
L'ancien ministre de l'information Aboubacar Sylla a invité les journalistes guinéens à poursuivre leur lutte pour défendre leur liberté et leurs droits, alors que le pays s'achemine vers la fin d'une longue transition.Patron d'un groupe de presse et leader politique, Aboubacar Sylla s'est confié au micro de notre reporter à Conakry.C'était à l'occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse célébrée ce 3 mai 2011...
AFRICAGUINEE .COM : Le monde a célébré hier la journée internationale sur la liberté de la presse. En tant qu’ancien ministre de l’information quels sont vos sentiments sur la presse guinéenne aujourd’hui ?
ABOUBACAR SYLLA : On peut déjà dire que la multiplication des différents titres de la presse guinéenne, que ça soit la presse écrite, la presse en ligne ou au niveau des radios et télévisions privées permet d’être satisfait quant au chemin parcouru par cette presse. A partir du moment où on a levé tous les obstacles administratifs à la création d’organe de presse je crois que les journalistes guinéens ont fait preuve de dynamisme en créant plusieurs organes de presse qui aujourd’hui pour certains en tout cas participent de façon significative au développement économique et social du pays. Donc c’est un sentiment de satisfaction quant à la quantité mais du côté de la qualité il faut dire encore beaucoup de choses à faire en raison des problèmes de formation, de respect d’éthique. En raison de certaines considérations aussi économiques et financières qui compliquent la création et la diffusion de la presse dans le pays tout ceci fait qu’on a vraiment un sentiment mitigé quant au développement de la presse en république de guinée. Mais on peut dire que globalement il faut être satisfait du fait que la profession du journalisme a complètement été libéralisée et plusieurs jeunes se sont donc engouffrés dans la presse pour créer des organes et aujourd’hui les guinéens reçoivent les informations de plusieurs sources. Ce qui fait qu’aujourd’hui grâce à cette presse les guinéens sont mieux informés. Il faut dire aussi que de l’autre côté les autorités jouent le jeu parce qu’au jour d’aujourd’hui on n’a pas un journal qui est saisi, on n’a pas un journaliste qui est en prison, blessé ou tué et je crois que le rapport 2010 de Reporters sans frontières en fait foi. On peut donc être satisfait des autorités guinéennes malgré quelques petites difficultés, malgré quelques ratées jouent quant même le jeu de la liberté de la presse.
AFRICAGUINEE .COM : Le Conseil National de Transition a adopté récemment une nouvelle loi sur la presse. Selon vous c’est un signe positif pour les journalistes et professionnels des médias ?
ABOUBACAR SYLLA : Absolument ! La nouvelle loi sur la liberté de la presse est différente de l’ancienne pour plusieurs raison.La première on a dépénalisé partiellement les délits de presse. Donc c’est une grande avancée dans le cadre de la liberté de la presse. Il faut dire aussi que la nouvelle autorité de régulation des médias qu’on appelle la haute autorité de la communication qui va désormais se substituer au conseil national de la communication et qui va avoir en son sein beaucoup de professionnels des médias aura des attributions plus élargies pour pouvoir intervenir dans ce domaine reléguant ainsi au second plan les autorités administratives dans le cadre de la gestion des médias que ça soit les médias publics ou les médias privés. Par exemple dans le cadre de cette loi c’est la haute autorité de la communication qui va délivrer les agréments pour les radios et les télévisions privées. Les agréments pour les journaux papiers et la presse en ligne n’existant pas, ces activités pouvant être exercées librement sans autorisation préalable. Il y a aussi d’autres dispositions qui sont dans cette loi qui constituent une avancée.
AFRICAGUINEE .COM : Un des problèmes majeurs rencontré par la presse privée guinéenne, c’est l’accès aux sources d’informations généralement réservées aux médias d’Etat. Comment peut-on corriger ce problème selon vous ?
ABOUBACAR SYLLA : Je crois que les journalistes doivent conquérir eux même leur liberté, et leur droit. Je crois que c’est à travers les différents réseaux qui existent qu’il faut mettre la pression sur les autorités politiques pour que la presse privée soit traitée avec les mêmes égards que la presse publique. Vous savez que la guinée est relativement jeune dans cette expérience sur la liberté de la presse donc les vieilles traditions sont difficiles à éradiquer et pour beaucoup d’officiels encore la vrai presse c’est la presse publique et il est dangereux de s’adresser à la presse privée et surtout de lui communiquer des informations « sensibles ».Donc c’est à la presse privée de prouver qu’elle est à la hauteur pour amener les autorités à la considérer sur le même pied d’égalité que les médias publics. C’est vrai que les autorités ont-elles aussi du travail à faire. A partir du moment où on a légalisé la presse privée elle doit avoir exactement les mêmes droits que la presse publique. Un des exemples c’est l’accompagnement des officiels lors des déplacements à l’étranger plus particulièrement le président de la république. Il est obligatoire que la presse privée puisse être au cœur des grands évènements de manière à relayer toutes les informations.
