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Grande Interview: Lansana Kouyaté se prononce...





ADDIS-ABEBA-Actuellement en séjour dans la capitale éthiopienne, l'ancien premier ministre guinéen Lansana Kouyaté vient de se prononcer sur la situation politique dans son pays.Au micro d'Africaguinee.com, Lansana Kouyaté a tenu à rendre hommage au Général Sékouba Konaté qui vient d'être décoré au grade de "Commandeur de la légion d'honneur" de la république française.Dans cet entretien, il aborde également la crise malienne qui préoccupe le continent.Exclusif!

AFRICAGUINEE.COM: Bonjour M. Kouyaté!

LANSANA KOUYATE:
Bonjour M. SOUARE!

AFRICAGUINEE.COM: Vous venez d’assister à la décoration du Général Sékouba Konaté, quels sont vos sentiments?

LANSANA KOUYATE:
La vie appartient à ceux qui croient en leur conviction et je crois que sa conviction était de partir. Chaque citoyen, une fois qu’il est à l’extérieur est plus ou moins ambassadeur de son pays, par sa conduite, par sa tenue, par le travail qu’il abat et tout cela fait que chacun doit être soutenu par le pays, par l’Etat guinéen.

Le pouvoir est magique, quand vous l’avez il y a toutes sortes de pressions centrifuges. Il ya certains comme nous qui lui disaient mon Général il faut rendre le pouvoir aux civils et d’autres qui ne partageaient pas cette idée, mais en dernière instance, ce qui est fondamental, c’est sa détermination, il a écouté les uns et les autres et il s’est dit je dois quitter et il est parti. Il faut toujours continuer pour que l’espoir qui est né ne périsse pas.
Quittez le pouvoir est un pouvoir ! Ce sont ceux qui ont bénéficié de ça, je parle en leur nom, n'eût été sa volonté on en serait pas là aujourd’hui. Nous devons lui rendre cet hommage reconnu par un grand pays qui l’a accompagné tout le long de la transition. Ma présence ici témoigne de notre satisfaction pour ce qu’il a fait pour la Guinée, son pays, et je crois que le peuple de Guinée ne le lui oubliera jamais.

L’autre sentiment de joie et de fierté est aussi le fait qu’il soit militaire, il est venu pour mettre en place un projet qui est très cher à l’Afrique, les forces en attente de ce continent, vous savez qu’on a quand même 54 pays, ce n’est pas facile de réunir tous ceux-ci. Je crois qu’il sera le symbole de ce rassemblement pour que nous aillons à temps opportun la facilité de déployer les troupes là où il faut au lieu de continuer toujours à courir après les évènements.

AFRICAGUINEE.COM: Selon vous qu’est ce qui expliquerait l’absence totale des autorités actuelles du pays à cette cérémonie de décoration de celui là qui a dirigé la transition guinéenne ?

LANSANA KOUYATE:
C’est vraiment difficile de répondre à cette question, je crois que la meilleure réponse viendrait des autorités elles-mêmes. Pour moi, elles devraient être là, elles devraient être représentées, je ne sais pas si l’ambassade de Guinée est elle-même représentée ici, cela aurait été quand même symbolique aussi, on ne demande pas que les autorités viennent de Conakry ; mais au moins que la représentation ici au près de l’Union Africaine soient là. En tout cas pour moi, c’est un évènement important pour le pays parce que c’est la reconnaissance de la patience et aussi du combat de tout un peuple.

AFRICAGUINEE.COM: Est-ce qu’aujourd’hui vous avez des conseils à donner au Général Sékouba Konaté pour la réussite de sa nouvelle mission à la tête des forces Africaines en attente ?

LANSANA KOUYATE:
Je lui ai déjà donné des conseils sur la composition, sur la structuration des forces en attente.


Ce sont des sujets dont je débat depuis très longtemps, depuis les nations unies, je dirais qu’on a commencé à parler de troupes africaines il y a plus de 40 ans maintenant, ici à Addis Abeba on a eu des séances qui ont duré toute une nuit mais jusqu’ici il y avait une difficulté pour avancer. Mais aujourd’hui le concept a évolué, ce qui est venu grâce à la fin de la guerre froide parce qu’il y a eu beaucoup de débats, on a vu que les soupapes qui étaient là pour contenir les conflits internes ou inter-Etats ont sauté, il y a eu beaucoup de conflits localisés, il fallait donc réfléchir sur comment faire face à ces conflits localisés. Il y a eu deux écoles de pensées, la première disait prévention militaire, l’autre disait prévention diplomatique mais les deux évoluaient dans le même sens. Vous savez que les forces militaires n’interviennent que quand la diplomatie a échoué et c’est pourquoi les forces en attente sont venues et je crois que le bon départ est pris, je n’ai pas le monopole d’être son conseiller (le Général Sékouba Konaté Ndlr) mais je lui ai suggéré des choses que j’ai apprises de par mon expérience autour de ce thème. Il faut la coopération des Etats, on ne peut rien sans la coopération des Etats, il faudrait que tous les Etats participent parce que ce sont des forces en attente, ce qui est important dans les forces en attente c’est qu’on ne peut appeler un pays et demander combien de bataillon tu donnes, un bataillon ? Un demi-bataillon ? Ce n’est pas ça ! J’ai fais plusieurs années en Somalie et j’ai vu que ces troupes là ne se connaissaient pas, elles n’ont pas l’habitude de s’entraîner ensemble et cela rend toute opération difficile, c’est dire que ces forces là doivent être identifiées pays par pays, ce n’est pas que le Sénégal dise je donne tel nombre de bataillon qui est important mais ce bataillon est composé de qui ? Voilà les soldats de l’Afrique qui restent à la disposition de leurs pays et quant on doit déployer ce sont ceux là qui doivent être déployés parce qu’entre temps ils auront le temps de faire connaissance avec les autres qui sont venus d’autres pays, si c’est 20 bataillons par exemple, ils se connaîtront au fur et à mesure avec des entraînements collectifs ; et là l’opération devient plus facile. Je vous assure que dans les opérations de maintien de la paix auxquelles j’ai participé, l’un des grands problèmes a été la diversité des troupes, l’incompréhension et le manque de contact.

