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Grande interview: Jean-Marie Doré dit tout...





CONAKRY-Pour sa première grande interview qu'il nous a accordée, Jean-Marie Doré dit tout ou presque!Au menu, la crise politique en Guinée, l'affaire des deux milliards accordés à certains leaders de l'opposition, son bilan à la primature sans oublier sa vision de la gouvernance du président Alpha Condé.L'ancien chef du gouvernement de transition revient également sur ses ambitions politiques, avec la nouvelle alliance dont il est membre fondateur, Le Club des républicains.Entretien exclusif!

AFRICAGUINEE.COM : Bonjour M. Doré !

Jean Marie Doré :
Bonjour M. SOUARE !

AFRICAGUINEE.COM : Quelle appréciation faites-vous sur le déroulement du dialogue politique enclenché le 27 septembre dernier ?

JEAN MARIE DORE :
Il y a un certain tâtonnement lié à l’évolution sur le terrain. L’évolution qui est tributaire de l’erreur commise par les gouvernements successifs qui ont autorisé la création de nouveaux partis en violation de la charte des partis politiques qui est une loi organique parce que pour donner un agrément à un parti, cette loi impose que les fondateurs du parti fassent signer l’acte de fondation par des militants résidents dans chacune des région naturelle à raison de huit notables par région naturelle, parce que le parti doit naître national. Or qu’est ce qu’on a vu, depuis l’avènement du CNDD (Conseil National pour la Démocratie et le Développement Ndlr), des gens restaient à New York, à Paris, à Dubaï pour téléphoner je veux créer un parti et on lui donne l’agrément. Donc aujourd’hui, on a ce pléthore de particules qui s’agitent autour du microscope guinéen et qui rend difficile les débats parce qu’on ne sait pas où les classer. Il y a cette première difficulté.

La deuxième difficulté vient de ce que les positions par rapport à l’objet du processus électoral ne paraissent pas s’apparenter de la nature du problème mais des prises de position politique.On regarde l’autre en ennemi et on rejette à priori ce qu’il dit, alors on ne pourra pas s’entendra dans ces conditions là. L’intérêt de la Guinée c’est que ces élections aient lieu et que ses résultats soient acceptés par les participants. Dans ces conditions il faut qu’on s’entende sur les méthodes et les modalités. Cela suppose de part et d’autre l’acceptation à priori de parvenir à un consensus. Pourquoi tout ce débat là ? Parce que le recensement qui avait été fait comporte beaucoup de lacunes et c’est sur la base de ce fichier que le fichier actuel a été élaboré. Je ne parle pas de causes anciennes qui ont fait que tous les guinéens ne sont pas recensés parce qu’il y avait le problème d’impôt cédulaire que les gens devaient payer. Ce n’est pas parce que cet impôt là était aussi cher mais ce sont les conditions dans lesquelles les autorités allaient réclamer l’argent qui faisaient beaucoup souffrir les paysans. Donc chaque fois qu’il était question de recensement, les paysans qui avaient 10 ou 20 personnes en charge refusaient de se présenter chez l’agent recenseur parce que c’est sur la base de ce recensement qu’il fallait payer l’impôt de capitation. Partant de ce constat, le président de la république a dit que pour qu’on aille à ces élections il faut qu’il y ait un recensement intégral avec non seulement la délivrance de la carte d’électeur biométrique mais aussi de la carte d’identité nationale mais il se trouve qu’il y a un inconvénient à ça, le recensement général de la population ne relève pas de la compétence du ministère de l’administration du territoire ou encore moins de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante Ndlr), c’est le rôle qui revient légalement au ministère du plan. Donc la CENI doit faire un révision, mais cette révision se heurte à une difficulté sur le terrain, c’est que vous avez beaucoup de populations électorales pour des raisons diverses n’ont pas été recensées avec des pourcentages allant de 62% à Yomou à 25 % dans certaines régions du Foutah ou de la Haute guinée. Donc entre les deux extrêmes, je dis que le fichier tel qu’il est maintenant là n’est pas recevable mais le recensement intégral pose des problèmes de logistiques. Il parait qu’on peut le faire en 45 jours. Je ne suis pas un spécialiste pour me prononcer sur la durée du recensement général mais je dis que le manque de route, le manque de moyens logistiques ne permet pas de faire le recensement général de la population en 45 jours. Je ne crois.