AFRICAGUINEE .COM : M. Sylla vous êtes aussi fondateur d’un groupe de presse. Avec la hausse des prix des intrants peut-on parler de la mort des journaux à papier si l’Etat n’accorde pas la subvention ?
ABOUBACAR SYLLA : Les journaux papiers traversent aujourd’hui une période extrêmement difficile du point de vue de leur gestion économique et financière. La presse écrite se réduit comme peau de chagrin à cause des difficultés que vous avez évoqué tantôt. L’acquisition des intrants, le poids des salaires des journalistes, la faiblesse de la diffusion due à l’inexistence même de messagerie de presse dans notre pays. Aussi à côté, on a le rétrécissement du contenu du lectorat, les guinéens ayant d’autres problèmes à régler que d’acheter des journaux qui par ailleurs deviennent de plus en plus chères même si cette cherté est aussi dictée par certaines contraintes. Ce qui fait qu’aujourd’hui la presse écrite surtout traverse une période très difficile. Je suis bien placé pour le dire parce que si vous prenez des journaux comme « l’indépendant » ou le « Lynx « » qui malgré que ça soit des journaux anciens et qui ont acquits leur titre de noblesse même ces journaux ont aujourd’hui des problèmes de fonctionnement parce que tout simplement les tirages sont extrêmement faibles et de l’autre le marché publicitaire qui devait donner l’essentiel des ressources n’est pas suffisamment développé. Nous avons une économie morose, nous avons une économie qui n’est pas compétitive et qui n’amène pas les opérateurs vers la publicité, de manière à servir donc de marché à la presse écrite. Comme vous le disiez donc tantôt il est indispensable que l’Etat qui doit veiller à ce que le pluralisme de l’information soit assuré, que l’Etat se penche donc sur cette question de subvention puisque une autre voie qu’on avait proposée c’était de défiscaliser tous les intrants mais c’est quelque chose de très compliqué parce que les intrants des journaux c’est parfois des produits finis pour d’autres activités comme la bureautique, et l’imprimerie. Donc ça devient très compliqué parce que cela peut créer un marché de contre bande et de fraudes fiscales donc il est beaucoup plus simple de subventionner directement les organes de presse. De toutes les façons la subvention était à un niveau aussi très bas et très mal utilisée par les éditeurs de la presse. Ce qui fait que ça n’avait pas tellement d’impact dans la rentabilité et le fonctionnement de ces journaux. Donc aujourd’hui les journaux papiers traversent une période difficile. Il n' y a pas aujourd’hui un journal qui est tiré à plus de 5000 exemplaires et ça c’est une catastrophe parce qu’un journal comme l’indépendant avait tiré dans les années 90 jusqu’à 20.000 exemplaires par semaine. Je vous laisse donc faire la différence. Cela veut dire que les journaux sont chers pour les guinéens, cela veut dire aussi qu’ils ne sont pas d’excellente qualité pour pouvoir conserver leurs lectorats.
AFRICAGUINEE .COM : Dernière question M. Sylla, la Guinée connaît aujourd’hui une floraison de sites d’informations. Quel regard portez-vous sur la presse électronique guinéenne ?
ABOUBACAR SYLLA : C’est une grande avancée ! Aujourd’hui il y a beaucoup de sites, ça veut dire qu’il y a beaucoup de sources d’informations, ça veut dire qu’il y a beaucoup d’emplois qui se crées, ça veut dire que la guinée peut être mieux connu à l’intérieur comme à l’extérieur, ça veut dire aussi qu’on élargit le champ des débats. Mais vu la facilité avec laquelle les sites peuvent se créer il y a évidement un problème de respect de l’éthique, un respect de la déontologie parce que n’importe qui, qu’il en est la formation ou non, a la capacité avec très peu de moyens de créer un site et se lancer dans une profession de journaliste à laquelle parfois il n’a ni la formation ni la vocation. Donc ceci crée un problème parce qu’ils ont un certain statut d’extra territorialité, donc ils sont difficiles à identifier, ils sont difficiles à poursuivre judiciairement étant donné qu’il n’y a pas de d'épée de Damoclès sur la tête de ces sites. Il faudrait donc que les associations et les réseaux de presse puissent s’activer pour corriger toutes ces tares pour réussir à crédibiliser un peu cette catégorie de presse. Avant de terminer je voudrais souhaiter un joyeux anniversaire à tous les journalistes de la guinée et du monde entier et espérer que l’année 2011 sera encore plus favorable pour la liberté de la presse que l’année qui vient de s’écouler en particulier dans notre pays. Je vous remercie !
Interview réalisée par SOUARE Mamadou Hassimiou
Chef de Bureau AFRICAGUINEE.COM
Guinée-Conakry
Tél. : 224 62 65 75 74/60 36 80 12
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  Rubrique: Interview  date: 04-May-2011 à 21:32:40  Partager:   :  |