[IMG1]Depuis la nomination du Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté, imposé au président Lansana Conté sous la pression populaire et internationale, une lutte de pouvoir s'est instaurée entre la "primature" et la présidence, qui conserve pour l'instant l'avantage.
Le président Conté "reste le seul vrai chef de l'exécutif aux pouvoirs constitutionnellement garantis, signe tous les décrets et paralyse donc aisément l'action gouvernementale", explique Gilles Yabi, du groupe de réflexion International Crisis Group (ICG).
M. Kouyaté, un ancien haut fonctionnaire international, avait été désigné sur proposition des syndicats qui avaient conduit un mouvement de protestation contre le général Conté en janvier-février 2007, où la violente répression avait fait 186 morts.
Sa nomination pour trois ans avec une feuille de route censée remettre le pays sur les rails avait fait naître de nombreux espoirs sur une mise à l'écart progressive des caciques d'un régime réputé pour sa tendance à la corruption dans ce pays riche en ressources minières.
Mais le nouveau chef du gouvernement (cette fonction était remplie par le chef de l'Etat depuis l'indépendance en 1958, ndlr) se heurte à des résistances au niveau de l'administration, du président et de son entourage, ces derniers profitant de leurs prérogatives constitutionnelles pour dicter leur volonté.
Lors d'un forum tenu sur l'île de Gorée (Sénégal) du 16 au 18 janvier, des acteurs syndicaux, politiques, de l'administration et de la société civile avaient dénoncé une "crise de leadership" et le fait que "les pouvoirs du Premier ministre ne sont pas constitutionnels mais simplement délégués par le président".
Au terme des accords du 27 janvier 2007, le chef de l'Etat conserve en effet le droit régalien de signer les décrets gouvernementaux, une situation susceptible de créer des blocages dans le respect de la feuille de route gouvernementale.
"Les syndicats se sont fait avoir au moment de la signature des accords. Ils n'étaient pas accompagnés de juristes compétents et la signature des décrets est restée une prérogative présidentielle", confirme un diplomate occidental.
Le dernier développement de cette lutte de pouvoir a failli mettre le feu aux poudres au début du mois, les syndicats étant montés au créneau pour contester une nouvelle entrave présidentielle aux accords de 2007.
Les leaders syndicaux reprochaient alors au général Conté le limogeage unilatéral du ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Justin Morel Junior, et l'accusaient de vouloir fragiliser M. Kouyaté.
A l'issue d'intenses tractations, les syndicats se sont finalement donnés jusqu'au 31 mars pour faire le point sur les progrès enregistrés et éventuellement relancer leur mot d'ordre.
Ce report était crucial pour éviter au pays une réédition des évènements meurtriers de janvier-février 2007.
Pour le moment, le Premier ministre adopte un profil bas et les syndicats ne semblent pas totalement résolus à aller au clash, même s'ils tiennent à s'assurer du respect des accords de 2007.
"La meilleure solution est d'attendre les législatives" qui doivent se tenir d'ici la fin de l'année, recommande un diplomate européen sous couvert de l'anonymat.
Pour M. Yabi le Premier ministre doit en priorité "convaincre les citoyens guinéens de sa détermination à oeuvrer en faveur d'une véritable transition démocratique", dans le but d'"éviter tout retour de la violence".
En ce sens, "l'organisation d'élections législatives transparentes et régulières dans les neuf prochains mois devrait permettre de franchir un premier pas dans l'entreprise de démantèlement du système Conté par la voie démocratique", estime l'analyste de ICG.
Africaguinee.com
Source.AFP |
  Rubrique: Politique  date: 31-Jan-2008 à 11:49:17  Partager:   :  |