AFRICAGUINEE.COM : Mais vous parlez de recensement général alors que le président avait dit récemment qu’il s’agit maintenant d’une révision…

JEAN MARIE DORE :
On n’a pas la même information ! Je sais que le gouvernement veut que l’on fasse un recensement général de la population avec délivrance de cartes nationales. Je parle de l’information que j’ai. Le président veut faire un recensement général. J’ai l’information selon laquelle ils veulent faire le recensement général.

Le moyen terme, c’est de faire une révision classique en additionnant un recensement complémentaire des populations électorales qui en ont été excluent. Pour cela, je pense qu’à l’occasion du dialogue les partis politiques avec la CENI, l’administration du territoire, on doit faire la liste des préfectures dans lesquels un recensement complémentaire se manifeste.

Donc aujourd’hui la divergence profonde par rapport à ça fait qu’il y a hésitation dans le champ du dialogue.




Deuxièmement, il y a un autre problème qui est soulevé, c’est la situation de la CENI. En 2006, le gouvernement nous avait demandé de discuter pour qu’on remplace l’organe qui tenait lieu de commission électorale et qui n’avait pas répondu à toutes les attentes qu’on a négocié pendant longtemps et en 2007 on s’est entendu de créer une commission électorale nationale indépendante de caractère paritaire. Parité atténuée par la présence de 3 représentants de la société civile et de 2 représentants de l’administration, l’opposition devait fournir 10 représentants et la mouvance présidentielle représentée par le PUP (Parti de l’Unité et du Progrès, ancien parti au pouvoir Ndlr) 10 représentants et la CENI a été ainsi constituée. Entre temps la Guinée a évolué et il y a eu trois gouvernements successifs, celui de Dadis, celui de Konaté et celui actuellement du Pr Alpha Condé et il se trouve que tous les élus du PUP ont viré vers la mouvance actuelle de telle manière que l’organe n’est plus paritaire. Est-ce qu’il faut aller aux élections dans ces conditions là ? Certains disent qu’il faut complètement remanier pour que l’on puisse avoir une CENI répondant au contexte actuel et puis qu’il y ait plus d’équité dans l’organisation des élections. On a maintenant plus de 150 partis, si on fait ça, combien de membres faudra t-il à la CENI parce qu’il y a un problème de financement, c’est pourquoi je pense que la restructuration est une nécessité mais quelle restructuration ? Je pense que les dernières élections présidentielles ont permis de mesurer la valeur des partis politiques qui ont été créés après. Deux ont émergé, le parti de Kouyaté et celui de Abe Sylla, je pense qu’on peut demander à ces deux de fournir chacun un représentant à la CENI, ça ne résoud pas complètement le problème de la CENI mais ça permet au moins d’avoir un sentiment qu’on approche un certain esprit de justice. A l’époque nous étions 57 partis et nous devions fournir 10 représentants, alors on a discuté sur un certain nombre de critères, pour qu’un parti soit autorisé à envoyer un délégué à la CENI il fallait qu’il ait participé au moins à une élection nationale, à défaut d’être élu président, qu’il ait des députés ou qu’il ait une commune ou une commune rurale de développement. C’est sur cette base que les 10 partis avaient été choisis dans l’opposition pour envoyer leurs représentants. Aujourd’hui, on ne peut pas faire valoir ces critères parce que nous avons 24 candidats qui ont participé aux dernières élections mais vous connaissez la fortune de chacun aux résultats. Ces deux problèmes sont les obstacles sur lesquels achoppe le débat. Je pense que l’esprit de conciliation qui doit aider les partis politiques et le gouvernement, pour que la Guinée quitte cette situation là, on a un président de la république, on n’a pas de parlement, ça cause beaucoup de problèmes et ça peut causer encore beaucoup de problèmes, il faut en sortir. C’est pourquoi je pense que la raideur des uns et des autres ne va pas dans le sens de l’intérêt de notre pays. Il faut qu’on en sorte. C’est pourquoi nous avons créé une alliance du centre qui s’appelle le « club des républicains », qui va prendre en compte par des réflexions dégagées de tout esprit partisan, proposer des solutions qui nous paraissent être la voie moyenne pour que la Guinée puisse aller de l’avant.

