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Droits de l'Homme: "Il n'y aura pas de réconciliation en Guinée sans la justice pour les victimes...





CONAKRY-Après la condamnation mercredi de l'ancien président libérien Charles Taylor, le président de l’observatoire national de la démocratie et des droits de l’Homme souhaite que justice soit rendue en Guinée pour les nombreuses victimes de violences.Mamadou Aliou Barry aborde dans cet entretien les conditions carcérales en Guinée, la plainte contre certaines autorités du pays sans oublier l'épineuse question de la réconciliation nationale.Il s'est confié au micro de notre reporter à Conakry...

AFRICAGUINEE.COM: Bonjour M. Barry!

MAMADOU ALIOU BARRY :
Bonjour M. Souaré !


AFRICAGUINEE.COM: Récemment la fédération internationale des droits de l’Homme a annoncé avoir déposé une plainte contre plusieurs hauts responsables du régime en place dont le gouverneur de la ville de Conakry, Commandant Sékou Resko Camara. Est-ce que vous pouvez nous donner plus de détails sur ce dossier ?

MAMADOU ALIOU BARRY :
Sur ce dossier là, moi-même je suis de la partie plaignante. Donc sur le plan technique c’est un dossier qui est entièrement piloté par la fédération internationale des droits de l’Homme et l’organisation guinéenne des droits de l’Homme.Il s’est avéré que le 23 octobre 2010, moi-même, dans le cadre de mes activités, je suis intervenu auprès de la garde présidentielle pour empêcher qu’elle violente des jeunes qui étaient là. J’avais été agressé, blessé par balle, j’ai été ensuite évacué sur Paris où j’ai reçu des soins.Donc la FIDH et l’OGDH dans le cadre de la lutte contre l’impunité a décidé d’accompagner les plaignants, les victimes de ces évènements pour porter plainte contre les présumés auteurs de ces violations.


Au niveau des plaignants, toutes les informations concordent que le commandant Resko (actuel gouverneur de la ville de Conakry, Ndlr), le Général Nouhou Thiam (ancien chef d’état major général des armées, Ndlr) et le commandant Aboubacar Sidiki alias « Degaulle » (ancien commandant de la garde présidentielle du Général Sékou Konaté, Ndlr) étaient responsables de ces violations. Donc il y a eu une plainte qui a été déposée par la FIDH (Fédération internationale des droits de l’Homme, Ndlr), en tant que victime, nous espérons que pour une fois la justice guinéenne prendra le bon bout pour ouvrir une fenêtre pour mettre fin à l’impunité.

AFRICAGUINEE.COM: Est-ce qu’aujourd’hui vous avez l’espoir que ce dossier aboutisse quant on sait que certains responsables présumés de massacres du 28 septembre 2009 à Conakry sont aujourd’hui des hauts commis de l’Etat ?

MAMADOU ALIOU BARRY :
Le message que j’ai toujours véhiculé ici c’est que la Guinée, contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent, n’est pas un scandale géologique, c’est un scandale humain. Tant qu’on ne mettra pas l’humain au cœur de la politique de l’Etat, on ira nulle part.Je ne peux pas comprendre par exemple, comment on peut investir pendant des années sur un étudiant et qu’au cours d’une manifestation, qu’on mette fin à ses jour. Actuellement, à la clinque « Mère et enfants », on a un jeune ingénieur informaticien qui a reçu des coups au niveau du carrefour de Hamdallaye, qui aujourd’hui a perdu toute capacité intellectuelle, il a des séquelles neurologiques, il ne peut plus s’exprimer, donc voilà un jeune qui ne peut plus servir le pays. Donc cela veut dire que si depuis 1958 (date de l’accession de la Guinée à l’indépendance, on a tout misé pour mettre l’humain au bas de la société, l’être humain est considéré comme moins que rien, ce pays n’ira nulle part si on ne met pas le guinéen au cœur de la société.

AFRICAGUINEE.COM: Certains leaders de l’opposition ont dénoncé récemment des pratiques de tortures à l’escadron mobile de Hamdallaye; quelle est votre réaction sur ce sujet ?

MAMADOU ALIOU BARRY :
Vous savez le phénomène de la torture en Guinée, c’est quelque chose de récurrent, qui ne date pas d’hier. Depuis les années d’indépendance jusqu’à nos jours, les forces de l’ordre ont eu la culture de la torture, que ça soit maintenant pour des raisons politique ou économique, quand on prend un voleur par exemple on l’envoi soit dans une gendarmerie ou dans un commissariat de police, et tout de suite c’est la torture. Nous avons constaté beaucoup d’avancée en matière de comportement des forces de l’ordre dans les manifestations ou dans le cadre de la reforme du secteur des armées.


Il reste vrai qu’il y a encore beaucoup de chemins à faire pour lutter contre ce phénomène de la torture, et si au niveau de la gendarmerie on observe une vraie information, une vraie sensibilisation pour lutter contre la torture, il reste vrai que cet escadron mobile de hamdallaye est aujourd’hui réputé pour un escadron qui pratique systématiquement la torture. Nous avons tous les témoignages, même la manifestation du 10 mai, qui est resté pacifique pendant un bon bout de la journée, s’est terminée par un tabassage au niveau du carrefour de hamdallaye et tous les jeunes qui ont été amenés à cet escadron ont été victimes de torture. C’est pourquoi nous avons toujours attiré l’attention du chef d’état major de la gendarmerie pour lui dire de faire un effort supplémentaire pour que cesse cette pratique qui aujourd’hui, fait peur aux jeunes, parce qu’ils savent tous qu’on y pratique la torture.

