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Aboubacar Sylla, porte parole de l'alliance ADP:"Aujourd’hui nous avons une situation explosive où l





CONAKRY-Si l'alliance pour la démocratie et le progrès n'est pas associée à la manifestation de l'opposition, elle partage ses inquiétudes quand à la crise qui paralyse le pays.Cette alliance a dénoncé les nominations des cadres appartenant majoritairement au parti du président Alpha Condé ainsi que la décision unilatérale de la commission électorale nationale indépendante(CENI)de fixer une date pour les législatives.Aboubacar Sylla, leader de l'Union des forces du changemnt (UFC) et porte-parole de l'ADP, s'est confiée à Africaguinee.com.

AFRICAGUINEE.COM : Bonjour M. Sylla ! Le collectif envisage des marches a partir du 27 septembre prochain, peut-on savoir quelle est la position de l’Alliance pour le Développement et le Progrès ?

ABOUBACAR SYLLA :
Notre alliance, l’ADP n’a à aucun moment été sollicité par le collectif pour se joindre à lui dans le cadre de cette marche. A aucun moment donc l’ADP n’a été associée dans les préparatifs de cette marche, ni à sa prise de décision, ni à son organisation. Donc l’ADP ne se sent pas concerné par la marche qui sera organisée par les partis politiques membres du collectif. Ce sont des partis politiques bien identifiés qui ont décidé tous seuls d’organiser cette marche pacifique.

En quelque sorte donc vous ne serez pas solidaires au collectif face au gouvernement ?

Nous ne sommes pas impliqués dans la structure d’organisation de cette marche, donc nous ne sommes pas sollicités par le collectif bien que dans une certaine mesure nous avons des revendications très proches et parfois même nos revendications vont plus loin que celles du collectif vis-à-vis des autorités actuelles.

De quelles autorités par exemple ?

Vis-à-vis du ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation, vis-à-vis de la commission électorale nationale indépendante, vis-à-vis du conseil national de transition et également vis-à-vis du conseil national de la communication.

Devant l'impasse, faut-il recourir au médiateur Compaoré vu que la transition n'est pas terminée ?

Je ne crois pas qu’on doive en arriver déjà là. Je crois qu’une marche pacifique est tout à fait normale. On engage les procédures nécessaires, on fait les déclarations préalables requises, on encadre la marche pour éviter des débordements ou des infiltrations d’éléments incontrôlés et on fait en sorte que tout se déroule de la façon la plus pacifique qui soit. La marche fait partie des contraintes que tout pouvoir doit accepter dans un cadre de démocratie. La marche n’est pas forcément synonyme de violences. Je crois qu’on doit s’habituer en guinée à ce que les marches se fassent de façon pacifique et qu’elles soient acceptées comme étant garanties par la constitution. C’est un droit des citoyens et des associations pour vue que cela se fasse de façon pacifique en respectant la loi et la règlementation en vigueur.

Vous qui étiez au stade le 28 septembre 2009 quel message adressez vous aux autorités actuelles du pays et à l’opposition ?

Ecoutez ! Moi je ne fais pas de confusion entre ces deux évènements, c'est-à-dire la marche qui est projetée maintenant et la cérémonie de meeting au stade du 28 septembre en 2009. D’abord en 2009, ce n’était pas une marche qui fut organisée mais un meeting. On avait décidé de réunir nos militants au stade, dans un espace clos pour éviter justement les débordements. Ensuite il faut dire aussi que les autorités qui sont en face ne sont pas du tout les mêmes. En 2009 on avait une junte aux abois qui était au pouvoir, le CNDD (Conseil National pour la Démocratie et le Développement Ndlr) qui était constitué de militaires qui n’avaient aucun sens de l’Etat et aucun sens républicain, et qui avaient froidement décidé de mâter purement et simplement les opposants qu’ils ont considérés comme des rebelles. Cette fois-ci nous avons en face de nous un des nôtres M. Alpha Condé qui a accédé au pouvoir grâce à notre combat à nous tous, qui revendique un minimum de respect des droits de l’homme.

La semaine dernière la CENI a fixé la date des élections législatives prochaines, en tant que porte parole de l’ADP quelle est votre réaction ?

Nous avons rencontré la semaine dernière même la CENI dans le cadre d’une série de rencontres que nous envisageons avec les institutions, les partenaires et les acteurs du processus électoral et aussi tous ceux qui exercent une parcelle de responsabilité dans la vie politique, dans la vie nationale. Nous avons dit clairement au président de la CENI, notre indignation pour le fait qu’il ait pris tout le monde de court et qu’il ait défini un chronogramme des élections sans aucune concertation avec les acteurs majeurs de ce processus électoral que sont les partis politiques. Nous avons consigné nos revendications et nos suggestions dans un mémorandum que nous lui avons remis en mains propres et nous dits que nous n’étions pas du tout d’accord à cette façon de procéder. Nous ne sommes pas encore retournés à un état constitutionnel normal et la concertation doit donc être la démarche qui doit accompagner tous les actes majeurs posés par les institutions et les organes qui sont impliqués dans ce processus de transition. Mais la CENI n’en est pas à son coup d’essai. Elle est coutumière du fait parce que vous vous souvenez qu’en 2010 elle avait décidé du 1er tour de l’élection présidentielle sans informer personne en tenant à l’écart toutes les autres institutions et même le gouvernement d’union nationale de transition dont j’étais membre l’a appris par les médias. La CENI a décidé la date du scrutin du premier tout au 27 juin et tous les guinéens ont encore en mémoire les conséquences qui en ont découlé. Le scrutin a été émaillé d’irrégularités de toutes sortes. On a recensé 24 points de dysfonctionnement qui ont dû être corrigés, ce qui a fait que la CENI ne pouvait plus maîtriser le chronogramme. On a été de report en report pour le deuxième tour avec tous les effets que vous savez.