AFRICAGUINEE.COM: M. Kouyaté, quel regard portez-vous aujourd’hui sur la situation sociopolitique guinéenne ?

LANSANA KOUYATE:
Je ne voudrais pas trop m’étendre la dessus parce que ce n’est pas une tribune pour parler de la politique guinéenne, tout ce que je souhaite et que le Général Sékouba l’a aussi exprimé dans son discours, c’est que ces élections législatives qui arrivent et que toutes les élections qui viendront se passent dans la totale transparence.Que le peuple qui vote ait toujours le sentiment que son vote lui a été rendu, cela passe aujourd’hui par la restructuration de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante Ndlr) ou en tout cas sa recomposition et ça passe par un fichier électoral accepté et non par un recensement qui va encore nous prendre des années avec des opérateurs qui sont venu! s un peu par la fenêtre. Donc je souhaite que tout cela aille de l’avant pour que ce qui a déjà été amorcé avec difficulté mais avec quand même célérité, on a quand même vu le jour du vote au second tour il y a eu une grande célérité de la part du peuple de Guinée et je souhaite que cela continu, mais cela n’est possible que lorsque l’Etat, lorsque la commission électorale nationale indépendante prennent leurs responsabilités pour donner au peuple ce que le peuple désire.

AFRICAGUINEE.COM: Vous suivez sans nul doute l’actualité internationale, comment voyez-vous aujourd’hui le cas du Mali ?

LANSANA KOUYATE:
Gravissime! Gravissime parce que c’est la conjonction de deux évènements malheureux qui sont venus au même moment, le coup d’Etat et la rébellion. Est-ce qu’il y a une relation de cause à effet entre l’un et l’autre, je n’en sais rien mais je sais que le coup d’Etat est venu et ce qui avait déjà commencé timidement du côté du nord s’est accéléré parce que c’était un moment de faiblesse, un moment d’hésitation, un moment où la junte a été condamné et maintenant bien naturellement les rebelles ont profité de cela.D’ailleurs on suspecte AQMI (Al-Qaïda au Maghreb Islamique Ndlr), que tout cela vienne en même temps ça devient extrêmement difficile parce que si nous ne voulons pas que les fondamentalistes arrivent jusqu’à Bamako c’est maintenant qu’il faut agir, on a beau dire qu’ils (les rebelles Ndlr) se contentent du nord, j’ai eu à gérer le dossier Malien déjà du temps de la première rébellion quand j’étais aux nations unies et j’ai vu que tout ce qui avait été fait par la paix, par le dialogue, nous avions même pris certains officiers supérieurs de ces touaregs au sein des opérations des nations unies.Je connais par exemple un cas célèbre de quelqu’un qui a été au delà de la vivacité pendant la guerre mais il était incontournable, d’ailleurs la question qui se posait au gouvernement Malien c’était de savoir si on devait lui prendre au sein de leur équipe et tous ceux qui n’étaient pas Touareg du nord disaient que s’ils entrent, eux ils vont sortir, alors c’était devenu une crise, on a donc dû le prendre pour l’envoyer en Haïti au nom des nations unies.

AFRICAGUINEE.COM: Est-ce que vous ne craignez pas que cette crise au nord du Mali fasse tâche d’huile dans certains pays de la sous région notamment la Guinée ?

LANSANA KOUYATE:
Il n’ y a pas à en douter ! J’ai toujours dis qu’il y a entre nos pays un système de vase communicant, ce sont des tuyaux qui communiquent. Quand il ya la guerre dans un pays cela peut entraîner des conséquences dans les autres pays et parfois même quand il ya la paix dans un pays cela entraîne la guerre dans l’autre, si le désarmement n’est pas fait avec célérité, avec sérieux, quand on ne désarme pas ceux qui se sont battus dans un pays et on obtient quand même la paix avec 20 ou 30% de désarmement, alors ceux qui sont armés peuvent aller dans un autre pays. Je l’ai dis aux chefs d’Etat de la CEDEAO en 1998 à Lomé, je leur ai dis qu’il y a une armée sans nom qui était entrain de végéter en Afrique de l’ouest et qui offre sa capacité physique de destruction à ceux qui les recrutent et qu’aucun pays pris isolément ne peut résoudre le problème, il faut que les pays se rassemblent pour essayer d’abdiquer ce fléau. C’est dire que votre question est pertinente parce que le cas qui concerne le Mali concerne la Guinée, ça concerne le Burkina, ça concerne tous les pays voisins et c’est raison pour laquelle la CEDEAO, l’Union Africaine et même les nations unies parce qu’en définitive c’est ce que la chartre des nations unies dit, le conseil de sécurité est responsable en première instance de la paix et de la sécurité du monde, donc le conseil de sécurité est aussi interpellé aussi bien que les pays africains, les pays de l’ouest Afrique sont aussi interpellés pour résoudre la crise malienne.

INTERVIEW REALISEE DEPUIS Addis Abeba
Par SOUARE Mamadou Hassimiou
Pour AFRICAGUINEE.COM


  Rubrique: Interview  date: 05-Apr-2012 ŕ 10:27:29  Partager:   :

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