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Hadja Rabiatou Sérah Diallo, Présidente du CNT:"Il n'y a pas de raison que le président Condé qui es





GENEVE-La présidente du Conseil national de transition (CNT),Hadja Rabiatou Sérah Diallo vient de réagir sur la rencontre entre le président Alpha Condé et les acteurs politiques.Optimiste, Rabiatou Diallo espère que le dialogue va permettre à la Guinée de sortir de la crise.Au cours de son séjour à Genève où elle a participé à la 312ème session du Conseil d'administration de l'Organisation internationale du travail, la syndicaliste guinéenne revient également sur la crise qui paralyse la confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG), la plus grande centrale syndicale du pays.Entretien exclusif!

Africaguinee.com: Le président Alpha Condé a rencontré récemment les leaders politiques. Au niveau du Conseil national de transition, quelle est votre réaction par rapport à cette rencontre ?

Rabiatou Sérah Diallo:
Je pense que le président Alpha Condé a très bien fait de rencontrer ses frères des partis politiques. D’ailleurs, j’ai toujours dis que quand le président revient ou fait marche arrière, c’est pas parce qu’il est faible, contrairement aux propos de certaines personnes qui estiment que le chef de l’Etat est faible parce qu’il a réculé. Je dis Non !Au contraire, il faut reculer pour mieux sauter et on ne peut pas développer ce pays, sans le dialogue. Si le dialogue ne marche pas dans le pays, quelque soit la bonne volonté des uns et des autres, ce sera un échec. Je pense que cette rencontre est une bonne initiative et le CNT s’inscrit dans cette logique. Nous avons fais beaucoup de démarches à l’endroit du collectif des partis politiques, de l’alliance arc-en-ciel et de l’alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) pour les motiver vers le dialogue. C’est pourquoi d’ailleurs, quand le chef de l’Etat était de retour de mission en Chine et aux Etats-Unis, il a tout de suite instruit au premier ministre d’organiser une rencontre avec l'opposition. C’était le 26 septembre dernier !Et il faut se féliciter de cette rencontre car tous les partis politiques avaient répondu à cette invitation et tout le monde a reconnu qu’il y avait un déficit de dialogue dans le pays et qu’il fallait créer un cadre de concertation. C’est en ce moment qu’une répartition a été faite de la manière suivante: 2 représentants pour la mouvance présidentielle, 5 de l’opposition, 2 pour le CNT 2, 2 pour le Ministère de l’administration du territoire, 1 du conseil économique et 2 représentants de la société civile. Sur la demande des partis politiques, les institutions républicaines ont été désignées comme facilitateurs. Au niveau du CNT, nous avons désigné le vice-président de l’institution, Mgr Gomez qui a une grande expérience depuis les évènements de 2006, 2007 et M. Dansa pour nous représenter dans ce cadre de facilitations. Seulement, avant de venir à la table des négociations le collectif des partis et l’ADP avaient posé des préalables (libération des manifestants, restructuration de la CENI, Ndlr), qui nécessitaient encore une médiation à l’interne. Pour cette médiation, des personnes neutres ont été choisies par l’opposition et le pouvoir. Lorsque ce groupe de médiation a rencontré le président Condé, il s’est dit ouvert au dialogue et c’est ce qui a motivé la rencontre du 15 novembre au Palais Sékhoutouréyah. Je rappelle que l’actuel président était dans les forces vives, nous avons négocié ensemble notamment à Ouagadougou ou Abuja. On se retrouvait souvent chez Sidya Touré ou chez Alpha Condé lors de ces négociations pour échanger. Nous avons souffert ensemble, et il n’y a pas de raison aujourd’hui que l’un des acteurs politiques issus des forces vives soit président et qu’il n’arrive pas à s’entendre, à se parler en tant que frères dans l’intérêt du pays.

Africaguinee.com:Le président Condé a annoncé la mise en place d’un comité de dialogue. Est-ce que vous êtes optimiste par rapport à la réussite de ce comité, étant donné que certaines revendications exprimées par l’opposition ne sont pas satisfaites notamment la restructuration de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) ?

Rabiatou Sérah Diallo:
Je pense qu’il faut être optimiste. Par exemple, pour la libération des manifestants détenus, certains d’entre eux ont été libérés, il reste encore d’autres qui sont en prison. Mais je pense que le chef de l’Etat va prendre des décisions pour les libérer. Concernant la CENI, je crois que les Nations Unies à travers le PNUD vont s’impliquer pour faciliter la concertation à tous les niveaux. Au CNT, nous avons déjà la loi organique sur la CENI qui n’est pas encore adoptée. Je rappelle que le CNT fait des propositions de loi à l’exécutif qui à son tour fait des projets de loi pour amendement et adoption. Donc cette loi sur la CENI, nous devons en principe l’envoyer à l’exécutif, avant de l’amender et l’adopter. Mais je pense que cette rencontre chez le chef de l’Etat a suscité beaucoup d’appétits. Si tout le monde est engagé à travers le dialogue pour la réconciliation nationale, il faut un engagement politique fort, écouter le peuple pour que de bonnes décisions soient prises dans l’intérêt de la nation.Je précise que dans les deux groupes (Mouvance présidentielle et opposition), il y a toujours des extrémistes mais il y a également des personnes de bonne volonté sur lesquelles, on peut compter pour faire avancer ce dialogue.




