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Grande Interview: Cellou Dalein Diallo se prononce...





CONAKRY-Le président de l'Union des forces démocratiques de guinée(UFDG, Cellou Dalein Diallo est "inquiet" pour ses concitoyens sur les méthodes du pouvoir d'Alpha Condé.L'opposant guinéen mise sur la prudence malgré une reprise du dialogue entre les acteurs politiques dans son pays.Dans cet entretien exclusif qu'il nous a accordé, l'ancien premier ministre se prononce sur plusieurs sujets de l'actualité nationale et internationale notamment les élections législatives en Guinée, les liens entre le collectif et l'ADP, la candidature du président sénégalais Abdoulaye Wade dont il est proche...Exclusif!

AFRICAGUINEE.COM : Bonjour M Diallo !

Cellou Dalein Diallo:
Bonjour M. Souaré !

AFRICAGUINEE.COM : Merci d'avoir accepté de répondre à nos questions. Tout d'abord, l'administrateur du siège de votre parti, M. Bano Sow vient d'être libéré après plusieurs jours de détention. Votre réaction?

CELLOU DALEIN DIALLO :
Il faut dire que quelque part je suis heureux de voir Bano en liberté mais je suis inquiet pour ce pays, de constater que les dirigeants de ce pays peuvent se permettre sans aucun motif valable de kidnapper un cadre, un haut cadre de l’administration, un haut cadre d’un grand parti qui a fait ce qu’il a pu pour la promotion de la démocratie dans notre pays, de procéder donc à son arrestation, à sa détention sans aucun motif valable. Je me demande aujourd’hui quels sont les guinéens qui sont en prison et qui ont été arrêtés et qui sont détenus pour les mêmes raisons, c'est-à-dire pour des raisons politiques. J’ai même appris au cours de cette épreuve pour l’UFDG (Union des Forces Démocratiques de Guinée Ndlr), que Souleymane Bah alias « Général » qui était censé avoir dénoncé Bano, jusqu’à présent, depuis son arrestation en début décembre n’a pas été confronté lui non plus avec son prétendu accusateur. ça m’inquiète de savoir que ce n’est pas un cas isolé, je pensais que le cas de Bano était un cas isolé et j’ai été très heureux de constater que les accusations inventées de toute pièce par des autorités politiques de ce pays pour inculper Bano pour atteinte à la sûreté de l’Etat n’avaient aucun fondement. Nous sommes tous en insécurité avec ces gens là, cela veut dire que n’importe qui peut être arrêté à tout moment ici au motif qu’il aura porté atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat. Donc je suis soulagé de voir un homme qui n’a commis aucun délit, aucun crime retrouver sa liberté mais je suis en plus inquiet pour moi-même, pour les guinéens, de constater que ce pouvoir là est capable d’arrêter sans motif, sans aucune raison, juste pour intimider, harceler et pour déstabiliser l’opposition.

AFRICAGUINEE.COM : Cette libération est intervenue le jour même du retour du président Alpha Condé. Selon vous cette remise en liberté de Bano est un signe que le pouvoir d'Alpha Condé a reculé?

CELLOU DALEIN DIALLO :
Je pense que nous avons reçu le soutien de l’opinion nationale, nous avons reçu le soutien non seulement des militants et sympathisants de l’UFDG mais aussi celui des militants du collectif et de l’ADP (Alliance pour la Démocratie et le Progrès Ndlr) mais également de tous les hommes honnêtes de ce pays, des ONG, de nos partenaires techniques et financiers parce que la loi n’a pas été respectée, la liberté de Bano a été violée.


Je pense qu’on a arrêté Bano le jour du départ de M. Alpha Condé ou en tout cas le lendemain, on l’a libéré le jour de son arrivée ici, je pense que tout doit venir de lui.

