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Elections en Guinée: " le gouvernement et l'opposition doivent nous faire confiance...", confie Thie

CONAKRY-Huit mois après l'investiture du président Alpha Condé, les Guinéens attendent encore pour se rendre aux urnes pour élire leurs députés.Si l'opposition craint un hold-up électoral, la commission électorale nationale indépendante (CENI) se veut rassurante quand à l'organisation d'un scrutin transparent et crédible.C'est du moins, ce que pense Thierno Seydou Bayo,Chef du Département formation, Sensibilisation et Communication de la CENI.Au micro de notre reporter à Conakry,M. Bayo revient sur la question de la révision du fichier électoral, l'élection de Louncény Camara et bien sûr l'annonce du président Alpha Condé d'octroyer des cartes d'électeurs et des cartes d'identité à ses compatriotes.Exclusif!
AFRICAGUINEE.COM: Bonjour M. Bayo!
Thierno Seydou Bayo:Bonjour M. Souaré!
AFRICAGUINEE.COM:La CENI vient de se doter d'une cellule technique d'action et de suivi du processus électoral. .Comment se déroulent les préparatifs pour les législatives annoncées pour la fin de l'année 2011, au niveau de la CENI?
Thierno Seydou Bayo: Si vous dites que la CENI vient de se doter je ne suis pas d’accord, vous savez que cette cellule existe il y a longtemps. La cellule a contribué à organiser l’élection présidentielle passée. Donc on n’a fait que remettre la cellule en marche et cette cellule est composée des cadres du ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation, des cadres de la CENI ainsi que d’autres cadres des ministères qui sont concernés par les élections. Donc c’est juste pour faire en sorte que nous ayons les outils pour faire cette élection législative tant attendue. Nous sommes donc entrain de nous mettre dans le coup pour avoir des élections législatives, les meilleures. On va avoir des petites difficultés comme toujours mais nous voulons que les élections soient les meilleures. Mais ce n’est pas seulement cette cellule que nous avons créée il y a aussi la commission sensibilisation électorale. Il y a également la cellule financière. Tout cela c’est pour préparer les législatives.
AFRICAGUINEE.COM: Est-ce qu'une date est proposée pour ce scrutin?
Thierno Seydou Bayo: Non ! Nous n’avons pas encore proposé de date parce que comme vous le savez dernièrement il y a eu beaucoup de supputations. Dans un premier camp on parlait de révision et de l’autre on parlait de recensement. Mais comme la loi dit qu'il faut réviser le fichier, donc nous nous étions entrain d’écouter les deux camps puisqu’en fait ce sont les politiques qui décident. Nous attendons jusqu’à présent qu’ils s’entendent sur quelque chose pour que nous puissions travailler. Mais il se trouve que le président de la république a dit qu’il faut faire la révision puisque c’est ce qui est prévue par la loi. Donc nous sommes entrain de nous préparer, vous avez vu récemment on a recruté près de 4000 jeunes.
AFRICAGUINEE.COM: M. Bayo, beaucoup d'observateurs sont pessimistes quand au respect du délai annoncé par le président Alpha Condé, avec les revendications exprimées par l'opposition qui exige notamment la restructuration de la CENI. Qu'en pensez-vous?
Thierno Seydou Bayo: Restructurer la CENI c’est trop dire. On vient même de restructurer la CENI. Les deux représentants du ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation viennent d’être remplacés. M. Cheick Fantamady Condé qui est maintenant le chef de cabinet du ministère des transports a été remplacé. M. Abdoul Karim a été lui aussi remplacé. Donc je crois que comme la loi l’indique il y a d’autres aussi qui souhaitent remplacer les personnes qui les représentent. Moi j’ai toujours dis que c’était un petit faux problème. Qu’à cela ne tienne, si le ministère l’a déjà fait les autres aussi peuvent le faire mais ça ne fera que retarder et amoindrir les capacités de la CENI parce que tous ceux qui sont aujourd’hui membres de la CENI ont bénéficié de formations. Ils ont mis la main dans la patte, ils savent comment l’élection présidentielle s’est déroulée donc si on fait remplacer les gens aujourd’hui il va falloir former les nouveaux venus après, on va être obligé de faire beaucoup de choses.
AFRICAGUINEE.COM: Est-ce que selon vous la CENI correspond au contexte politique actuel ?