AFRICAGUINEE.COM : Justement M. Doré est-ce qu’on pourrait connaitre qu’est ce qui vous a motivé à mettre en place cette nouvelle alliance ?

JEAN MARIE DORE :
On ne peut pas rester entre les défis que se lancent quotidiennement le gouvernement et sa mouvance et le collectif des partis. On n’en sortira pas ! Pour en sortir il faut sortir une solution moyenne, personne n’a intérêt à ce que la Guinée implose, ceux qui sont contre le gouvernement c’est leurs droits, mais ils n’ont pas le droit d’imposer à la Guinée des convulsions inutiles. C’est pourquoi nous allons nous appliquer aussi bien pour la restructuration de la CENI que pour le recensement, la révision des listes électorales à trouver la formule qui devrait permettre aux uns et aux autres de s’accorder sur un consensus.

AFRICAGUINEE.COM : Etant donné que dans votre alliance vous avez des gens qui avaient soutenu le président Alpha Condé est-ce qu’aujourd’hui vous avez une certaine garantie qu’ils vont respecter l’idée d’être centristes ?

JEAN MARIE DORE :
Nous sommes aussi avec des gens qui ont travaillé avec Lansana Conté, des gens qui ont travaillé avec Dadis Camara, des gens qui ont travaillé avec Konaté, est-ce que vous croyez que c’est un critère ça ? Le fait que quelqu’un ait eu à travailler avec Alpha Condé ne me gêne pas, c’est ce que dit le monsieur, c’est ce qu’il vaut qui m’intéresse parce qu’il y a des critères. Ce n’est pas parce que quelqu’un rentre dans une alliance qu’il va la désorganiser. L’alliance est estimée avoir 40 membres, qu’’est ce qu’un seul peut faire contre ces gens vaccinés qui sont là ? Donc moi je pense qu’il ne faut pas voir cet aspect là parce que si on suit ça il n’y a aucune alliance qui est à l’abri de critiques fondamentales graves. Prenez le collectif, les gens qui sont dedans ont servi tous les gouvernements de la république, on les a jamais vu élever une protestation pour dénoncer une dérive des uns et des autres. Il ne faut pas revenir sur le passé des gens. Ce sont les actes qu’ils posent aujourd’hui pour que la Guinée aille de l’avant qu’il faut voir.

AFRICAGUINEE.COM : Certains de vos détracteurs disent que vous n’avez jamais une position fixe. Quelle est votre réaction ?

JEAN MARIE DORE :
Moi je suis un homme de principe. Ma position est claire. Quand on a créé notre parti, nous étions les seuls à nous réclamer du centre. Le centre est un lieu de réflexion, ce n’est pas un lieu de harangue. Nous 4 ici on crée une association et par principe on dit que pour venir aux réunions il faut venir cravater avec des chaussures propres, si à 2 ou 3 fois vous venez avec des chemises déchirés on va vous demander des comptes par rapport à ce qui a été décidé. Je vous prends l’affaire de l’ADP (Alliance pour la Démocratie et le Progrès Ndlr), c’est moi qui ai eu l’idée de création de l’ADP. Je me suis adressé à mon ancien ministre de la communication, puis Charles Pascal Tolno s’est présenté, Ibrhima Condé du PSD, puis M. Oumar Bah du PUL, lors de la réunion ici Mme Zalikatou Diallo (secrétaire nationale du PEDN Ndlr) est venu dire ici que son parti a décidé d’adhérer à l’ADP mais à une condition sine qua none, c’est que M. Kouyaté devient le président, on a dit dans ces conditions M. Kouyaté ne sera jamais membre de l’ADP, deux jours après elle est venue nous dire notre parti a réfléchi, nous renonçons à la présidence de l’alliance mais il faut que M. Kouyaté soit l’un des portes parole, j’ai dis non parce que M. Kouyaté étant à l’extérieur ne peut pas être le porte parole d’une structure qui délibère à Conakry. J’ai désigné donc M. Sylla et le principe fondamental de l’ADP C’était d’être au centre, c’était de n’appartenir ni au collectif ni à la mouvance présidentielle. Petit à petit le porte parole s’est retrouvé au centre du collectif, je viens de Genève je trouve qu’ils ont fait des déclarations communes, ils ont même fait des cotisations, c’est lui qui a dérivé par rapport à moi, ce n’est pas moi par rapport à lui. Il faut me reconnaître cette justice là. Comme je ne me reconnaissais plus dans cette structure, pour ne pas créer un débat inutile, c’est vous qui avez créé le débat si non moi j’ai notifié à l’ADP ici, j’ai fais venir M. Sylla et les autres et je leurs ai dis qu’à partir de l’instant mon parti ne fait pas partie de l’alliance parce qu’on est plus au centre.




