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Grande Interview: "Je n'ai pas peur d'une justice aux ordres d'Alpha Condé..", lance Bah Oury de l'





PARIS-Le vice-président de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG)Bah Oury vient d'inviter ses compatriotes à se mobiliser contre "la dictature" du président Alpha Condé!Accusé d'être impliqué dans l'attaque contre la résidence du président Condé le 19 juillet dernier, Bah Oury se dit serein et ne craint pas une éventuelle condamnation d'une "justice aux ordres" du président Alpha Condé.Dans cet entretien exclusif qu'il nous a accordé, le vice président de l'UFDG aborde plusieurs sujets d'actualité nationale, notamment le cas de la commission électorale nationale indépendante(CENI) qui vient de proposer la tenue des législatives, le 8 juillet 2012.Exclusif!

Africaguinee.com : Bonjour M. Bah!

Bah Oury:
Bonjour M. Souaré!

Africaguinee.com : Le rapport final du dialogue entre les acteurs politiques vient d'être publié. Quelle est votre réaction sur son contenu?

BAH Oury :
Les thèmes qui sont au centre des débats sont déjà réglés soit par la Constitution soit par les lois organiques du pays. Ce dialogue n'en est pas un. C'est pour faire croire à la communauté internationale que le gouvernement est favorable à une concertation inter-guinéenne tout en sachant que c'est une farce qui a été organisée. Les conclusions le prouvent.

Africaguinee.com : L'une des revendications de l'opposition concernant la restructuration de la CENI n'a pas trouvé de solution même si l’opposition exige toujours le départ de Loucény CAMARA à la tête de la CENI. Quelles mesures envisagez-vous sur le cas de la CENI qui doit organiser les élections en Guinée?

BAH Oury :
La gouvernance a dès le début cherché à remettre en cause l'indépendance que la constitution a conféré à la CENI. Aujourd'hui celle-ci est sous la tutelle du Ministre de l'Administration du Territoire et de la Décentralisation, Alhassane Condé, des commissaires Abdoul Karim BAH, Cheick Fantamady CONDE ; la Société Civile en a fait de même. Pathé Dieng (ancien commissaire de la CENI, Ndlr) a été limogé. Alors pourquoi les partis politiques de l'opposition n'auraient pas pu faire de même pour changer les commissaires qui les représentent afin de « crédibiliser »avec du sang neuf la CENI ? Ainsi sans remettre en cause l'Institution, de nouvelles personnalités consensuelles auraient pu remettre la CENI sur les bons rails pour franchir une étape décisive pour l'avenir de la démocratie.

Africaguinee.com : Le gouvernement a affirmé qu'une restructuration de la CENI va retarder le scrutin. Pourtant votre parti exige la finalisation rapide de la transition. Qu'en pensez-vous?

BAH Oury :
Il est essentiel que l'Institution à laquelle la Constitution a conféré la mission d'organisation des élections dans notre pays soit impartiale, crédible et d'une haute moralité pour que son jugement puisse être au-dessus de tout soupçon . Sans cela, les élections que cette CENI décriée organisera, plongeront fatalement notre pays dans un chaos institutionnel et l'instabilité.

Africaguinee.com : L'opposition a promis d'empêcher la tenue des élections législatives, si les conditions de transparence ne sont pas réunies pour ce scrutin. Ne craignez vous pas d'être en décalage avec les populations guinéennes qui aspirent à la paix et à la quiétude sociale?

BAH Oury :
Certes les populations guinéennes aspirent à la paix et à la quiétude sociale, mais le responsable de la crise actuelle est la gouvernance d'Alpha Condé. Qui a violé les articles fondamentaux de la Constitution ?


Qui a détruit les acquis des dialogues antérieurs qui ont permis d'avoir sur le plan juridique des institutions démocratiques ? Qui empêche la liberté d'expression dans le pays ? Qui au prix du sang de nos compatriotes bloque l'expression des partis politiques de l'opposition dans le pays ? Qui dresse les communautés guinéennes les unes contre les autres ? Qui considère un parti adverse comme l'ennemi ? Vous connaissez les réponses. C'est la gouvernance d'Alpha Condé qui est totalement responsable des dangers qui sévissent actuellement dans notre pays.

La population guinéenne aspire au bonheur, à l'unité et au progrès. Après plus d'un an au pouvoir ,la majorité de nos compatriotes sait que le danger vient du pouvoir et non de l'opposition démocratique.

Africaguinee.com : Lors de l'appel du collectif et de l'ADP pour une journée ville morte, vous avez reconnu un bilan "mitigé" de cette action, dans un entretien accordé à nos confrères de Jeune Afrique..Est ce un signe d'essoufflement des méthodes adoptées par l'opposition face au pouvoir d'Alpha Condé.

BAH Oury
: Dans un contexte où les libertés démocratiques ne sont pas respectées et où prime la violence d'Etat, il est très difficile que les guinéens puissent exprimer librement leurs choix politiques. Pour contrer une dictature qui s'organise et qui s'installe, le mouvement social a un grand rôle et une lourde responsabilité. Les partis politiques à eux seuls auront du mal à mobiliser toute la société guinéenne. Pour lutter contre une dictature, une large frange de la population doit se sentir concernée. C'est l'une des raisons qui milite pour que toutes les questions nationales doivent être au cœur de l'action des partis démocratiques ,comme la défense des droits de l'homme, l'avenir des jeunes guinéens dans un contexte de délabrement généralisé, la misère qui s'étend et qui touche tous les foyers où avoir plus d'un repas par jour est devenu un luxe. La réforme des forces de défense et de sécurité du pays qui est dévoyée de sa mission originelle, un climat sécuritaire inquiétant pour l'avenir du pays parce qu'une milice armée est entrain d'être constituée et sa formation se fait à l'extérieur du pays bref!!Autant de questions que nous ne devons pas occulter au risque de faire le jeu du pouvoir. Le combat pour la démocratie et la liberté place le citoyen au cœur de son action et donc ne doit pas se focaliser uniquement sur les questions électorales.