AFRICAGUINEE.COM: Quand est-il des conditions de détentions à la maison centrale de Conakry ?

MAMADOU ALIOU BARRY :
Pendant longtemps j’ai été conseiller en droit de l’Homme à la primature, j’ai beaucoup visité cette maison centrale. Pour un être humain c’est effrayant, c’est même au-delà de tout entendement, c'est-à-dire qu’on ne peut pas imaginer qu’au 21e siècle, que quelqu’un qui est humain, qu’on puisse mettre son prochain dans ces conditions carcérales.Malheureusement la justice guinéenne est le parent pauvre sur le plan budgétaire, les prisons en Guinée sont très défectueuses, les conditions carcérales sont vraiment délicates, mais la maison centrale est réputée.Tous ceux qui sortent de la maison centrale, sortent avec des séquelles du point de vue physique, même pas dues à la tortures, mais aux conditions carcérales, soit ils ont des problèmes ou des troubles mentaux.Il est temps donc que ce gouvernement actuel se penche sur cette question, notamment le ministre de la justice qui est un avocat.

AFRICAGUINEE.COM: M. Barry, l’ancien président libérien a été condamné ce mercredi à une peine de 50 ans par le tribunal spécial pour la Sierra Leone. En tant qu’activiste des droits de l’Homme qu’est ce que cela représente pour vous ?

MAMADOU ALIOU BARRY :
En tant qu’activiste des droits de l’Homme, c’est une très bonne nouvelle, mais cela m’amène à faire deux remarques. Si aujourd’hui un ancien chef d’Etat est jugé en Europe, cela veut dire que l’Afrique ne veut pas se doter d’instruments juridiques permettant de mettre fin à ces problèmes de violences et d’impunités.Il est vrai que la mise en place de la cour africaine des droits de l’Homme ou la commission africaine des droits de l’Homme, ce sont des pas qui sont véritablement intéressants, mais au niveau par exemple de la CEDEAO (commission des Etats de l’Afrique de l’ouest, Ndlr), on devait aller au-delà de ça pour que dans cette sous région, on se dote de juridictions capables de juger les chefs d’Etat qui seront responsables de violation des droits de l’Homme. A partir du moment où cela n’a pas été fait, c’est normal que les juridictions internationales se saisissent de ces cas de violations. Tout le monde se souvient de ce que Charles Taylor a fait au Libéria et en Sierra Leone en armant le « RUF », aujourd’hui encore quand vous allez en Sierra Leone, vous avez de véritables camps de handicapés, des jeunes qui ont été amputés des deux mains ou des deux pieds, pendant 4 ou 5 ans, Charles Taylor a financé le « RUF », il y a eu plus de 3 à 4000 victimes. Aujourd’hui il paye le prix de ce qu’il a semé en Sierra Leone et au Liberia. Au niveau des activistes des droits de l’Homme, nous disons aujourd’hui que c’est une bonne nouvelle dans le cadre de la lutte contre l’impunité, notamment les gens qui utilisent le pouvoir politique pour réprimer leurs populations.

AFRICAGUINEE.COM: Est-ce que selon vous il y a de l’espoir qu’un jour que les responsables de tous les massacres connus en Guinée soient traduits devant une juridiction ?

MAMADOU ALIOU BARRY :
Il est clair que toute réconciliation est illusoire si on ne rend pas justice aux différentes victimes. Je ne parlerais pas uniquement des victimes du 28 septembre (massacre de plus de 150 personnes au stade du même nom, Ndlr), quand vous discutez aujourd’hui avec les gens de l’association des victimes de juillet 1985, où Conté (l’ancien président guinéen Ndlr), à l’occasion d’une tentative de coup d’Etat a décimé toute l’élite militaire malinké, ils vous diront qu’on ne pardonnera jamais si on ne nous restitue pas dans nos biens, dans nos droits, et qu’on ne juge pas les auteurs.Quand vous discutez avec les gens de l’association des victimes du camp Boiro, ils vous diront tous la même chose. Tout cela veut dire que la réconciliation qu’on est entrain de tracer en Guinée, elle n’est que fictive, elle n’est que quelque chose d’artificielle, il n’ y a pas de réconciliation possible sans une véritable justice rendue aux victimes, et cela ne veut pas dire qu’elles veulent se venger.Je dis souvent que le meilleur chemin pour arriver à une paix durable c’est de passer par la justice transitionnelle, il faut la justice, la vérité et puis après le pardon derrière.

INTERVIEW REALISEE PAR SOUARE Mamadou Hassimiou

Chef de Bureau AFRICAGUINEE.COM

Guinée-Conakry

Tél. : (224) 62 65 75 74/ 64 95 36 33

  Rubrique: Interview  date: 31-May-2012 ŕ 09:49:57  Partager:   :

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