AFRICAGUINEE.COM : Avec ce blocage politique, est-ce qu’aujourd’hui vous craignez le retour des militaires au pouvoir ?

JEAN MARIE DORE :
N’anticipez pas ! Je crois à la valeur intellectuelle et politique des guinéens. Ils vont tout faire pour que nous restions dans une république démocratique. Je suis un optimiste, je crois qu’il faudrait que chacun ait à l’esprit que la Guinée doit continuer à progresser dans le respect des institutions de la république et ne pas créer des conditions qui puissent faire envisager l’éventualité, qu’il y ait des incidents de parcours qui retardent la nation.

AFRICAGUINEE.COM : Aujourd’hui on vous accuse d’avoir signé plusieurs contrats « douteux » gré à gré pendant votre passage à la primature. Quelle est votre réaction ?

JEAN MARIE DORE :
Nous avons signé des contrats par nécessité pour la Guinée. Si cela est à refaire on allait le refaire immédiatement, parce qu’on a tenu compte des intérêts présents et futurs de notre pays. Quand un pays a 60% de ses cadres universitaires qui chôment, quand un pays ne peut pas donner des retraites à un niveau décent à ceux qui ont servi sa cause pendant 30 ou 40ans ou qui vont à la retraites avec des pensions qui ne permettent pas de payer le loyer d’un mois, ce pays a le devoir de faire en sorte que s’investissent des capitaux pour que le maximum de guinéens puisse aller au travail. C’est à cause de cela qu’on l’a fait. Aujourd’hui on assiste à la nécessité dans certains cas et signer des contrats de gré à gré. Vous ne pouvez pas échapper à ça, dans la situation de la Guinée ce n’est pas tous les jours qu’on a le temps de faire des appels d’offre devant certaines nécessités. En réalité, en Guinée les appels d’offre ce sont des gré à gré déguisés. Il faut carrément être honnête pour donner le marché à quelqu’un qui peut carrément faire le travail. La Guinée ne peut pas mourir parce que le type aura fait des calculs 5% un peu plus cher que ce qu’il aurait dû proposer. Ce qui est plus important ce sont les résultats et l’incidence sur l’avenir de la Guinée.

AFRICAGUINEE.COM : M. Doré on vous accuse vous et les leaders de l’UFDG et de l’UFR d’avoir reçu deux milliards chacun dans le cadre des évènements du 28 septembre 2009. Est-ce qu’on peut avoir plus d’informations sur ce sujet ?