AFRICAGUINEE.COM : Un autre de vos collaborateurs, en l'occurrence le vice-président du parti Bah Oury est dans le collimateur de la justice guinéenne suite à l'attentat contre le président Alpha Condé, le 19 juillet dernier. Est ce qu'au niveau de l'UFDG, son retour à Conakry est envisagé?

CELLOU DALEIN DIALLO :
La décision de revenir en Guinée, c’est Bah Oury qui va la prendre, c’est lui qui peut savoir s’il peut prendre le risque de venir avec cette justice là. S’il y avait une confiance en cette justice, si on savait que cette justice là n’était pas aux ordres je sais que Bah Oury serait déjà là pour se défendre, mais vous avez vu le cas de Bano et peut être même le cas de Souleymane, il y a beaucoup sans doute qui sont détenus et qui n’arrivent pas à se défendre. S’il y avait des éléments qui fondaient leurs arrestations et leurs détentions je crois qu’il y aurait déjà eu les procès, mais qu’il n’y ait pas de procès et que des citoyens soient privés de leurs libertés, on a toutes les raisons de douter des accusations portées contre eux.

AFRICAGUINEE.COM : M. Diallo, vous avez rencontré le 24 décembre dernier, le chef de l'Etat. Peut-on connaitre le contenu de votre entretien?

CELLOU DALEIN DIALLO :
C’était un entretien qu’il a souhaité privé, on a parlé de tout et de rien. Moi j’ai pu lui délivrer le message que j’avais .Je lui ai dis que pour l’intérêt du pays, pour le succès de la réconciliation nationale dont il parle, il serait extrêmement important qu’il fasse de telle sorte que les élections législatives soient transparentes, soient propres et j’ai souhaité que dans son bilan au terme de son mandat, qu’on inscrive en lettre d’or le fait d’avoir organiser des élections législatives libres et transparentes et qu’il ne serait pas jugé au terme de son mandat et pour la postérité par le score du RPG (Rassemblement du Peuple de Guinée, parti au pouvoir Ndlr) mais par la qualité des élections qu’il aura organisées.


Il m’a rassuré qu’il n’a aucune intention de frauder les élections, je lui ai dis que ce n’est pas la perception que nous avions et que par conséquent, il n’a qu’à donner des signes forts montrant telles étaient ses intentions mais que pour l’instant tout le monde le soupçonne de vouloir gagner ces élections à tout prix.

AFRICAGUINEE.COM : L'actualité politique dans notre pays est dominée par le dialogue entre les acteurs politiques au palais du peuple. Après avoir quitté la table du dialogue, le collectif et l'ADP ont repris cette semaine les pourparlers pour finaliser la transition en Guinée avec les législatives. Qu'est-ce qui explique le retour de ces deux blocs de l'opposition qui avaient pourtant émis des doutes sur la crédibilité du comité de facilitation piloté par Mgr Gomez?

CELLOU DALEIN DIALLO :
Vous savez vous-même pourquoi on avait quitté la table du dialogue, c’est en raison de la mise en place d’un cadre inapproprié pour un dialogue constructif. Nous voulions un dialogue entre l’opposition et le pouvoir, ce sont les deux entités qui sont reconnues par la loi, la charte des partis politiques reconnait l’existence d’une mouvance présidentielle et d’une opposition, elle définit clairement les deux entités.La CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante Ndlr) est fondée sur la parité entre la mouvance et l’opposition. Lors de la constitution de la CENI nous avons dit que la mouvance présidentielle désigne 10, l’opposition désigne 10, ce sont donc ces deux entités qui s’affrontent dans le débat pour défendre chacune sa politique. Il y a une mouvance qui gouverne, qui administre le pays, il y a une opposition qui s’oppose mais de façon constructive et responsable, mais on a créé un cadre pour dire qu’il y aura un centre et pour dire qu’on aura pas en face le gouvernement mais le RPG (parti au pouvoir Ndlr), donc c’est un dialogue entre partis politiques. Nous avons estimé que cela n’était de nature à favoriser le débat qu’on souhaitait constructif, nous nous sommes battus pour qu’on revienne à un dialogue bipartite parce que nous pensons que chaque formation politique peut se retrouver du côté du pouvoir ou du côté de l’opposition, la médiation a estimé qu’il faut trancher la question par un vote or, c’est une méthode que nous récusons, on ne doit pas arbitrer par le vote, on doit arbitrer par rapport au droit, par rapport à la logique, par rapport à la vérité, on a dit qu’il faut voter, on a voté, on a dit qu’il faut accepté le centre, donc trois partis, le pouvoir, le centre et l’opposition, nous n’étions pas d’accord avec ce cadre. Surtout que nous voulions avoir le gouvernement en face, on a dit que le gouvernement devait appuyer la facilitation et répondre aux questions éventuelles qui pouvaient relever de la compétence du gouvernement.