Au niveau de l’ADP quelles stratégies comptez-vous mettre en place pour faire plier le gouvernement face à vos différents points de revendications ?

Nous prenons d’abord tous les contacts nécessaires avec tous les intervenants dans la poursuite de la transition. En effet nous nous pensons que ce n’est pas le gouvernement seulement qui est en cause. Nous estimons aussi que les institutions républicaines qui sont en place et qui sont composées quelquefois de responsables de nos partis sont aussi concernées par les décisions que nous avons à prendre sur le plan politique. Par exemple le CNT a un grand rôle à jouer dans la décrispation politique parce que la restructuration de la CENI tout comme la modification du code électoral pour réduire les prérogatives exorbitantes du président de la CENI ainsi que la mise en place de la haute autorité de la communication qui peut garantir l’égalité de traitement de tous les usagers de la communication au niveau des médias de service public relèvent en fait de la compétence du CNT. Donc nous nous sommes adressés au CNT, nous lui avons demandé d’assumer ses responsabilités vis-à-vis du peuple de Guinée. Il en sera ainsi du conseil national de la communication, il en sera également ainsi du ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation que nous allons rencontrer cette semaine. C’est après cette série de concertation que nous sommes entrain de faire que nous serons en mesure de situer les responsabilités des uns et des autres, la volonté de dialogue ou de refus de concertation et de consensus et nous aviserons. En ce qui concerne la société civile que nous avons aussi rencontrée, nous lui avons proposé de relancer les journées de concertation pour le dialogue national qui avait été suspendu parce qu’une partie de l’opposition, notamment les partis membres du collectif avaient décidé de boycotter ces journées tant qu’ils n’avaient pas bénéficié d’une audience du ministre en charge de l’administration du territoire. Donc au jour d’aujourd’hui tous les préalables ont été levés et rien ne s’oppose à ce qu’un tour de table soit fait avec tous les acteurs politiques concernés dans ce processus électoral afin qu’on sorte de cette situation de blocage.


Si au terme de toutes ces rencontres vous n’obtenez pas gain de cause comptez-vous faire recours à la marche ?

Encore une fois les manifestations sur les voies publiques, sur les espaces publics sont concomitantes avec la démocratie, il s’agit de démarches garanties par la constitution. Lorsqu’on n’est pas entendu on fait une démonstration de force pour que les autorités constatent de visu que vos revendications sont soutenues par une frange importante de la population. Cela peut quelque fois faciliter le dialogue. Avant d’arriver à ce stade nous nous estimons qu’il y a des recours judiciaires qui peuvent être introduits notamment au niveau de la cour suprême ou on peut introduire des recours en annulation de certaines décisions qui ont été prises et que nous estimons anticonstitutionnelles ou en tout cas illégales. En tout état de cause, les manifestations publiques interpellent à la fois les organisateurs et les autorités publiques, les uns étant chargés de sauvegarder le caractère pacifique de la manifestation et les autres d’en garantir l’encadrement afin d’éviter les débordements.


Dans le mémorandum que vous avez remis à la CENI vous avez demandé aux autorités du pays de rééquilibrer l’administration dans les nominations. Qu’est ce que cela veut dire ?

Je crois qu’il n’est un secret pour personne qu’une situation inédite est entrain de se créer au niveau de la fonction publique guinéenne en raison des nominations sélectives en cours depuis quelques mois. Je crois que les gens font une grande confusion. Ils citent souvent en exemple certains pays où quand un parti accède au pouvoir il fait placer ses hommes à tous les leviers de commande de l’état mais ils oublient de préciser que cela concerne dans ces pays les postes politiques et non l’ensemble des fonctions de l’administration publique. On ne peut pas systématiquement affecter à tous les postes techniques, politiques et administratifs et à tous les niveaux des personnes qui sont de son parti. Et quand on sait que nos partis sont encore fort malheureusement des partis qui sont d’essence essentiellement ethnique, cela conduirait en quelque sorte à affecter tous les postes de responsabilité de ce pays à une seule ethnie. Donc nous avons dénoncé cette pratique et nous avons consigné en bonne place cette observation dans le mémorandum qu’on a adressé aux autorités en espérant qu’elle sera prise en compte parce qu’il serait extrêmement dangereux si non suicidaire de poursuivre cette discrimination. Aujourd’hui nous avons une situation explosive où le tissu social est en lambeau et toute attitude susceptible d’accentuer les clivages ethniques ou régionaux est à proscrire énergiquement. A partir du moment où certaines personnes s’estiment exclues et d’autres au contraire semblent être privilégiées, la porte est ouverte à la frustration, à la haine et à la violence. Ce n’est évidemment pas ainsi qu’on va recoudre le tissu social et qu’on va garantir la cohésion nationale et la paix civile dans notre pays.


Un dernier mot peut être M. Sylla…

Je dirais que l’ADP est une opposition responsable et constructive qui est déterminée à jouer son rôle jusqu’au bout. Nous ne ferons pas preuve de complaisance vis-à-vis des décideurs politiques actuels. Nous allons être fermes pour porter très haut les revendications de nos militants, de nos responsables politiques, qui comptent sur notre action commune pour faire aboutir leurs revendications en faveur d’une Guinée plus juste, plus solidaire, plus démocratique et plus prospère.

Africaguinee.com, Septembre 2011

  Rubrique: Interview  date: 27-Sep-2011 ŕ 18:13:55  Partager:   :

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