JEAN MARIE DORE :
On parle actuellement de deux milliards que Sidya Touré, Cellou Dalein Diallo, Jean Marie Doré auraient perçu dans le cadre soit disant des réparations dues aux victimes des évènements du 28 septembre. Ce n’est pas comme ça ! C’est complètement faux ! C’est de la diffamation et de la calomnie. Dans la nuit du 28 au 29 septembre 2009, Cellou Dalein Diallo, Sidya, Tidiane Traoré, l’actuel ministre des transports, Bah Oury, Mouctar Diallo, nous étions blessés gravement au stade et grâce à la diligence des gendarmes on nous a regroupés à la clinique Pasteur, puis vers 23h une forte délégation composée des membres du gouvernement, des chefs religieux musulmans, chrétiens et autres, sont venus nous informer qu’ils ont rencontré le président Moussa Dadis Camara qui a consenti à ce qu’on rejoigne nos domiciles. Les médecins ont estimé que Sidya, Fall (l’actuel ministre secrétaire général à la présidence de la république Ndlr) et les autres pouvaient rentrés mais que l’état médical de Cellou Dalein Diallo et de Jean Marie Doré est si grave qu’il faut qu’il reste en observation à la clinique. C’est comme ça que Cellou et moi nous sommes restés à la clinique. Sidya a eu une chance inouïe ! Quand il est sorti il n’est pas allé directement chez lui, ils sont allés au domicile de Mouctar Diallo avec Fall, donc pendant qu’on pensait que nous étions déjà chez nous huit camions chargés de bérets rouges (garde présidentielle Ndlr) dirigés par Toumba (ancien aide de camp du capitaine Moussa Dadis Camara Ndlr) et un certain Marcel Guilavogui ont commencé par mon domicile. Ils ont tout cassé, ils ont tiré partout, j’aurai été transformé en pâte si j’avais été à mon domicile. J’avais 4 véhicules 4X4 garés ici, ils ont tiré dans le moteur parce qu’ils n’ont pas trouvé les clefs, ils ont détruis la canalisation d’eau, les armoires, j’avais 350 mille euros dans l’armoire ils ont emporté. Vous comprenez ? De chez moi ils sont allé chez Cellou Dalein Diallo, ils ont emporté 6 véhicules 4X4, ils ont déménagé la literie, le salon et tout. Moi ils n’ont pas pu prendre la literie parce que les portes sont étroites. Ils sont allé chez Sidya, ils ont cassé le portail, ils ont volé les meubles, le coffre de Sidya, ils ont amené.

Deux jours après, Konaté (l’ancien président de la transition Ndlr) et M. Kiridi Bangoura qui est actuellement chef de cabinet civil à la présidence de la république sont venus me visiter, ils étaient profondément choqués de l’état dans lequel se trouvait mon domicile et ils m’ont félicité du fait que je n’étais pas à la maison parce que les gens étaient venus pour me tuer. Ils sont venus avec Dadis (ancien chef de la junte au pouvoir Ndlr) qui était sous le manguier et qui n’est donc pas rentré parce qu’il venait du restaurant. Quand il est parti, le Général Mamadouba Toto Camara est venu avec l’ancien ministre de la fonction publique Alpha Diallo visiter ici. Mais ils étaient étonnés ! Je leurs ai dis d’aller voir aussi chez Cellou. Compte tenu des valeurs, Konaté a fait de faire tout de suite les constats par voie d’huissier. Cellou a fait le constat, Sidya a fait le constat et ils m’ont donné pour que je fasse les démarches, voir ce que l’on peut faire. Entre temps j’ai été nommé premier ministre, j’ai été montré les constats au Général Konaté qui a dit qu’il faut réparer, on n’a pas d’argent, comment on va faire parce que 6 4X4 plus chez vous 4X4, la valeur est énorme, plus la destruction de la maison, il faut que vous compreniez, on va vous dédommager ce qu’on vous a pris au forfait parce que si non ça pouvait aller jusqu’à 7 milliards chacun. Je vais vous chercher les constats d’huissier et vous les montrer.