Nous sommes donc restés pendant longtemps en dehors du dialogue, finalement nous avons fait une concession sans conviction mais puisque la pratique de la chaise vide n’est pas toujours bien perçue aussi bien par l’opinion nationale que par l’opinion internationale, on a dit qu’on peut faire une concession en revenant au dialogue et accepter le centre mais il faut aussi que l’ADP et le Collectif soient deux entités différentes. C’est finalement ce qu’on a obtenu.

AFRICAGUINEE.COM : Justement M. Diallo, est-ce que ce n’est pas un signe de division entre ces deux blocs ?

CELLOU DALEIN DIALLO :
Non ! Ce n’est pas un signe de division ! Je rappelle que l’ADP et le Collectif n’ont jamais fusionné, on a des revendications très proches les unes des autres, même identiques quelque fois mais on constitue des entités différentes, on a toujours dit l’ADP et le Collectif. Vous savez l’ADP à sa création on disait toujours que c’est une alliance du centre et lorsqu’on leur a expliqué, ils se sont rendus compte que ce n’est pas une question de centre ou d’opposition radicale comme on semblait le faire croire mais c’était des revendications précises qu’on avait par rapport à l’organisation des élections législatives, c’est ça qui a motivé la création du collectif. On a donc obtenu que l’ADP soit une entité de ce dialogue et qu’elle obtienne autant de représentants tel que décidé le jour de l’ouverture du dialogue.

AFRICAGUINEE.COM : L'une des questions à débattre, c'est la restructuration de la CENI. Que pensez-vous de la proposition de modifier l'article 162 du code électoral pour réduire les pouvoirs du président de la CENI ?

CELLOU DALEIN DIALLO :
On n’a pas d’objection, je pense que c’est le seul point où quand même l’unanimité se dégage. Je souhaite que les pouvoirs du président de la CENI soient raisonnables.

AFRICAGUINEE.COM : Au niveau du collectif et de l’ADP, êtes-vous favorables au maintien de Loucény Camara à son poste?

CELLOU DALEIN DIALLO :
La question de M. Loucény Camara a déjà été levée pendant la transition. Les autorités de la transition qui étaient supposées être neutres avaient admis que M. Loucény Camara n’était plus apte à diriger la CENI, c’est pourquoi nous sommes allé chercher un autre africain, le Général Sangaré, ça avait déjà été réglé.C’est M. Alpha Condé qui revient dessus avec la CENI et qui remet M. Louceny Camara.

AFRICAGUINEE.COM : M. Diallo, la mouvance présidentielle a proposé la tenue du scrutin d'ici la fin mars 2012.Etes vous optimiste sur le respect de ce calendrier?

CELLOU DALEIN DIALLO :
D’abord je n’étais pas au courant de cette proposition de calendrier, je pense que le calendrier devrait être le résultat du dialogue.