Africaguinee.com: Mme Diallo, la question relative au report des élections législatives a été abordée au cours de cette rencontre entre le chef de l’Etat et les acteurs politiques. Est-ce que selon vous, si ce report est confirmé, c’est une bonne chose pour la Guinée, étant donné que la transition a pris du retard ?

Rabiatou Sérah Diallo:
Je pense que tout n’est pas prêt ! Et ces derniers temps, la distance entre le pouvoir et l’opposition n’a pas facilité les choses. On ne sait pas si la révision des listes électorales est effective etc. Il y a encore des points à éclaircir avant d’aller vers ces élections. Je pense qu’il faut un engagement réel de la part des acteurs politiques comme c’était le cas en juin 2010 pour organiser la présidentielle. Tout ne sera pas parfait, mais au moins le minimum sera fait s’il y a un engagement fort de la part des acteurs politiques pour respecter la date qui sera fixée.

Africaguinee.com: Avant de terminer, le gouvernement a demandé récemment de nouvelles modifications au niveau du code minier adopté par le CNT. Est-ce que ces modifications peuvent rassurer les investisseurs qui s’intéressent à la Guinée ?

Rabiatou Sérah Diallo:
Ce que nous cherchons aujourd’hui, c’est l’intérêt de la Guinée. Mais l’intérêt de notre pays ne peut être profitable qu’en tendant la main aux investisseurs. La Guinée elle seule, ne peut obtenir cela, et on a besoin de l’appui et de la contribution des autres. Donc réviser ce code dans l’intérêt de chacun sans faire perdre la Guinée, c’est notre objectif. Je rappelle que dans le passé, il y a eu des conventions qui ont été signées mais qui n’étaient pas dans l’intérêt du pays. Mais si pour encourager les investisseurs à venir dans notre pays, il faut amender certains articles, je ne vois pas la raison pour que le CNT refuse cela. Nous voulons sortir la Guinée de la crise pour que le Guinéen puisse avoir de quoi manger, se vêtir , se soigner.

Africaguinee.com: Dernière question, la confédération nationale des travailleurs de guinée est paralysée depuis septembrer dernier par une crise interne. En tant que pionnière du mouvement syndical en Guinée, quelles solutions préconisez-vous pour trouver une sortie de crise au niveau de cette organisation syndicale ?

Rabiatou Sérah Diallo:
J’avoue que cette crise me rend très malade. J’ai le cœur serré quand on me parle de crise. Parce que la CNTG a 50 ans, à cet âge, on est adulte ! On n’a plus droit à l’erreur encore moins à une faute. La CNTG a participé positivement à l’indépendance de ce pays et les premières protestations contre le pouvoir, c’était sur l’initiative de la CNTG qui avait organisé une grève d’avertissement en 2005.C’est après ça que les autres centrales syndicales nous ont rejoint. Aujourd’hui, les huit centrales syndicales sont réunies pour travailler ensemble. Parce que c’est l’union qui fait la force. La CNTG et les autres centrales ont joué un rôle déterminant dans l’instauration de la démocratie dans notre pays. Le Mouvement social qui regroupe le patronat, la société civile et les syndicats a permit de créer le 9 février 2009, le forum des forces vives avec les partis politiques. Aujourd’hui, ça me fait mal que ce soit des membres de la CNTG qui oublient d’où nous sommes venus, la lutte que nous avons menée, les personnes qui ont perdu la vie dans le cadre de cette lutte pour obtenir ces acquis notamment le retour à l’ordre constitutionnel. Si on oublie tout ça pour des intérêts personnels, c’est dommage. Je n’ai aucune solution pour cette crise. La seule issue possible, c’est que chacun doit se ressaisir, faire un état des lieux, savoir d’où nous venons et ce qui reste à faire. La transition n’est pas encore finie, on a encore besoin de la force du Mouvement social, s’unir pour aller de l’avant. Récemment, le chef de l’Etat a demandé aux syndicats d’aller dans d’autres pays pour s’inspirer des expériences acquises dans ces pays en matière de Salaire minimum interprofessionel garantie (SMIG) et aujourd’hui, les travailleurs attendent des résultats. Est ce que c’est le moment de se déchirer ? de casser la bourse du travail qui est un lieu historique ? Lors de mon discours au congrès de la CNTG, j’ai été très claire : j’ai rappelé d’où nous sommes venus, les acquis obtenus et surtout j’ai insisté sur l’avenir qui nous attend. Et jusqu’à mon dernier souffle, je reste à la disposition du mouvement syndical pour qu’on puisse défendre les intérêts des travailleurs. Donc la solution, nous concerne tous, car chacun doit respecter les règles de jeu, les textes qui nous régissent et rester solidaire avec le mouvement syndical international qui a toujours appuyé la Guinée. l faut donc que l’intérêt de la Guinée prime sur les intérêts égoïstes, et je serai avec ceux qui luttent pour la nation, ceux qui luttent pour les travailleurs.

Interview réalisée par Mamadou Kaba Souaré
Pour Africaguinee.com

  Rubrique: Politique  date: 22-Nov-2011 ŕ 11:40:14  Partager:   :

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