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Saadani Maalainie, ancienne déportée saharaouie à Cuba: " J’ai fait 17 ans sans voir ma famille"
[IMG1]Le conflit au sahara occidental continue d’être une tragédie sur le continent. Principales victimes, les populations saharouies. Saadani Maalainie, ancienne déportée à Cuba, membre du CORCAS, témoigne ici ses souffrances liées à ce conflit qui dure depuis 30 ans. Exclusif !
Africaguinee.com: Bonjour Madame. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs...
Je m’appelle Sahadani Mamadni. Je suis membre du Conseil royal consultatif des affaires sahariennes(CORCAS). Je suis activiste des droits de l’homme.
Lors d’une conférence de presse à Genève, vous affirmez avoir été victime d’enlèvement par le Polisario pour Cuba. Racontez-nous ...
Je suis un exemple parmi des milliers de saharaouis qui ont été victimes d’enlèvement. On nous a envoyé à Cuba, mais il y avait d’autres objectifs non affichés par le Polisario.Je suis parti à Cuba à l’âge de 10 ans.A l’époque, nous ignorions ces objectifs car ce n’était pas les familles saharouies qui décidaient de l’avenir de leurs enfants. C’était les responsables du Polisario qui décidaient du destin des enfants .
Le Polisario nous avait promis qu’une fois à Cuba, nous allons continuer nos études et retourner chaque année pour voir nos familles et que nous ne manquerions de rien. Mais ces promesses n’ont jamais été tenues! En ce qui me concerne, j’ai fait 17 ans sans voir ma famille! Alors qu’on nous avait promis un contact permanent avec nos familles. Et mon cas n’est qu’un parmi d’autres. Le problème, c’est que même ton diplôme, c’est le Polisario qui décide. Et si tu quittes le Polisario, tu restes otage malgré tout car tu ne peux pas travailler ailleurs puisque c’est le Polisario qui signe ton diplôme !
Je ne peux pas inculper les cubains, ils ne sont pas responsables de ce qui nous est arrivé. C’est le Polisario qui en est responsable. Durant cette période, nous avons manqué d’affection, nous étions en coupure avec nos traditions et nous avons été isolés pendant longtemps dans des écoles qui ressemblaient à des casernes! Le Polisario est donc responsable de notre enfance déchirée, où nous étions très loin de nos familles. Quand nous étions jeunes, nous travaillions dans des plantations de canne à sucre, souvent le bénévolat et dans des conditions très difficiles.
Vous accusez le Polisario de séparation forcée de familles saharouies. Quelles sont les conditions de vie des populations, en particulier des enfants qui vivent dans les camps du Polisario ?
Je ne peux pas vous dire exactement quelles sont leurs conditions de vie.Je suis rentrée dernièrement voir ma famille au sahara mais ils étaient tous pratiquement au Maroc.
NDLR :L’interprète, Moustapha Barzani (un ex dirigeant du front polisario) apporte des précisions :
Les enfants vivent dans des conditions très atroces.Le père ne vit pas à la maison puisqu’il est au champ de bataille, la mère aussi travaille dans les comités populaires ou les commissions instaurées par le Polisario. L’enfant est donc livré très tôt à une nourricière qui s’occupe de tous les enfants du quartier. Et à un âge plus avancé, les enfants intègrent les écoles avec une formation presque militaire à travers un alignement dans les rangs, le respect de l’hymne. A lâge adulte, tous les enfants intègrent l’armée! Mais certains enfants sont enrôlés à très bas âge dans les rangs de l’armée, malgré les conventions internationales qui protègent les enfants. Ainsi souvent, ces enfants ne sont pas normaux, car ils vivent dans des conditions très difficiles.
Avec ces accusations, envisagez-vous de porter plainte contre le Polisario devant la justice internationale ?
J’ai beaucoup de motifs pour porter plainte contre le Polisario devant la justice internationale.Ils m’ont non seulement volé ma jeunesse, mais ils ont aussi torturé mon père quand j’avais 5 ans. C’est un souvenir très douloureux que j’ai vécu.
Vous êtes ici à Genève, à l’occasion de la session des droits de l’homme. Qu’attendez-vous de la communauté internationale ?
Ce que j’attends de la communauté internationale, est qu’elle condamne les violations des droits de l’homme. Il y a eu des tortures, des enlèvements dans les camps du Polisario. Certaines ONG reconnaissent ces agissements inhumains tout en les qualifiant de « faits passés ».Ce qu’elles oublient, c’est que ce sont les mêmes dirigeants qui ont commis ces violations qui sont aujourd’hui à la tête du Polisario. Les ONG et la communauté internationale, doivent se placer du côté de la victime et non du côté du bourreau! Et j’attends de cette session des droits de l’homme q’elle se prononce pour condamner les dirigeants du Polisario qui ont commis pendant 30 ans des exactions contre le peuple saharaoui dans cette région .
Les négociations sur le sahara occidental commencent à Manhasset(NDLR:les négociations ont débuté dimanche dans la banlieue de New- York; c'est le quatrième round des négociations directes entre le Maroc et le Front Polisario sur le Sahara occidental).Quel message adressez-vous au Polisario ainsi qu’au gouvernement algérien ?
En tant que jeune activiste et victime, j’espère que ces atrocités prendront fin s’ils acceptent de mettre fin aux souffrances des saharaouis et que nous puissions nous réunir après tant d’années de séparation. Et la meilleure façon de bâtir cette unification, est qu’ils acceptent l’autonomie, une sorte d’autogouvernance(NDLR: autonomie promise par le Maroc) qui permettra de résoudre ce conflit et de permettre aux saharaouis de se réunifier et panser les plaies du passé. Nous espérons que Manhasset soit l’occasion pour que la main tendue aboutisse à la paix car nous avons vécu la guerre et ses souffrances pour construire notre région dans la paix.
En tant que militante des droits de l’Homme, avez-vous un message pour les populations saharouies qui vivent dans les camps du Polisario ?
Je veux que nos populations n’écoutent pas seulement le Polisario. Je leur lance un message de paix pour résoudre ce conflit pour que nous puissions nous réunir. Nous devons évoluer la main dans la main pour enterrer ce conflit qui n’a que trop duré avec son lot de souffrances.
Propos receuillis par Ismael Barry
Depuis Genève pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Interview  date: 16-Mar-2008 ŕ 23:20:26  Partager:   :  |
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