagissions ! S’il y a une mauvaise gouvernance financière, vous ne pouvez pas revendiquer parce qu’il n’y aurait pas où prendre pour améliorer les conditions de vie et travail des travailleurs. Nous avons tout intérêt qu’il ait une bonne gouvernance, que les entreprises qui nous donne des recettes soient profitables pour l’Etat guinéen pour nous permettre de réclamer une amélioration. Mais si nous réclamons des améliorations des conditions à l’Etat Guinéen et qu’il n’y ait pas de ressources où prendre, est ce que nos revendications vont aboutir ? Vous voyez là comment les choses sont entrelacées, et n’oubliez pas que nous sommes avant tout de la société civile. Tous ceux qui exercent un pouvoir à notre nom doivent pouvoir nous rendre compte, s’ils ne le font pas nous sommes obligés de les interpeler.

Africaguinee.com : Nous savons que le mouvement syndical a toujours été à l’avant-garde des grandes crises qui ont frappé notre pays. Et actuellement, la crise politique a atteint un niveau inquiétant, quel appel avez-vous à lancer à l’endroit de la classe politique pour trouver une issue favorable à cette crise ?

Mamady Mansaré :
D’abord nous allons dire aux leaders politiques de cesser de prendre ce peuple en otage. Ce peuple a trop souffert, et nous disons que les politiciens doivent cesser de faire de l’ethnie un programme. Ils doivent nous proposer un programme de développement et non se baser sur l’ethnie pour diviser les guinéens, car cela ne nous amènera nulle part. Par rapport à la crise actuelle, nous avons fait des propositions au même titre que les autres institutions qu’on a présenté au CNT. Les résolutions qui sont sorties des travaux du CNT nous sommes solidaires de cela, parce que nous avons été consultés et nous avons fait nos propositions pour la sortie de crise.

Entretient réalisé par Diallo Boubacar 1
En collaboration avec SOUARE Mamadou Hassimiou
Pour AFRICAGUINEE.COM


  Rubrique: Economie  date: 04-Sep-2012 ŕ 10:55:12  Partager:   :

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