Thierno Seydou Bayo:Si c’est une question de contexte politique je dirais oui ! je vais vous dire franchement, beaucoup de gens étaient dans des partis politiques et qui ont quitté par après pour créer leurs propres partis politiques parce qu’ils ont été frustrés. Donc quand la CENI se mettait en place ils étaient déjà dans des partis politiques. Ils ont donc adhéré à la mise en place de la CENI. Quand nous étions entrain de mettre en place cette institution, il y avait en ce moment 43 partis politiques mais toutes ces 43 formations politiques n’étaient pas représentées au sein de la CENI. C’est ce qu’il faut savoir mais les gens ont accepté cela. Maintenant qu’aujourd’hui il y a eu d’autres partis politiques qui ont été créés et qui demandent à ce qu’ils soient représentés, je dirais que ce n’est pas comme ça qu’un Etat doit fonctionner parce que si nous nous mettons aujourd’hui, dans 2 ou 3 mois il y aura plus de 180 partis politiques et ceux qui viendront aussi diront qu’ils souhaitent faire partie. On va donc être dans ce changement perpétuel qui n’apporte rien de bon à la Guinée. Moi je dis que nous sommes tous des guinéens, il faut qu’on nous fasse confiance, on va faire les législatives et après les législatives on verra bien ce qu’il faut faire. Il faut faire confiance quand même aux guinéens. En plus j’avais donné l’exemple la fois dernière depuis 1990 on a voté la loi fondamentale, il y a des guinéens qui n’étaient pas nés en ce moment ou qui n’étaient pas là . Si ceux la aussi doivent dire qu’ils n’étaient pas là et qu’il faut refaire le référendum ? Ce n’est pas comme ça qu’un Etat fonctionne. C’est une continuité dans un pays. La CENI qui a été créée en 2007 peut encore continuer à vivre.
AFRICAGUINEE.COM: Le projet de loi sur la reforme de la CENI au niveau du Conseil national de transition se fait toujours attendre. Votre avis sur ce dossier?
Thierno Seydou Bayo: Je crois que c’est quelque chose qui est dépassée. Je suis sûre que c’est complètement dépassé. Vous savez cette restructuration dont on parle doit être faite par l’assemblée qui va être mise en place très prochainement. On a dit que c’est devant la cour constitutionnelle qui est créée 6 mois après que l’assemblée soit mise en place, c’est devant donc cette cour constitutionnelle que les membres de la nouvelle CENI doivent prêter serment. Donc moi je crois qu’on a voulu mettre la charrue avant les bœufs. Mais je crois que chacun a un peu compris et ils ont mis de l’eau dans leurs vins. On est entrain de lire aujourd’hui la constitution et le code électoral et on se rend compte que ce que les gens voulaient faire n’était pas légal.
AFRICAGUINEE.COM: Donc selon vous aucune restructuration de la CENI n’est possible avant les législatives ?
Thierno Seydou Bayo: Je crois ! La dernière fois que nous étions partis voir le président Alpha Condé lors de l’attaque de sa résidence de Kipé, il nous avait dit que la CENI actuelle va faire les élections législatives. Et moi je crois que pour tous ceux qui veulent que la transition prenne vite fin, ils doivent tous nous soutenir pour que nous puissions faire les élections dans la plus grande quiétude et que ça soit le plutôt. En ce moment la transition sera finie et on va vaquer à d’autres occupations.
AFRICAGUINEE.COM: Après la signature du protocole d'entente avec le MATAD, est ce que l'indépendance de la CENI est garantie comme le réclame l'opposition?
Thierno Seydou Bayo: Vous avez vu que depuis quand même cette signature il y a eu des gens qui avaient manifesté en disant beaucoup de choses mais aujourd’hui vous vous rendez compte que tout cela s’est calmé et chacun s’occupe de son travail. Le ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation a tellement de choses à faire, il n’a pas que ces élections à faire. Toutes les CRD, toutes les mairies, les gouvernorats et les préfectures relèvent de ce département. Donc nous ne pouvons pas nous immiscer dans ces domaines là et de la même façon il est appelé à travailler avec la CENI en tant que partenaire technique. Donc c’est la CENI qui décide de ce que le ministère de l’administration du territoire doit faire dans cette collaboration et c’est ce que nous avons fait dans ce protocole d’accord et je crois qu’il va être respecté. La CENI va donc être indépendante. En tout cas nous nous battons pour cela, ce n’est pas acquis d’avance. Toute liberté, toute indépendance n’est pas acquise d’avance donc il faut le combat. Vous pouvez donc compter sur nous pour mener ce combat afin que la CENI soit indépendante et qu’elle fasse correctement son travail.