Lorsqu’on aura identifié ensemble les actions qu’il convient à mener pour aboutir à des élections transparentes on va définir le temps nécessaire pour l’accomplissement de toutes ces diligences. Est-ce qu’on fait un recensement général, est-ce qu’on fait une simple révision comme le prévoit la loi, ensuite il faut savoir le temps que nous avons besoin pour faire les cartes électorales, combien de temps nous aurons besoin pour mener à bien toutes les opérations sur lesquelles on se sera mis d’accord. Donc je pense qu’on ne peut pas fixer le calendrier à l’avance.

AFRICAGUINEE.COM : Le président Condé a affirmé à Davos dans un entretien accordé au journal Le Monde, qu'il y aura une « révision des listes électorales et non un recensement général des électeurs". Votre réaction à cette proposition du chef de l'Etat?

CELLOU DALEIN DIALLO :
S’il revient à la loi, c’est une position à saluer parce que notre combat depuis janvier 2011, c’était d’amener le président à renoncer à ce projet de recensement exhaustif des électeurs. On l’a déjà fait il y a à peu près deux ans et s’il accepte de revenir sur la loi nous ne pouvons que nous en réjouir.

AFRICAGUINEE.COM : Dans l'hypothèse de la tenue effective des législatives dans notre pays, quelles sont vos ambitions au niveau de l'UFDG au sein du nouveau parlement guinéen?

CELLOU DALEIN DIALLO :
C’est d’avoir l’écrasante majorité du parlement. Je pense que nous avons les moyens d’avoir la majorité de ce parlement si on a des élections libres et transparentes.

AFRICAGUINEE.COM : Etes-vous prêts à protéger la nouvelle constitution pour éviter par exemple des amendements sur la limitation du nombre de mandats du président de la république?

CELLOU DALEIN DIALLO :
Oui je défendrais toujours la constitution ! Même si je suis élu vous pouvez compter sur moi pour la limitation des mandats.

AFRICAGUINEE.COM : Au niveau régional, le président Wade dont vous êtes proche s'est déclaré candidat pour un troisième mandat malgré les protestations de l'opposition. Votre réaction?

CELLOU DALEIN DIALLO :
Je pense que c’est au peuple sénégalais et à ses institutions de décider, de déterminer ceux qui sont aptes à présenter leurs candidatures.

AFRICAGUINEE.COM : Quels sont vos sentiments après l'échec des chefs d'Etat africains sur l'élection du nouveau président de la commission de l'Union Africaine?

CELLOU DALEIN DIALLO :
Je trouve que c’est dommage mais ça arrive souvent.On a vu dans les institutions que ça soit à la BAD (Banque Africaine de Développement Ndlr) ou à l’Union Africaine, chaque fois on a repoussé les élections, je me souviens encore du remplacement de Babacar N’Diaye par le président Kabbah, ça été long et laborieux, ce n’est pas facile de trouver le consensus en Afrique, ça ne surprend donc pas, ce sont des choses auxquelles on est habitué, je souhaite que finalement les chefs d’Etat puissent se mettre d’accord sur un président pour diriger la commission de l’Union Africaine.

AFRICAGUINEE.COM : On arrive Ă  la fin de cet entretien, avez-vous un message pour vos compatriotes.

CELLOU DALEIN DIALLO :
Au lendemain de la libération de Bano je voudrais appeler les guinéens à faire preuve de vigilance parce que le respect des droits des citoyens est fortement menacé par le pouvoir de M. Alpha Condé qui fait arrêter des gens sans motif valable. Il faut que les guinéens se mobilisent pour exiger le respect des droits humains, pour amener le gouvernement à protéger les libertés, à défendre les libertés, à défendre la vie et les droits des citoyens guinéens puisque ça c’est une faiblesse majeure du pouvoir de M. Alpha Condé.

INTERVIEW REALISEE PAR SOUARE Mamadou Hassimiou
Chef de Bureau AFRICAGUINEE.COM
Guinée-Conakry
Tél. : (224) 62 65 75 74/ 64 95 36 33

  Rubrique: Interview  date: 02-Feb-2012 ŕ 13:44:19  Partager:   :

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