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Faya Millimono: Pourquoi le Président Alpha Condé tient-il tant à contrôler tous les pouvoirs ?

Depuis le 21 décembre 2011, monsieur Alpha Condé a été officiellement investi comme le président de la République de Guinée. Malgré le principe de la séparation des pouvoirs, le président Alpha Condé et son gouvernement contrôlent aussi bien l'exécutif, le législatif que le judiciaire. Et malgré cette situation de quasi pouvoir absolu, le dialogue politique est bloqué et remplacé par les spectacles politiques dans le seul dessein d'agir unilatéralement comme le fait par procuration la CENI pour réunir les conditions d'une mascarade électorale. Au finish, il veut s'assurer une majorité à l'assemblée à n'importe quel prix.
Devant cette situation, la question que beaucoup de Guinéens commencent à se poser est : Pourquoi le président Alpha Condé tient-il tant à contrôler tous les pouvoirs ? La réponse qui vient tout de suite à l'esprit est la suivante : le président Alpha Condé tient à contrôler tous les pouvoirs pour augmenter sa capacité de nuisance.
Le bilan catastrophique du président Alpha Condé après un an de pouvoir absolu montre clairement qu'il n'était pas préparé pour assumer positivement et efficacement les fonctions de président de la République. En un an, il a suffisamment montré aux Guinéens qu'il ne sait pas quoi faire pour répondre efficacement et positivement aux aspirations légitimes du peuple. En revanche, le président Alpha Condé et son gouvernement ont montré leur capacité de nuisance. La mauvaise gestion de l'économie a fait grimper les prix du simple au double, fait grimper l'inflation, le chômage et le niveau de pauvreté des populations. Les annulations des contrats sans égard aux dispositions légales et les nationalisations ont fait freiner plusieurs investisseurs potentiels. Les discours haineux et ethnocentristes du président et de certains membres de son gouvernement ont exacerbé la division et les tensions interethniques. Le tribalisme dans les nominations et les promotions aux emplois publics a élargi le fossé de la division. La politique spectacle s'est substituée au dialogue politique. Les répressions des manifestants pacifiques ont enlevé la vie à près d'une dizaine de personnes, blessé des dizaines, arrêté - torturé et condamné arbitrairement des centaines et exilé certains leaders politiques dont le vice-président de l'UFDG, M. Bah Oury. Les institutions sociales, politiques, économiques et même religieuses de la société - habituellement hors du contrôle de l'État - sont en train d'être délibérément affaiblies, subordonnées et même remplacées par de nouvelles institutions inféodées à l'État ou au parti au pouvoir, afin de contrôler la société. Le syndicat est aujourd'hui obligé de prendre de grands moyens pour échapper à la déstabilisation et au contrôle par l'Etat. Le nouvel élu de la plus grande centrale syndicale a échappé de justesse à une tentative d'assassinat. La bourse du travail a été détruite en plein jour sans aucune conséquence. Les villageois de Saoro ont vu certains des leurs tués, d'autres violées, d'autres encore arrêtés, torturés et condamnés. Ils ont vu aussi leurs champs et leurs plantations détruits par les bulldozers de la SOGUIPAH. Les populations de Lola ont enterré certains de leurs fils tués pour avoir réclamé plus de justice et d'équité dans les procédures d'embauche. Les populations de Guéckédou sont devenues davantage pauvres à cause des mesures de restriction des échanges commerciaux inter préfectoraux et interrégionaux. La liste est très longue. Limitons-nous donc là .
Ce bilan catastrophique est celui d'un président Alpha Condé qui contrôle tous les pouvoirs (exécutif, législatif et judicaire) comme aucun président ailleurs ne peut le faire. En effet, le Conseil national de la transition (CNT) qui devait jouer pleinement le rôle du parlement comme le lui confère la constitution brille par son choix de faire, sans poser une question, tout ce que lui demande le président de la République, choisit de fermer les yeux sur tout ce que le président et son gouvernement font de mauvais. Pour ne pas s'ennuyer plus longtemps, sa présidente a trouvé quelques sous auprès du Bureau international du travail (BIT) pour organiser les ateliers sur la réconciliation.
L'appareil judiciaire est à la solde du président et de son gouvernement. Les magistrats, pour rendre un verdict, sont obligés de se référer au ministre qui reçoit, lui, des instructions directement du président Alpha Condé. Le juge Mangadouba Sow, président de la section correctionnelle du tribunal de Dixinn l'a appris à ses dépens quand il a décidé de libérer purement et simplement les manifestants pacifiques du 27 septembre 2011 qu'il devait juger au tribunal de Kaloum. Il s'est fait interpeller bruyamment pour qu'il justifie sa décision.
Tout cela montre que le président Alpha Condé a déjà le pouvoir absolu. Il l'a déjà exercé pendant un an. Le bilan, comme nous venons de le dire, est catastrophique. Même les supporters les plus inconditionnels de monsieur le président le reconnaissent de plus en plus facilement.
Habituellement, un président demande le soutien des électeurs aux élections législatives pour avoir un meilleur contrôle de la situation au parlement et mettre en œuvre plus aisément le programme de développement qu'il a promis de réaliser. Mais le président Alpha Condé n'a pas de programme. S'il en avait un, l'excellente maitrise de la situation qu'il a maintenant lui aurait permis de réaliser quelque chose de positif pour le peuple de Guinée.
Bref, la seule réponse possible à la question de savoir pourquoi le président Alpha Condé tient à avoir une mainmise totale sur tous les pouvoirs (situation qu'il a déjà ) est celle qui dit que c'est pour augmenter sa capacité de nuisance. A côté de cette réponse, nous nous demandons si ce besoin insatiable de pouvoir ne cache pas une volonté du président Alpha Condé d'implanter une autre dictature que les Guinéens ne veulent même pas en entendre parler ou l'entêtement à vouloir coûte que coûte maintenir la CENI qu'il contrôle pour lui organiser une mascarade électorale pour avoir aussi le contrôle sur le futur parlement cache-t-il la volonté de chasser le sentiment d'illégitimité qui continue à le hanter depuis la lecture de la liste des considérants de Maitre Syma Sylla de la Cour Suprême ? La vie de la Guinée peut-elle être réduite à la satisfaction coûte que coûte d'un besoin insatiable de pouvoir du président de la République ? Une telle ambition du président de la République ne s'inscrit-elle pas à l'opposé des aspirations légitimes du peuple de Guinée à la démocratie et à l'Etat de droit ?
Le peuple de Guinée se doit de résister à l'implantation d'une autre dictature. Il se doit de continuer la lutte difficile mais noble pour un avenir respectueux des droits de l'Homme, du partage et de la solidarité. Cela requiert de dévoiler des réalités encore cachées ou déguisées du nouveau pouvoir du président Alpha Condé et surtout d'inventer le futur pour garantir l'égale dignité de tous les Guinéens. Quels que soient les motifs réels du président Alpha Condé, le peuple se doit de faire en sorte que le futur parlement échappe à son contrôle et au contrôle de son gouvernement. Sinon, ce sera une porte ouverte à une nouvelle dictature.
Faya L. Millimouno
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  Rubrique: A vous la parole  date: 30-Dec-2011 ŕ 21:39:36  Partager:   :  |
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