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Situation politique en Guinée: ce qu'en pense Soriba Sorel Camara, de la mouvance présidentielle





Faut-il laisser l'opposition manifester?Tous les partis politiques iront-ils aux élections législatives? Autant de questions que nous avons abordées avec Soriba Sorel Camara, secrétaire général de l'Union démocratique de guinée (UDG)et actuel secrétaire général du ministère de l'élevage.Ce cadre de la mouvance présidentielle s'est confié notre rédaction...

Africaguinee.com : L’opposition guinéenne, notamment l’ADP et le Collectif, envisage d’organiser une manifestation pour exiger du pouvoir en place un dialogue franc afin de trouver un terrain d’entente sur les points de divergences pour aller aux élections. Quelle est la position de la mouvance par rapport à ces mouvements de revendications ?

Soriba Sorel Camara :
Bon, moi je dirai que dans tout système démocratique, il y a toujours un gouvernant et un gouverné. Mais à l’intérieur de ce système, il y a toujours une mouvance et une opposition. L’opposition si elle envisage de manifester pour une énième fois comme vous le dites, moi je peux dire qu’il faut lui concéder cela. C’est un problème d’activités que l’opposition a déjà en vue. Que ça soit les villes mortes, les marches et autres, je pense que ce sont des formes d’expression d’une opposition en dehors d’une table de dialogue. Mais souvenez-vous que nous venons de sortir d’un dialogue qui a produit un rapport dans lequel, il y a eu des points de convergence et de divergence. Notamment sur la question liée à la CENI (Commission électorale nationale indépendante, Ndlr) et d’autres aspects liés aux élections. Alors, si elle désire manifester pour la énième fois, moi je dirai seulement de respecter la loi qui régit les manifestations publiques des partis politiques. Et également de tout faire au niveau de l’Etat pour sécuriser cette marche si elle est autorisée par l’autorité. C’est extrêmement important. Mais ce qu’il faut comprendre de nos jours, nous devons éviter dans nos marches même si elles sont autorisées, de créer les revers de la médaille, c'est-à-dire qu’ à l’intérieur des marches, provoquer les forces de sécurité et mettre sur le dos des uns et des autres les dégâts qui se commettent. Que chaque membre des partis politiques qui a un regard intéressant sur la préservation des acquis des biens matériels et ancestraux de notre peuple, qu’on les protège quelque soit le discours, les formes de manifestations qu’on fait ou quelques soit notre option de vision qu’on a, vis-à-vis du pouvoir. C’est extrêmement important.

En conclusion, je dirai qu’il faut concéder à l’opposition toutes formes de manifestation. Mais cette fois-ci, elle n’a pas défini encore sa stratégie, mais néanmoins, ce n’est pas mal, nous sommes tous des guinéens on est tous habitué à des pareils choses. Je pense que ça commence à devenir des non évènements pour les citoyens qui ont beaucoup plus de regard sur les acquis économiques et sociaux qui sont en vue sur le terrain que sur des problèmes politiques. Parce que le peuple est lassé de part et d’autre de tout ce qui se passe maintenant. Son option, c’est l’entente, l’unité et la paix, pour construire la Guinée.

Africaguinee.com : Dans vos explications, vous avez évoqué le rapport qui a été produit lors dialogue et qui a été transmis au Chef de l’Etat. Et qui était censé donner son point de vue sur ce rapport. Mais ce rapport est resté dans les placards…

Soriba Sorel Camara :
Là aussi, il faut le concéder au Chef de l’Etat. Quand on est Chef de l’Etat, on a sa stratégie de réponse aux questions qui se posent progressivement à la Nation. Et les questions prioritaires, vous les savez, c’est la lutte à outrance contre la précarité, contre la pauvreté et le combat pour l’achèvement du programme PPTE (Pays pauvres très endettés, Ndr). Mais sur le plan politique, le rapport a été déposé, si sur le plan formel il n’a pas donné encore de réponses rigoureuses, mais sur le plan politique, il a accédé, parce qu’il a fait annuler le chronogramme de la CENI.


Il a dit qu’il a mené 40 ans de lutte pour la démocratie, il ne va pas accepter que la Guinée sombre dans l’anarchie et dans la dictature. C’est pourquoi, tant qu’il n’est pas sûr que les choses soient normales, il ne va pas signer un décret qui convoque le corps électoral. Et d’ailleurs, il a même concédé à toute la classe politique d’accepter que l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), l’Union Européenne viennent, au-delà des résultats des audits fournis sur les différents opérateurs des élections, pour voir à l’intérieur pour lui faire des propositions. Je crois que tout cela, c’est dans un esprit de paix, de cohésion et des réponses à l’appel du peuple de Guinée, non pas de l’opposition seulement. Pour que les résultats qui sortiront des urnes soient des résultats crédibles, acceptables de tous.

Africaguinee.com : Vous parlez de l’OIF, est-ce son rôle de venir faire des propositions, alors que les différends, c’est entre le pouvoir et l’opposition ?