Africaguinee.com : Concernant votre rôle au sein de l'UFDG, vous avez rappelé que vous êtes un des membres fondateurs de ce parti avec une légitimité historique. Peut on affirmé que le divorce est inévitable entre Cellou Dalein Diallo (qui négocie avec le pouvoir) et vous quand aux objectifs et méthodes à adopter au sein de votre parti?




BAH Oury :
Chacun d'entre nous à son rôle et sa place dans l'UFDG. L'UFDG est un parti démocratique qui est animé par la volonté d'instaurer un véritable changement démocratique dans notre pays, où les libertés fondamentales seront respectées pour l’émergence d'une société réconciliée et tournée vers l'avenir. Nous sommes tous partie prenante de ce projet et chacun y apporte sa contribution.

Africaguinee.com : Dernièrement, l'ancien président de l'UFDG Dr Saliou Bella a dénoncé la méthode de gestion de ce parti qu'il a qualifié de "mouvement de masse" pris en otage par un "lobby". Partagez vous son analyse?

BAH Oury :
L'UFDG est le fruit d'une longue histoire. C'est une organisation qui est entrain de se construire avec des hauts et des bas. Il y a beaucoup de choses à changer pour que le parti reflète ce que nous souhaitons mais également beaucoup de choses ont été faites. L'UFDG, c'est aussi des centaines de martyrs tombés pour la démocratie et la liberté en Guinée, des dizaines de femmes violentées et humiliées, des milliers de personnes qui ont à un moment de leur vie fait la prison pour réclamer ou pour défendre notre liberté. Quant on parle de l’UFDG, il ne faut oublier cela. Qu’il soit « une organisation de masse » ou un « parti », l’UFDG est une force politique incontournable sur laquelle l'espoir de la majorité des guinéens repose.

Africaguinee.com : M. Bah, la justice guinéenne a annoncé les assises pour les accusés suite à l'attaque contre la résidence du président Condé le 19 juillet dernier. Craignez-vous une condamnation par contumace, étant absent de Conakry?

BAH Oury :
Un responsable politique qui se bat pour la justice, le respect des droits de l'homme et qui affronte une gouvernance qui dérive vers la dictature ne doit pas craindre d'être condamné par une justice aux ordres. Lorsqu'on dispose d'un soutien populaire assez large, nous n'avons rien à craindre. D'ores et déjà des dizaines d'innocents croupissent en prison des civils comme des officiers militaires. Les autorités judiciaires de la Guinée sacrifient leur crédibilité, leur professionnalisme et le sens de la justice tout simplement pour satisfaire les désirs de la gouvernance d'Alpha Condé.


Africaguinee.com : Avant de terminer M. Bah, le conseil d'administration du FMI vient d'approuver un accord de 198,9 millions de dollars us en faveur de la Guinée. Certains observateurs pensent que c'est un signe positif à l'actif de la gouvernance d'Alpha Condé, contrairement aux critiques de l'opposition. Votre réaction?

BAH Oury :
Les mécanismes du FMI s'appuient sur des règles impersonnelles. La gestion macroéconomique s'est améliorée par rapport à la période de la transition. Les 700 millions de dollars que RIO Tinto a accordés à la Guinée en contrepartie des concessions minières ont sensiblement conforté les réserves de change du pays. L’inflation, certes élevée demeure stable .Mais tout cela à quel prix ? La croissance économique indispensable pour créer de nouvelles richesses et améliorer le sort de nos compatriotes n'est pas au rendez-vous. Les guinéens ne mangent plus à leur faim. La misère s'étend. Ceci dit le fait de renouer avec le FMI est une bonne chose mais c'est par la sueur et les sacrifices des guinéens que ce résultat est atteint.

Mais malheureusement ,je reste sceptique sur la capacité de la gouvernance d'Alpha Condé à pouvoir mener à terme les réformes indispensables pour l'atteinte du point d’achèvement pour permettre à notre pays de pouvoir bénéficier de l'annulation substantielle de sa dette extérieure . Voyez déjà sans concertation avec le FMI, le gouvernement guinéen est engagé à contracter une dette de 150 millions de dollars US, auprès de l'Angola. Les cavaleries comptables peuvent tromper pendant un moment des regards peu expérimentés mais fatalement tôt ou tard une facture sera présentée. C'est pour cela nous devons être attentifs sur la gestion financière du pays, car un jour nous risquons de nous réveiller et de constater que d'importantes richesses nationales ont été bradées sous notre nez. La bonne gouvernance, rime avec transparence donc avec la démocratie et la liberté. Une gestion opaque ne peut être que « douteuse » et donc dangereuse à terme.

Africaguinee.com : Pour terminer, un mot pour les militants et sympathisants de votre parti?

BAH Oury :
L'UFDG est la colonne vertébrale de la lutte pour un véritable changement démocratique dans notre pays. Le combat que nous menons est pour toute la Guinée et pour tous ses enfants. Une gouvernance qui s'appuie sur le mensonge et l'injustice ne peut pas durer, car la soif de justice, d’équité, et de réconciliation qui a permis à la société guinéenne de maintenir sa cohésion est majoritaire. Alors serrons-nous les coudes et nous vaincrons.

Interview réalisée par SOUARE Mamadou Hassimiou
Chef du Bureau d’Africaguinee.com
Conakry
webmaster[at]africaguinee.com
Tél : +224 62 65 75 74

  Rubrique: Interview  date: 05-Mar-2012 à 11:39:53  Partager:   :

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