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Grande Interview: Thierno Seydou Bayo dit tout sur la CENI...





"Le président Alpha Condé doit se débarrasser de Louncény qui bloque tout!"C'est sur ce ton que le commissaire Thierno Seydou Bayo invite le chef de l'Etat à régler la polémique autour du président de la commission électorale nationale indépendante(CENI).Après le report de la date des législatives, la Guinée est toujours embourbée dans une transition politique.Sur les revendications de l'opposition,le rôle du président Condé, Thierno Seydou Bayo dit tout ou presque.Il s'est confié au micro d'Africaguinee.com...

AFRICAGUINEE.COM: Bonjour M.Bayo!

THIERNO SEYDOU BAYO:
Bonjour M. SOUARE!

AFRICAGUINEE.COM: Après l'annonce du report de la date des législatives par le président Condé, quelle est la situation actuelle au niveau de la CENI dont le président Louncény est toujours contesté par l'opposition?

THIERNO SEYDOU BAYO:
Si vous parlez de report par le président de la république moi je dirais que ce n’est pas cela, parce qu’en fait c’est lui qui fixe la date des élections, c’est ce qui est normal. Nous on s’est mis à sa place, on a fixé une date qui n’était pas tenable, donc à un moment donné il fallait qu’il prenne une décision, qu’il valide ou invalide la date proposée.Mais il s’est rendu compte à travers des gens qui connaissent bien la CENI, il s’est rendu compte que la date n’était pas tenable, il n’a donc pas pris le décret convoquant le corps électoral, c’est pourquoi d’ailleurs il nous avait appelé pour nous dire qu’il s’est rendu compte que ça ne marche pas. Donc pour ne pas que vous restiez là et que vous n’entendiez pas un décret, je vous appelle pour vous dire que je pourrais pas valider la date proposée.

AFRICAGUINEE.COM: Quand vous dites « nous », cela signifie que la date qui avait été proposée, était de commun accord avec tous les commissaires de la CENI ?

THIERNO SEYDOU BAYO:
Non ! Ce n’est pas tout le monde, c’est le président de la CENI qui avait pris cette décision, lui seul, c’est une décision qui a été prise unilatéralement.Mais ce n’était pas tenable parce que si je vous explique comment ça s’est passé, vous savez à la CENI il y a plusieurs départements, il y a un département planification qui est censé faire les chronogramme. Au lieu de laisser ce département faire son travail, surtout qu’il regorge de personnes compétentes, mais le président a pensé qu’il fallait créer une commission pour faire le chronogramme, ce qui n’est pas normal, donc cette commission a fait le chronogramme, c’était pour le 25 novembre, il (le président de la CENI, Ndlr) a dit que c’était trop loin, je lui ai demandé c’est trop loin par rapport à quoi parce que je ne comprenais pas, et au cours d’une plénière il a décliné le chronogramme qu’il a eu à faire lui seul.Moi j’ai levé le doigt pour demandé si nous les commissaires ne pouvions pas, pendant cette plénière, avoir une copie du chronogramme pour l’examiner et éventuellement l’amender, il a dit non, j’ai demandé à quoi servait alors la plénière, il dit que c’est pour valider, j’ai dis donc que je m’en vais. Après quelqu’un est venu me chercher dans mon bureau pour me dire après que le chronogramme sera remis à certains commissaires qui vont l’étudier et l’amender.

Le lendemain, on a attendu jusqu’à 13h, on a pas vu le chronogramme et j’ai appelé Louceny qui m’a dit au bout du fil qu’il voulait partir à la maison de la presse pour décliner le chronogramme, je lui ai demandé il nous prenait pour qui, parce que le chronogramme n’a même pas été amendé, et pire, ce n’est pas un chronogramme qui peut tenir, je lui ai dis que je n’irais pas assister à cette conférence de presse parce que si j’y vais, je serais obligé de le démentir.

Tout le monde sait que ce chronogramme là ne pouvait pas tenir, parce qu’il y a des paramètres qui n’étaient pas à notre portée, par exemple faire un appel d’offres pour l’audit du fichier, ce n’est pas nous qui devrions le faire, et on ne savait pas non plus le temps que ces auditeurs allaient prendre.

AFRICAGUINEE.COM: Le président Condé a réclamé un chronogramme réaliste avant de fixer une nouvelle date. Selon vous, quelles sont les conditions à remplir pour éviter un nouveau report?

THIERNO SEYDOU BAYO:
D’abord il faut savoir que la CENI ne fait les élections pour elle-même, elle ne fait pas les élections pour le gouvernement non plus.La première condition c’est d’abord de s’entendre avec les acteurs politiques qui sont les seuls candidats aux élections, c’est très important. Après cela, je pense qu’il faut décliner les activités de façon correcte, tenir compte des délais légaux et après la date qui sera fixée pourra être réalisable.

AFRICAGUINEE.COM: L'opposition réclame toujours une recomposition paritaire de la CENI alors que la CENI envisage de lancer les opérations de révisions des listes électorales dès le 2 mai 2012. Pourquoi cette cacophonie alors que d'autres pays comme la Côte d'Ivoire ou le Niger ont déjà installé leurs parlements?

THIERNO SEYDOU BAYO:
L’opposition a raison de demander la recomposition de la CENI, parce que si aujourd’hui il y a certains membres de l’institution qui ne se réclament plus comme étant membres des partis qui les ont envoyés là. Je crois que ce n’est pas compliqué, l’opposition réclame l’application de la loi 013 (loi qui demande une parité entre la mouvance et l’opposition au sein de la CENI, Ndlr), nous sommes obligés de suivre la loi.