Soriba Sorel Camara :
Quand vous me posez cette question, je demanderai aussi, est-ce le rôle de l’OIF de se mêler aux élections présidentielles ? C’est une institution internationale francophone et je crois que culturellement, nous sommes liés par beaucoup de choses. Et quand l’OIF s’intéresse aux problèmes des pays francophones tant culturel que politique ou diplomatique, je pense qu’on exclut pas que ce soit son rôle. Et tant qu’une institution, tant qu’un groupe social ou politique veut se mêler à un débat, pour apaiser, pour permettre d’avoir la justesse dans la ligne qu’on doit suivre, je crois que ce n’est pas si mal.

Africaguinee.com : Le chef de l’Etat a annoncé que les élections législatives se tiendront après la fin de la période hivernale. Quel est le point de vue de la mouvance par rapport à cette annonce ? Pensez-vous que cela est tenable ?

Soriba Sorel Camara :
Si le président de la République dit cela, c’est que, lui-même il est pressé pour qu’on sorte de cette situation. Nous sommes en plein saison des pluies, et vous savez que c’est une période culturale, et sur le plan même des infrastructures, vous trouverez dans beaucoup de zones en Guinée où les eaux ont barré les routes, les ponts et autres. Les paysans mêmes ne seront pas prêts à répondre à un appel électoral. Alors le chef de l’Etat est convaincu que d’ici là, les problèmes qui se posent actuellement auront trouvé de solution. Mais retenons que dans un processus démocratique, tout le monde ne peut être dans les normes hein ! Ou bien sur la même ligne. Certains iront aux élections, d’autres n’iront pas quelques soit les règlements que l’on ferait. Ils trouvent leur compte, dans les revendications, dans des combats pour une question de leadership ou je ne sais quoi.

Africaguinee.com : Soyez plus explicite…

Soriba Sorel Camara :
Alors, je dirais que dans la mouvance il y aura des partis qui n’iront pas aux élections soit par faute de moyens, d’organisation ou par faute de programme. Et dans l’opposition aussi, il y a des partis qui ne veulent pas quoiqu’on dise, ils auront toujours des alibis pour retarder les élections, parce qu’ils ne veulent pas y aller ou parce qu’ils ne sont pas prêts. Mais je suis convaincu que quelque soit les alliances politiques, la pénalité, c’est que chaque parti politique présentera ces candidats. C’est une liste de partis politiques qui ira aux élections et non une liste d’alliance politique. Dans ce contour-là, il faudrait que les politiciens comprennent que la marche commune est normale sur le plan des revendications, mais sur le plan du pragmatisme et de la pratique politique, individuellement chacun est responsable de sa représentation au niveau des élections législatives.

Africaguinee.com : Aujourd’hui, vous n’êtes pas sans savoir que la principale pomme de discorde entre les acteurs politiques guinéens reste la CENI. Selon vous, quels compromis faudrait-il trouver autour de cette institution pour permettre d’aller aux élections ?

Soriba Sorel Camara :
La solution principale est fondamentale ; c’est d’accepter le compromis à tout bord et d’éviter la compromission.

Africaguinee.com : C'est-Ă -dire ?

Soriba Sorel Camara :
Accepter le compromis, c’est accepter ce qui nous régi tous. La loi. Elle a clairement défini les rôles des institutions. La loi a clairement défini la durée des institutions. Elle a même établi les fonctionnements des institutions. La compromission c’est la violation de cette loi. Vous savez que partout il y a eu des conflits dans ce monde, c’est parce que les gens ont violé les conventions, les lois au profit soit de la classe au pouvoir ou au profit des classes politiques qui tentent de défendre leur intérêt spécifique. Sinon ce qui est régi par la loi, est national et elle est citoyenne. La loi définie que la CENI est une institution transitoire dont la durée de mandat finie à la prise de fonction de la nouvelle institution. Cela est valable pour le CNT, cela est valable pour le conseil économique et social. Maintenant, la loi va jusqu’à définir un fonctionnement interne à la CENI. Le président de la République est une institution, je ne vois pas dans ces articles de loi que le PRG peut limoger une institution telle que la CENI. Certes l’assemblée c’est requis, mais dans des dispositions. Mais le président de la République garant des institutions peut avoir un regard sur le fonctionnement de l’Etat, lorsque ce fonctionnement là peut nuire à la paix sociale. C’est pourquoi, il est en train d’atténuer le programme, il est en train de remettre Louncény (président de la CENI, Ndlr) dans les normes. Il est en train de demander, concertez-vous avec les politiques. C’est ce qui nous régi. Maintenant dans ce compromis, tout en gardant la loi, pour ne pas être les acteurs de tout conflit par rapport à cette désintégration juridique, législative, nous avons trouvé des contours ou des compromis pour permettre à la classe politique actuelle d’être impliquée au suivi et à la gestion des élections. Au niveau de la CENI, nous avons décidé de mettre en place un comité des experts dans lequel tous les partis politiques seraient représentés.

Africaguinee.com : Mais ces propositions sont restées lettres mortes quand on sait que le Chef de l’Etat ne s’est pas exprimé là dessus ?

