
CONAKRY-L'opposant Faya Millimono du parti Nouvelle Génération pour la République vient de dénoncer "l'amateurisme" du président Alpha Condé dont les actions à la tête de l'Etat continue "d'enfoncer le pays", a constaté Africaguinee.com.Pessimiste, Faya Millimono s'est confié au micro d'Africaguinee.com, pour dresser le bilan de la gouvernance du président Alpha Condé, un an après son arrivée au pouvoir...
Dr Faya Millimono : vice président de la Nouvelle Génération pour la République et porte parole du collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition
Je dirais que c’est un bilan négatif ! Au plan économique les décisions prises nous ont conduits à quoi ? Un, les prix sur le marché sont passés du simple au double et la population souffre aujourd’hui. Deux, l’inflation a continué à grimper, nous sommes autour de 24% aujourd’hui. Trois, le chômage continu à grimper aujourd’hui. Donc du point de vue des indicateurs macroéconomiques, nous avons là un pays qui est entrain de s’enfoncer et cela s’aggrave à cause de l’amateurisme à la tête de l’Etat parce qu’encore une fois nous revenons aux années 40 quant on parle aujourd’hui en Guinée de nationalisation. Tout cela contribue à pousser plutôt qu’à attirer les investisseurs dans notre pays. Ça c’est sur le plan économique !
Sur le plan financier, on nous a parlé de l’unicité des caisses. C’est un concept très séduisant mais quelle est son applicabilité ? Les 700 millions de dollars (payés par la société minière Rio Tinto Ndlr) ne sont pas rentrés dans la caisse unique, jusqu’à présent même vous les journalistes vous ne pouvez pas nous dire où sont partis ces 700 millions de dollars. Il en est de même aussi pour les 21 ou 24 millions de dollars obtenus avec Areeba (Société de téléphonie de la place Ndlr). Donc on nous vend un concept mais le contenu est vide parce qu’en fait on a créé l’unicité des caisses pour dire aux gens personne ne met de l’argent dans un compte, chacun n’a qu’à mettre dans sa poche. Encore une fois donc, sur ce plan là , la corruption, les détournements continuent comme nous le dénoncions sous le régime de Lansana Conté.
Maintenant prenons sur le plan politique, on peut se féliciter de dire que nous sommes sur la voie de débloquer une situation qui était bloquée parce qu’en un an il n’y a pas eu de dialogue politique en république de Guinée. Même le Général Lansana Conté ne l’a pas fait. Les présidents qui ont été élus après Alpha Condé ont eu plusieurs fois des dialogues avec leurs oppositions. Nous étions dans une situation de blocage au niveau politique et lorsque vous prenez la gestion du Pr Alpha Condé, la tribalisation de l’administration. Quand il venait à la tête du pays, il avait dit que je vais nommer 25% de mon gouvernement venant de la basse côte, 25% de la haute guinée et ainsi de suite. Quand est-il aujourd’hui du gouvernement du Pr Alpha Condé ? 80% viennent d’une seule région et 20% pour le reste. Cela ajouté à ses discours de haine qu’il a continué à produire après les élections a contribué a exacerber la division et les tensions au sein de la société guinéenne. Aujourd’hui nous pensons que les guinéens ne respirent pas guinée d’abord, ils respirent ethnie, région ou clan avec l’instrumentalisation des coordinations que nous vivons tous les jours. Aujourd’hui on en connait 4 en basse côte. Ça également c’est une tâche noire.
Maintenant venons sur la situation des droits de l’homme. Nous avons eu tellement de répressions en un an que, malgré ce qu’on a déploré chez celui qu’on appelait le dictateur, il y a des gens qui en viennent à regretter le pouvoir le pouvoir de Lansana Conté. Il y a eu des morts lors du retour de Elhadj Cellou Dalein Diallo, le 27 septembre il y en a eu également et ce qui est plus grave, quant on parle de démocratisation et de construction d’un Etat de droit il en faut une société civile indépendante qui ne soit pas inféodée à l’Etat. Qu’est ce que nous vivons aujourd’hui ? La société civile guinéenne est complètement féodée à l’Etat. Non seulement il y a une division en son sein, parce qu’on est parti d’une coordination des organisations de la société civile et toutes les coordinations sont actuellement inféodées et chacune fait du zèle pour montrer qu’elle soutient le mieux le gouvernement en place. Le seul secteur de la société civile qui échappe encore un peu, et vous voyez toute la peine que le pouvoir se fait, c’est le syndicat. Nous avons vu les élections de la plus grande centrale c'est-à -dire la CNTG (Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée Ndlr), nous avons vu l’immixtion du pouvoir, vous avez vu récemment la déclaration de huit centrales syndicales qui ont dénoncé cela, nous avons vu la parodie de justice qui essaye d’annuler le congrès qui a été fait devant les représentants de tous les syndicats à travers le monde. Voilà une immixtion qui est dangereuse et qui fait que nous sommes sur la voie de perdre toute la dynamique de démocratisation et de l’Etat de droit dans notre pays parce qu’aujourd’hui toute la société civile est de près ou de loin inféodée à l’Etat guinéen. Nous avons même récemment que le nouveau secrétaire générale de la CNTG (camarade Amadou Diallo Ndlr) a échappé à la mort. Le pouvoir ne peut pas ne pas être reconnu responsable quant on sait le niveau de son implication pour déstabiliser la CNTG.
Propos recueillis par SOUARE Mamadou Hassimiou
Pour Africaguinee.com
Tél. : (224) 62 65 75 74/ 64 95 36 33
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  Rubrique: Politique  date: 20-Dec-2011 ŕ 13:41:34  Partager:   :  |