AFRICAGUINEE.COM: L'opposition conteste également l'élection de Louncény Camara à la tête de la CENI. Votre réaction?
Thierno Seydou Bayo: Vous savez chacun a son droit. L’opposition a le droit de contester mais j’ai toujours expliqué que cette élection a été faite dans les normes. Quand la première élection avait été faite dans la pagaille sans qu’il n’y ait une seule loi qui soit respectée il y a eu des voix qui se sont élevées au sein même de la CENI. Nous sommes aujourd’hui 24 membres parce que le 25ème devait être un membre de la société civile. Mgr Réné Gomez qui avait été désigné n’est jamais venu et il a ses raisons parce qu’il est administré par les religieux et les gens n’ont pas voulu qu’ils viennent. Au cours de l’élection que nous avons faite pour mettre M. Louceny Camara à la tête de notre institution qui était en compétition avec un autre membre de la CENI, nous étions donc 22 membres ce jour là parce que Elhadj Boubacar Diallo est malade et il est même actuellement à Dakar et M. Jacques Bonémy qui était dans la salle a reçu un coup de fil l’annonçant le décès de sa maman et il est sorti de la salle en pleurant. Donc personne ne pouvait venir le voir pour lui demander une procuration. C’est pourquoi donc son vote n’avait pas figuré. Donc il y a eu 22 votants et 15 voies sont allées vers M. Louceny Camara et 7 vers Elhadj Amadou Oury Diallo. Donc cette élection s’est passée dans les normes.
AFRICAGUINEE.COM: Justement, est ce que les querelles internes sont résolues au niveau votre institution?
Thierno Seydou Bayo: Bon ! Quand on parle de querelles internes je me dis que ce n’est pas le mot qu’il faut. Nous avons des discussions parce que même maintenant si quelqu’un passait à côté de la loi il y aura toujours des voix qui seront soulevées pour dire non ! C’est la loi que nous devons suivre et ça ne change pas. Nous avons des bréviaires, nous avons la constitution, le code électoral et le règlement intérieur de la CENI. Si ces derniers ne sont donc pas respectés nous nous battrons pour que ça soit respecté. Ce ne sont donc pas des querelles intestines mais ces juste des discussions pour demander aux gens de revenir à des meilleurs sentiments en strictement la loi.
AFRICAGUINEE.COM: M. Bayo, l'autre question qui domine l'actualité nationale, c'est la révision du fichier électoral. Pourtant l'opposition craint un hold-up électoral en faveur de la mouvance présidentielle à travers un recensement déguisé des électeurs. Qu'en pensez-vous?
Thierno Seydou Bayo: C’est un peu difficile de répondre de but en blanc à cette question. Mais je dirais simplement à tous les guinéens que nous sommes déjà en biométrie. Nous ne pouvons plus retourner dans le système alphanumérique. Et dans la biométrie on ne peut pas créer des noms parce qu’il faut forcément mettre le visage de quelqu’un. Vous allez mettre l’empreinte, donc c’est détectable. Si moi je viens avec le nom de BAH et j’ai le visage de Bayo ça se comprend facilement. Je ne pourrais donc plus venir avec une carte de Bayo pour voter. Ce n’est donc pas possible. Personne ne peut tripatouiller dans un fichier biométrique. Les gens veulent essayer, ils n’ont qu’à le faire mais ils ne vont pas réussir. C’est pourquoi de mon côté je n’ai pas peur. Vous savez aussi il y a beaucoup de rumeurs. Et généralement les gens qui viennent vous raconter certains choses ne vous donnent pas les preuves de leurs déclarations. Le président a dit révision on va donc faire la révision parce qu’en fait, au cours d’une révision nous avons 3.800.000 électeurs qui ont leurs cartes biométriques, ils sont donc bien enregistrés. Ils n’auront plus besoin d’aller vers un agent recenseur. Ce sont ceux qui n’ont pas de cartes biométriques qui seront obligés de se faire recenser.