Soriba Sorel Camara :
Vous savez, nous avons un président, il faut le pratiquer. Il ne veut pas usé d’un manteau de chef absolu comme on l’a connu dans les régimes antérieurs. Il cherche toujours à avoir un compromis pour faire comprendre aux gens qu’il faut respecter la loi et aller ensemble. Mais il y a des compromis internes qu’on peut utiliser pour faciliter les choses. Je vais vous garantir une chose, l’affaire de crédibilité et de transparence dont on parle ne se jouerait que dans les CARLES et dans les démembrements de la CENI. Ce n’est pas au niveau d’un président de la CENI. Lorsque vous avez vos représentants de la CARLE de la moindre sous-préfecture jusqu’au niveau de la centralisation, et il a les résultats en main, cette fois-ci avec les changements en vue, l’esprit du guinéen est éveillé pour aboutir à cela. Mais pour arranger tout le monde, on a dit l’article 162 du code de la CENI donne trop de pouvoir au président de la CENI. Nous avons dit qu’il faut atténuer cet article, démocratiser de plus la CENI en transférant tous ces pouvoirs à la plénière de la CENI. Le président ne serait que l’exécutant d’ailleurs d’une partie des décisions. Les parties juridiques liées aux annulations, ce pouvoir là, il faut le transférer au niveau de la cours suprême qui est seule habilitée à cela. De nos jours, vouloir toucher à la CENI et vouloir organiser des élections en fin d’année, or nous sommes maintenant à la fin de la deuxième année du mandat, ça va créer un fiasco politique. 180 partis politiques existent, même s’il y a des groupes de partis qui sont formés à l’heure-là dans l’opposition, mouvance et autre, je vous garantis parce que j’ai suivi le transfert de la loi du haut conseil aux affaires électorales à la CENA. De la CENA à la CENI, j’étais député à l’époque. Je sais ce que les politiciens ont fait chaque fois pour changer dans leur intérêt. Alors si on va crescendo dans cet aspect, on ne perdra même les repères politiques.

Africaguinee.com :Vous parlez de respect de la loi en ce qui concerne la CENI, or, l’opposition clame haut et fort que le pouvoir en place a été le premier à violer les lois qui régissent le fonctionnement de cette institution, notamment en changeant les deux représentants de l’administration. Qu’en pensez-vous ?

Soriba Sorel Camara :
Moi je pense que le pouvoir n’a pas violé, le cadre de l’Etat peut être envoyé en mission par décret. Par un acte juridique, donc sa position vis-à-vis de cette tournure est très simple. Si on sent que le cadre qui est envoyé a dévié à sa mission, l’Etat gère tous les cadres. Mais ce qui est fondamental à la CENI c’est la représentation politique. Une fois que tu prêtes serment, tu ne réponds plus à l’obédience d’un parti politique. Mais le cadre, lui il continue de prendre son salaire à la fonction publique. Donc l’Etat a l’obligation de le surveiller dans l’exécution des missions qui lui sont confiées. S’il déroge à cela, l’Etat a le droit régalien de prendre ses dispositions pour se valoriser au sein des institutions. Alors quand il failli et que cela est mis en évidence, l’Etat a l’obligation régalien de prendre ces dispositions pour permettre à l’institution de marcher.




Africaguinee.com :Trouvez-vous normal que le président de la République aille visiter le siège du RPG-arc-en-ciel ?

Soriba Sorel Camara :
Vous voulez me dire par là qu’une fois le président est élu, il ne peut rendre visite aux partis politiques. Il est au-dessus des partis politiques ! Mais comprenez que tout cadre de l’Etat dans ses fonctions, a l’obligation de réserve politique les jours ouvrables. Mais un jour non ouvrable, tout cadre est citoyen simple, tout cadre est militant d’une option politique avouée ou inavouée. Mais concédons-lui cela ! Qu’on le dise ou non, c’est le RPG qui l’a mis au pouvoir. Il est le président de tous les guinéens. Mais ne pensez-vous pas qu’un jour le président de la République surprenne l’UFDG. Ou rendre visite aux militants du RPG ou assister à un meeting d’un parti politique ? Tout ça c’est régalien, c’est politique, pour vue l’action ne se mène pas à un jour ouvrable. Mais je pense c’est les samedis et les dimanches que le président de la République le fait.

Africaguinee.com : Votre dernier mot ?

Soriba Sorel Camara :
Mon dernier, j’appelle tout le monde à l’apaisement, à l’entente et à l’unité nationale, au respect de l’autorité de l’Etat, à la sauvegarde de nos lois qui régissent la sauvegarde des personnes, de leurs biens et des principes démocratiques. Le pouvoir d’aujourd’hui, était l’opposition d’hier. Et ce pouvoir d’aujourd’hui peut être l’opposition de demain. Comprenons que l’alternance démocratique n’a de sens que si on respecte nos lois. Je demande à tout le monde de se considérer d’abord en citoyen à priori avant de se considérer en politique pour que la Guinée marche, elle a tant souffert.

Interview réalisée par Boubacar 1 Diallo
Pour Africaguinee.com

  Rubrique: Interview  date: 14-Jul-2012 ŕ 10:50:13  Partager:   :

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