
24heures après le retour à Conakry du président Alpha Condé, la Guinée a annoncé vendredi l’envoie à Dakar d’un contingent militaire d’une centaine d’hommes pour renforcer les troupes en attente de la CEDEAO. Objectif affiché par le président Condé : montrer qu’une intervention militaire est inévitable pour sauver le Nord du Mali aux mains des islamistes.
Les soldats guinéens vont renforcer la Micema (Mission de la Cédéao au Mali) dont l’effectif affiché de 3000 hommes pourrait être triplé dans les prochaines semaines.
A l’image de ses pairs de la sous-région, le président Condé est hostile à toute force étrangère occidentale pour combattre les islamistes qui occupent le Nord du Mali. Il a plaidé la semaine dernière pour un appui logistique des puissances occidentales notamment en moyens aériens, en moyens d’observation et de renseignement pour aider la MICEMA dont les troupes seront déployées au sol.
En attendant le feu vert des autorités de la transition malienne pour leur déploiement sur le terrain, les soldats guinéens vont attendre à Dakar avec leurs collègues de la CEDEAO.
A Conakry, la décision d’envoyer les soldats guinéens n’a suscité aucune réaction officielle de la part de l’opposition, ni du conseil national de transition (organe législatif transitoire ). Pourtant, ni les coûts, ni les conséquences directes et indirectes liées à l’engagement de la Guinée dans le conflit malien ne sont connus .L’absence d’une assemblée nationale capable de demander des informations sur les modalités de cet engagement militaire de la Guinée au sein de la MICEMA, montre la toute-puissance de l’exécutif sans aucun contre-pouvoir. Car même si le cas malien est une urgence face à la menace islamiste qui pèse sur la sous-région, ce n’est pour l’instant pas une priorité pour les puissances occidentales. Engluées face à la tragédie syrienne, les puissances occidentales notamment les cinq membres du Conseil de sécurité de l’ONU peinent à trouver un compromis pour mettre fin aux exactions commises par le régime de Bachar El-Assad. Malgré les menaces islamistes qui frappent à leur porte, les puissances occidentales semblent hésiter à fournir cet appui logistique réclamé par la CEDEAO; elles même soumises à de sévères restrictions budgétaires. Car une guerre, ça coûte ! Et le financement d’une intervention militaire au Mali est loin d’être résolu. Si les puissances occidentales ne mettent pas la main à la poche pour financer la MICEMA, la CEDEAO a-t-elle moyens financiers pour soutenir cette force en attente ? Sinon quelle sera la part de la Guinée ? Ya-t-il d’autres puissances régionales comme l’Algérie pour financer cette guerre ? Autant de questions qui méritent des réponses. Le Nigeria qui est la grande puissance ouest-africaine peine à remettre l’ordre sur son territoire où les affrontements entre musulmans et chrétiens et les attentats terroristes sont fréquents. Lagos va-t-il fournir l’essentiel de la logistique et les hommes prévus pour la MICEMA ? Rien est sûr !
Un débat mérite cependant d’être ouvert à Conakry pour connaitre exactement ce qui attend la Guinée en cas d’engagement militaire au Mali. L’urgence de la situation au Mali ne doit en aucun cas, aboutir à des décisions précipitées sans une analyse exhaustive des répercussions d’une guerre qui peut durer plus longtemps que prévu.
Amadou Diallo
Pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Politique  date: 08-Jul-2012 ŕ 17:18:15  Partager:   :  |