AFRICAGUINEE.COM: Pourtant le président Alpha Condé a dit que même ceux qui avaient leurs cartes biométriques allaient encore se faire recenser pour pouvoir bénéficier des nouvelles cartes d’identités !
Thierno Seydou Bayo: Vous savez le président n’est pas technicien. Il n’est pas expert en la matière parce qu’il faut demander ceux qui ont le matériel s’ils peuvent le faire. Ils ne peuvent pas le faire ! On ne peut pas délivrer une carte d’identité et une carte d’électeur sur place. On ne peut pas le faire ! On fait des propositions au chef et après il voit ce qui est mieux. Il est parti pour les cartes d’identité parce qu’il pense qu’il y a beaucoup de guinéens qui souffrent pour le problème de carte d’identité. Pourtant la majeure partie des guinéens qui doivent avoir une carte d’identité l’ont ! Moi j’ai une carte d’identité, je sais qu’il y a des guinéens qui n’ont pas de cartes d’identité mais ce n’est pas à cause de cette minorité de guinéens qu’on va remettre en cause tout le travail qui a été effectué dans ce pays. Ensuite, le matériel qui est venu ne peut pas délivrer de cartes d’identité avec les cartes d’électeurs. Il faut six mois au moins pour cela.
AFRICAGUINEE.COM: Dernièrement, M. Bayo l'Union européenne a réaffirmé son intention d'appuyer la Guinée une fois la transition terminée. Êtes vous optimiste quand à la tenue effective des législatives avant la fin de l'année?
Thierno Seydou Bayo: Vous savez quand un président de la république propose quelque chose il a certainement beaucoup plus de paramètres que moi petit quidam guinéen. Il a certainement beaucoup de raisons pouvant l’amener à affirmer cela.
AFRICAGUINEE.COM: Mais vous êtes quand même les vrais acteurs du processus électoral !
Thierno Seydou Bayo: Mais c’est lui (le président Alpha Condé, Ndlr)qui commande. Nous sommes une institution indépendante mais c’est lui l’exécutif. Il plane sur toutes les autres institutions. Nous ne dépendons pas de lui mais il plane sur toutes les autres institutions. Nous sommes donc prêts à faire les élections.
AFRICAGUINEE.COM: Techniquement est ce que vous êtes prêts à faire les élections ?
Thierno Seydou Bayo: Il y a quoi à faire ? Nous savons déjà que c’est la révision que nous allons faire. Si nous faisons la révision c’est très simple. Quand la fois dernière on a voulu nous faire croire qu’il y avait des guinéens qui n’étaient pas encore recensés, on est encore repartis sur le terrain et on a pu avoir que 5000 guinéens. C’est peu mais aussi c’est trop parce que nous avons pu faire voter 5000 guinéens. Dire qu’il y a encore beaucoup de guinéens qui ne sont pas bien enregistrés cela m’étonnerait parce que sur 4.200.000 recensés et près de 400.000 mal enregistrés je me dis quand même que c’est raisonnable. 47% de la population est l’électorat potentiel dans un pays et s’il y a encore des guinéens qui ne sont pas recensés je dirais qu’ils sont très peu.
AFRICAGUINEE.COM: Un message pour les autorités et l'opposition?
Thierno Seydou Bayo: Je dirais aux autorités et à l’opposition de faire confiance à la CENI. Oui l’opposition pour cette bataille, oui pour les autorités qui doivent se défendre. C’est normal dans tous les pays mais qu’on nous laisse faire notre travail et qu’on nous juge à la tâche. En tout cas au premier tour, on avait fait une élection, on avait eu des dysfonctionnements que nous avions nous même relevés et que nous avons corrigés. On ne dira jamais que c’est de façon parfaite parce que la perfection n’est pas de ce monde mais nous avons réussi à faire des élections et dans le calme. Aujourd’hui il n’ y a pas d’histoire dans le pays et c’est ce qu’on a toujours souhaité. Nous souhaitons que la période post électorale là aussi soit calme. Je vous remercie !
INTERVIEW REALISEE PAR SOUARE Mamadou Hassimiou
Chef de Bureau AFRICAGUINEE.COM
Guinée-Conakry
Tél. : 224 62 65 75 74/ 224 60 36 80 12
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  Rubrique: Interview  date: 03-Sep-2011 à 00:40:26  Partager:   :  |
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