[IMG1]Des vêtements de grandes marques, sortis des entreprises implantées en zone franche se retrouvent à un prix imbattable sur les marchés de la capitale malgache. Écoulés légalement ou fruits de la contrebande, ils font le bonheur des vendeurs et des clients. L’État, lui, peine à y trouver son compte.
Un polo Gap à 6 000 Ariary (2,30 €), un tee-shirt Reebok à 7 000 Ariary (2,70 €)… Porter des vêtements de grandes marques sans se ruiner est désormais possible pour le commun des Malgaches. Ces articles, offerts à des prix trois à cinq fois moins élevés que ceux affichés en boutique, font aujourd’hui le bonheur d’un nombre croissant d’habitués des marchés d’Antananarivo. "Je préfère acheter ces produits, car ils sont de bonne qualité", explique Ony, 24 ans, en train de faire ses courses avec sa sœur à Mahamasina, près du centre-ville. Celle-ci renchérit : "Ils sont faits avec de bons tissus et ne sont pas chers du tout !"
À côté des prestigieuses étiquettes, une autre renseigne le client sur l’origine de ces marchandises. Le "made in Madagascar" indique que ces vêtements ont été confectionnés dans les usines des zones franches industrielles, implantées dans la capitale malgache. Depuis trois ans, les produits de marque bradés sont de plus en plus présents sur les marchés. Des dizaines de commerçants réguliers en vendent tous les jeudis à Mahamasina tandis que sur les trottoirs du centre-ville des dizaines d'autres s’installent de façon anarchique.
Ce nouveau business est florissant. "Plusieurs vendeurs composent des numéros depuis chez moi pour s'approvisionner. Ils ont chacun un fournisseur attitré qui leur livre la marchandise", observe le propriétaire d’un kiosque d’appel téléphonique du centre-ville. Le bénéfice va jusqu’à 1 000 Ariary (0,38 €) sur chaque article vendu. En écoulant trois cartons de 300 pièces chacun, un grossiste peut gagner jusqu’à 900 000 Ariary (près de 345 €) par semaine. Une fortune dans un pays où le salaire moyen tourne autour de 30 € par mois.
Différents circuits
Selon Julie Ratsimisetra, secrétaire général du Groupement des entreprises franches et partenaires, l’organisme chargé de défendre les intérêts des entreprises implantées sous ce régime à Madagascar, les zones franches industrielles mettent sur le marché local "des produits de second choix (qui n’ont pas pu être exportés, Ndlr) et des reliquats (déchets, Ndlr)". En se délestant de ces produits qui ne présentent pas de défaut visible, elles évitent donc les pertes.
Par ailleurs, les entreprises franches ont le droit d’écouler 5 % de leur production normale sur le marché local mais en s'acquittant des taxes et droits de douane. Selon un responsable de la direction générale des douanes, ces 5 % ne seraient rien d’autre qu’une "faveur accordée aux entreprises qui ne peuvent pas écouler la totalité de leurs produits sur le marché international". Mais, en 2006, seules 7 entreprises sur les 125 que compte le secteur textile ont fait une demande à ce titre.
En conséquence, de nombreux articles, fruits d’une contrebande plus ou moins organisée, se retrouvent donc sur les marchés de la capitale. L’ampleur de ce phénomène reste inconnue des autorités douanières. "Dès que la connotation informelle est là , il y a toujours un doute sur l’origine des produits", expliquent-elles. L’État malgache est, en tout cas, le grand perdant de l’histoire.
Trafics et petites magouilles
Un grossiste, qui a requis l’anonymat, explique le circuit : "Un cadre d’une entreprise franche me remet des cartons de marchandises la nuit, à l’aide d’un simple bon de livraison. C’est la sortie d’usine qui pose problème, mais une fois que les produits sont dehors, il n’y a plus grand-chose à craindre." Une employée d’une société installée au sud d’Antananarivo confirme : "Il suffit que des personnes haut placées de ces entreprises signent un justificatif de sortie (de la marchandise, Ndlr)". Des salariés ont d'ailleurs été licenciés pour avoir tenté de sortir en cachette des marchandises gardées en stocks.
Ces trafics et petites magouilles ne remettent pas en cause le caractère incontournable des entreprises franches du textile pour Madagascar. Elles donnent du travail à 90 000 personnes et leurs exportations se sont montées à quelque 400 millions de dollars en 2004
Les zones franches grandissent. Le commerce et les trafics autour des produits qui sortent de leurs usines aussi. Le grossiste anonyme cité plus haut projette d’étendre son activité vers d’autres provinces du pays. La forte demande en vêtements de marque à bas prix aidant, il ne sera sans doute pas le seul dans les prochains temps à revoir ses ambitions à la hausse…
Lova Maminirina
Source: Syfia
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  Rubrique: News Afrique  date: 13-Nov-2007 à 19:10:15  Partager:   :  |