Donc avec l’accord du Général Konaté, le gouvernement a attribué à Jean Marie Doré, à Cellou Dalein Diallo, à Sidya Touré 2 milliards de francs guinéens qui ne réparaient pas les dommages causés, ce ne sont pas les dommages corporels. On ne nous a pas donnés ça pour le traitement de nos états, non ! C’est cause des dégâts causés chez nous et à cause des biens volés chez nous que l’Etat s’est vu dans l’obligation de faire cette réparation. Cet argent n’était pas destiné à la réparation des dommages causés aux victimes du 28 septembre, c’était pour les dommages causés aux domiciles de Jean Marie Doré, de Sidya Touré et de Cellou Dalein Diallo. Je ne vois pas pourquoi ceux-ci même hésitent d’expliquer ça aux gens. C’est aussi simple que ça. Si on était passé par la justice j’aurai même demandé 10 milliards. Mais comme il fallait parer au plus pressé, il fallait que je récupère mon domicile parce que pendant longtemps chez moi n’était pas habitable. Cellou aussi ne pouvait pas rentrer chez lui. Sidya lui on n’avait pas volé ces lits mais on avait cassé sa maison, ils ont pris beaucoup de choses. Je ne vois pas où est le problème. Si quelqu’un en veut à Cellou qu’il aille régler ça là-bas mais pas pour cette question d’argent là. C’est moi, Jean Marie Doré qui ait pris l’initiative, j’en assume pleinement la responsabilité de cette réparation insuffisante qui a été donnée à Cellou Dalein Diallo, à Sidya Touré et à Jean Marie Doré. Si quelqu’un n’est pas content qu’il porte plainte à la justice, je suis là pour répondre, donc il ne faut pas chercher la petite bête là où elle n’est pas. Au risque de notre vie, on a protesté et on a failli nous tuer.

Je vais vous dire aujourd’hui, sans le Général Ibrahima Baldé, le chef d’état major général de la gendarmerie, sans son inspecteur général le colonel Cessé Balamou, mais on nous aurait enterrés vivants à Koundara. Ce sont eux qui ont dits non à Dadis qui avait donné l’ordre de nous tuer. Le général Baldé a pris des mesures de sécurité pour isoler la clinique Pasteur où nous étions. C’est en désespoir de cause donc que les Toumba sont venus détruire tout ici.


AFRICAGUINEE.COM : Quelle est votre position sur l’épineuse question de la réconciliation nationale ?

JEAN MARIE DORE :
Je dis, on a le sentiment que les gens pensent que le conflit c’est entre les peulhs et les malinkés, mais dans ces conditions qu’on fasse confiance aux notables malinkés et peulhs pour aller se rencontrer et régler ça. Pourquoi on va mettre toute la Guinée pour régler tout ça ?

Pendant le régime de Sékou Touré, pendant le régime de Conté, celui de Dadis, il y a eu des choses inacceptables dans ce pays. Toutes les régions naturelles, tous les ressortissants de toutes les régions naturelles se sont rendus coupables de comportements indignes qui ont été à l’origine de beaucoup de turpitudes de la part de nos populations. Ce n’est donc pas le fait d’une région contre une autre. On pense que beaucoup de peulhs ont été arrêtés pendant la révolution mais les peulhs ont tué des dignitaires de Sékou Touré à Kindia, on connaît leurs noms mais est ce que la marche de la Guinée va s’arrêter à cause de ça. Donc les malinkés n’ont qu’à demander pardon aux peulhs, les peulhs n’ont qu’à demander pardon aux malinkés parce qu’on ne pourra pas les juger et les mettre en prison.

Donc ce problème là est se pose et je pense qu’il faut éviter les schémas importés vérité réconciliation, je pense que c’est irréaliste. Il faut trouver des solutions pratiques pour la Guinée pour redonner confiance aux uns et aux autres. Que quand il y a un emploi, si c’est un forestier qui doit recruter les gens qu’il ne vous demande pas comment vous vous appelez pour lire votre dossier.

AFRICAGUINEE.COM : Que pensez-vous également du litige qui oppose deux camps au sein de la CNTG ?

JEAN MARIE DORE :
C’est un dossier que je ne connais pas bien. J’ai reçu tous les courants syndicaux ici et chacun a donné sa version. Tout ce que je peux dire c’est que c’est une affaire de syndicats, il faut laisser les syndicalistes régler leur affaire. Il ne faudrait pas qu’il y ait des interférences.

AFRICAGUINEE.COM : En terme de bilan qu’est ce qu’on pourrait retenir selon vous de la première année de magistrature du président Alpha Condé ?




