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Nigeria: Les proxénètes dans l’oeil du cyclone


[IMG1]La lutte engagée en 2003 au Nigeria contre les proxénètes commence à porter ses fruits. Grâce aux actions de l’Agence de lutte contre la traite humaine, les arrestations de trafiquants se multiplient et le nombre de rapatriements de leurs victimes, prostituées à l’étranger, a déjà baissé de moitié.

"Nous sommes en train de gagner la bataille…" La mine radieuse, la Nigériane Carol Ndaguba se réjouit des progrès enregistrés par son pays dans la lutte contre la "traite des femmes", c'est-à-dire l’exploitation sexuelle, à des fins économiques, de Nigérianes aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Directrice de la National Agency for the Prohibition of Trafficking in Persons and Other Related Matters, (Naptip, Agence de lutte contre le trafic de personnes et délits similaires), elle a annoncé le 25 octobre dernier l’arrestation aux États-Unis et en Europe (Pays-Bas, Espagne, Belgique) de 20 Nigérianes accusées de traite de jeunes filles. "Présentement (au Nigeria, Ndlr), 150 trafiquants sont sous les verrous dont 50 ont été traduits en justice", ajoute Carol Ndaguba. Depuis quatre ans, la Naptip, en collaboration avec la police et les services d’immigration du Nigeria et d’ailleurs (africains, européens et américains), mène une lutte sans merci contre les proxénètes.

Dans cette fédération de 36 États, la plus peuplée d’Afrique avec plus de 140 millions d’habitants, la traite des femmes est un fléau qui depuis des années ternit l’image du pays et de ses femmes. En 2000 par exemple, plusieurs États européens dont l’Italie avaient appréhendé et rapatrié environ 430 immigrées clandestines nigérianes, âgées de 13 à 25 ans, pour la plupart travailleuses du sexe. Le trafic s'est amplifié à partir des années 80, marquées par la récession économique due à la chute des cours du pétrole, principal produit d’exportation. Du fait de la corruption et de l’instabilité politique (putschs sanglants, dictature…), la situation ne s’il est guère améliorée jusqu’à la fin des années 90. La majorité des Nigérians, dont plus de la moitié sont des femmes, ont continué à vivre avec moins d’un dollar par jour bien que leur pays soit le sixième exportateur mondial de pétrole brut.

"Elle nous livrait à des hommes…"

Les marchands d’illusions, souvent prostituées elles-mêmes, financées ou non par des hommes, ont alors proliféré. Faciles à manipuler,[IMG2] les femmes analphabètes et sans travail voire des élèves et étudiantes cèdent à leurs promesses d’une vie meilleure, d'autant que leurs "tuteurs" s’engagent à financer le voyage contre la promesse de se faire rembourser après. "Une dame de notre ville, Benin City, venait chaque année recruter des filles pour, disait-elle, les faire travailler dans ses boutiques en Europe, raconte A. B., rapatriée en 2006. C’est ainsi qu’en 2005, je me suis retrouvée en Italie avec onze autres jeunes filles." Mais une fois arrivée à destination, elle, comme bien d'autres victimes, est allée de désillusion en désillusion : pas de travail, pas de conditions de vie décentes, mais des chantages. "La dame avait confisqué nos passeports et exigeait que chacune de nous lui rembourse 10 000 euros, ce qui faisait un à deux ans de séjour obligatoire en Italie, poursuit A. B. Elle nous livrait à des hommes qui la payaient directement."

Jusqu’en 2003, année de création de la Naptip, les proxénètes avaient d’autant plus de facilité à opérer en toute impunité que les Ong locales étaient sans grands moyens, car elles "n’avaient pas le soutien de l’État", rappelle Akin Oyebode, professeur de droit. Tout a commencé à changer avec le retour de la démocratie, marquée par l’arrivée au pouvoir en 1999 d’Olusegun Obasanjo, l’ex-chef d’État nigérian, réélu quatre ans plus tard. En créant cette agence spécialisée dans la lutte contre la traite des femmes et des enfants, il l’a dotée de moyens conséquents et de pouvoirs étendus.

Répression et sensibilisation

La Naptip peut, sans passer par le gouvernement comme il doit le faire pour certaines opérations, interpeller et traduire en justice les trafiquants, qui risquent entre autres sanctions des peines de prison de 1 à 25 ans, voire à vie, selon la gravité de leurs actes. Dans les brochures de l’agence, se trouvent, photos à l’appui, les aveux de proxénètes appréhendés. "En 2004, j’ai réussi à faire venir en Espagne une dizaine de jeunes filles à qui j’avais promis du travail dans des boutiques. Se rendant compte du subterfuge, elles m’ont dénoncée à l’ambassade du Nigeria à Madrid", témoigne S. O., une femme qui purge depuis novembre 2004 une peine d’emprisonnement de cinq ans. F. A. a été arrêtée en mai 2005 pour avoir tenté de convoyer des jeunes filles au Burkina-Faso. À la répression, la Naptip associe des campagnes de sensibilisation pour déjouer les astuces des proxénètes et informer leurs éventuelles victimes des pièges qui les guettent.

Dans ses centres de réinsertion, elle conseille aussi les personnes rapatriées, la plupart malades du sida et leur offre une assistance médicale. Selon l’agence, le nombre de celles-ci a chuté quasiment de moitié entre 2000 et 2007, preuves, à ses yeux que le fléau régresse. Ces interpellations et condamnations ont permis de réduire le trafic, confirme Bimbo Atuwase, responsable d’une ONG d’assistance aux démunis. Ainsi, on ne voit plus comme avant sur les chaînes de télévision les scènes de rapatriement de jeunes Nigérianes prostituées en Occident.” Mais la lutte contre la traite continue de plus belle……

Daouda Aliyou
Source: Syfia, partenaire de Africaguinee.com



  Rubrique: News Afrique  date: 22-Nov-2007 ŕ 13:30:39  Partager:   :

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