AFRICAGUINEE.COM: Après les femmes, les leaders de l’opposition envisagent d’organiser des manifestations à partir du 8 mai prochain. Faut-il s’attendre à des violences selon vous ?

THIERNO SEYDOU BAYO:
Il faut craindre les violences! Nous sommes dans un pays démocratique, le président de la république actuel est civil et il est démocratiquement élu, donc il faudrait que le pouvoir tienne compte de ce que disent les autres aussi, c’est très important. A mon avis, la démocratie exige de tout le monde des lois à respecter, ce n’est pas de la pagaille mais il faut respecter la loi.

AFRICAGUINEE.COM: Le chef de l'Etat a par ailleurs déclaré qu'il ne peut pas changer les membres de la CENI. Votre réaction?

THIERNO SEYDOU BAYO:
C’est ce qu’il a dit mais je pense que pour que nous ayons des élections crédibles, acceptées par tous, il faudrait que lui-même s’implique. Il ne faudrait pas qu’on fasse des élections qui nous coûteraient beaucoup d’argent et que ça fasse l’effet d’un coup de sabre dans l’eau parce que nous faisons tout pour que l’opinion nationale et internationale voient que les élections ont été transparentes. Le président a lui-même dit qu’il ne peut pas organiser des élections qui ne sont pas crédibles, il se doit donc d’écouter son opposition, de toute la classe politique d’ailleurs, il doit faire en sorte que la SAGEM revienne et qu’on mette ses kits dans le logiciel de WAY-Mak, c’est ce qu’on appellera d’ailleurs révision.

AFRICAGUINEE.COM: Donc selon vous, le président de la république doit personnellement s’impliquer dans cette crise que traverse la CENI ?

THIERNO SEYDOU BAYO:
Tout à fait ! Il a d’ailleurs le droit parce que rappelez-vous que l’acte qui a amené le président de la CENI ici, est un décret présidentiel. On dit aussi que le président est le garant des institutions républicaines, donc il doit s’impliquer pour que toutes les institutions soient dans les normes. Parce qu’aujourd’hui on a des problèmes, si tout le monde dit qu’il faut changer le président de la CENI, moi je crois que c’est la majorité des guinéens qui le pense, en fait il (le président de la CENI, Ndlr) n’est plus crédible aux yeux de l’opposition, un juge qui n’est plus crédible je ne vois pas comment il va rendre un verdict qui sera accepté par toutes les parties, c’est ça le problème en tout.

AFRICAGUINEE.COM: Pour sortir de cette crise, certains observateurs plaident pour la venue d'une personnalité plus consensuelle comme le Cardinal Robert Sarah pour diriger la CENI? Qu'en pensez-vous?

THIERNO SEYDOU BAYO:
Faire venir le cardinal Robert Sarah juste pour ça, je ne pense pas, le président de la république peut lui-même réglé ça. Le président Konaté (ancien président de la transition, Ndlr) avait en son temps réglé ce problème, il y a eu un moment le président Konaté a pris la responsabilité en lui et il l’a bien réglé, parce que nous nous savions que si c’est Louceny qui avait pris les mêmes résultats que Siaka Sangaré (ancien président de la CENI, Ndlr) a proclamés, nous ne serions pas là. C’est ce que nous avions donc évité, il faut donc que le président Alpha Condé prenne sur lui la responsabilité de se débarrasser de quelqu’un qui est entrain de tout bloquer.

AFRICAGUINEE.COM: Accepteriez-vous l’idée qu’un étranger vienne une nouvelle fois présider la tête de votre institution ?

THIERNO SEYDOU BAYO:
Pourquoi pas ? C’est possible même qu’un guinéen vienne présider la CENI, si Monseigneur Gomez avait été d’ailleurs affecté à la tête de l’institution en remplacement de feu Ben Sékou Sylla, je crois que personne n’allait le contester. Il faut d’ailleurs rappeler que la société civile a toujours sa place ici, jusque maintenant nous ne sommes que 24, donc encore une fois, quelque soit la compétence de la personne, si tout le monde lui récuse, je pense qu’il vaut mieux changer l’intéresser pour le bonheur de tout le pays

AFRICAGUINEE.COM: Dernièrement, vous avez dénoncé avec un groupe de commissaire, la gestion de la CENI par l'équipe de Louncény Camara. Après votre rencontre avec le président Condé, ce problème est il résolu?

THIERNO SEYDOU BAYO:
Le problème n’est pas résolu, parce que jusqu’à présent il y a une mal gouvernance qui continue, on est au courant de rien.Nous avions dit que cette date n’allait pas tenir et voilà aujourd’hui le résultat. Louncény Camara vient aussi de donner des dates d’ouverture et de fermeture des opérations de révision, mais celles-ci encore ne tiendront pas. C’est dommage ! On dépense des sous et on ne sait même pas qu’est ce qu’on en fait

AFRICAGUINEE.COM: Peut-on envisager le vote de compatriotes de l'étranger après le report des élections?

THIERNO SEYDOU BAYO:
Il n’est pas question ! Ce qui est d’ailleurs dommage parce que c’est un manquement à la loi, la loi dit que ce sont tous les guinéens qui sont concernés mais malheureusement bien qu’il y a eu ce report, les guinéens de l’étranger ne seront pas concernés.

INTERVIEW REALISEE PAR SOUARE Mamadou Hassimiou

Chef de Bureau AFRICAGUINEE.COM

Guinée-Conakry

Tél. : (224) 62 65 75 74/ 64 95 36 33

  Rubrique: Interview  date: 06-May-2012 ŕ 11:11:09  Partager:   :

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