JEAN MARIE DORE :
Il a fait de bonnes projections parce que pour le moment les guinéens continuent de vivre l’obscurité, ils continuent à vivre le manque d’eau, mais il faut atténuer ce manque par le fait qu’on ne peut pas avoir un barrage en un an, on ne peut pas drainer l’eau du Konkouré à Conakry en un an, ça suppose de grands investissements et ces investissements ne sont pas là.

Certains dirons que quand il était candidat il avait dit ça mais vous savez quand on est candidat on dit tout ce qu’on pense mais après quand on a l’appareil d’Etat ce qu’on voit est différents des facilités de dire il n’y avait qu’à faire ceci ou cela. Concrètement le pays continue de connaître des problèmes de ravitaillement en denrées de première nécessité et je crois que le gouvernement devrait faire des efforts dans ce sens là. Je note également qu’il y a des mesures injustes qui ont été prises. On interdit par exemple aux paysans forestiers de vendre leurs riz aux commerçants qui viennent là-bas. Je ne comprends pas parce que le forestier quand il cultive son riz c’est pour revendre et envoyer peut être à son fils qui universitaire ici et régler les petits problèmes de famille.

AFRICAGUINEE.COM : Concrètement M. Doré est ce qu’il y a quelque chose qui vous aurait marqué lors de votre passage à la primature ?

JEAN MARIE DORE :
J’avais un contrat, c’était d’organiser les élections et garantir la sécurité des populations. Je l’ai fais, je suis un héros parce que j’ai évité aux guinéens de quitter leurs chaumières, de quitter leurs villas pour aller errer à l’étranger. Ça c’est très important ! Les gens parlent n’importe comment de la transition. Mes ministres sont des héros, je suis un héros ! Nous avons réussis à faire avec peu de moyens ce que d’autres n’ont pas réussis avec une longue durée. Nous avons garanti la paix, il n’ ya pas eu de désordres significatifs. Ce sont les partis politiques eux-mêmes qui ont créé le désordre mais le gouvernement ne s’est pas laissé émouvoir pour employer les grands moyens de répression. On a créé la FOSSEPEL (Force de Sécurité pour le Processus Electoral Ndlr) et j’ai tenu à ce que les interventions sont uniquement au niveau de la FOSSEPEL et ces gens n’avaient pas le droit d’avoir des fusils. L’armée n’est jamais intervenu dans quoi que ça soit mais des partis ont essayé d’impliquer la responsabilité de l’armée, de la gendarmerie ou de la police.

AFRICAGUINEE.COM : Est-ce qu’il y a quelque chose que vous avez eu à regretter pendant cette transition ?

JEAN MARIE DORE :
Oui mais vous savez quand vous avez gouverné il ne faut pas avoir des états d’âmes et ce n’est pas à moi de faire le procès de ceci ou cela, de faire le procès du gouvernement. J’ai le devoir de solidarité envers l’Etat que j’ai servi dont j’étais le premier ministre chef du gouvernement. Je ne vais pas plus loin que ça !

AFRICAGUINEE.COM : Un dernier mot M. Doré ?

JEAN MARIE DORE :
Je souhaite que la presse use de plus de pédagogie pour aborder sereinement l’étude des problèmes parce que la presse n’est pas une presse de l’opposition ou de la mouvance, la presse est au centre et au service de la Guinée. Notre peuple a besoin d’informations justes dans ce dédales de partis pris, c’est vous seul qui pouvez présenter un produit consommable et garantir la santé de celui qui le consomme. Mais si vous aussi vous vous mettez à être le porte voix de M. Doré, de M. Cellou ou encore de M. Saloum Cissé, vous brouillez les cartes. Si vous le dites vous ne serez plus une presse libre. A l’occasion du nouvel an je souhaite du plus profond de moi-même que notre peuple puisse trouver sa voie pour sortir de ce dédale actuel.



INTERVIEW REALISEE PAR SOUARE Mamadou Hassimiou

Chef de Bureau AFRICAGUINEE.COM

Guinée-Conakry

Tél. : (224) 62 65 75 74/ 64 95 36 33

E-mail :


  Rubrique: Interview  date: 30-Dec-2011 ŕ 10:19:34  Partager:   :

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