
Papa Kouyaté, le "Djembé Fola" de la musique guinéenne est actuellement en tournée en Europe avec la diva de la musique africaine, Miriam Makéba.Nous l'avons rencontré à genève où il livre un concert "live" au VICTORIA HALL de Genève..
Papa Kouyaté, Bonjour! Vous êtes actuellement l'une des valeurs sûres de la musique africaine de Guinée.Pouvez-vous nous dire les raisons de votre séjour à Genève?
PAPA Kouyaté:
je suis actuellement à Genève dans le cadre de la tournée mondiale de la diva de la chanson africaine, Miriam Makéba.Cette tournée finale est donc un aurevoir que Miriam Makéba va donner à ses millions de fans dans le monde puisque dès l'année prochaine elle ne va plus se produire sur scène.
Quand on parle de la musique guinéenne,on pense à un instrument de percussion, le Tam-tam.Votre nom est intimement lié à cet instrument de musique.Qui est Papa Kouyaté?
Je suis né à Mamou et j'ai commencé la musique depuis 1961 dans l'orchestre de Mamou.J'ai intégré sucessivement les orchestres de dalaba, de dubréka.En 1966, j'ai commencé avec l'orchestre national Kélétigui comme premier batteur .J'aime cet instrument et plus concrètement tout ce qui est lié à la percussion.Je joue aussi la batterie, le gonga.On m'a surnommé DJEMBE FOLA (NDLR:en malinké, le joueur de tamtam)en réalité je suis un percussionniste moderne qui s'est inspiré de la musique traditionnelle de chez nous.
Actuellement ,vous êtes en tournée ;comment se porte cette musique de Guinée en Europe et ailleurs dans le monde?
Autrefois la musique guinéenne était reconnue partout dans le monde.Actuellement la musique guinéenne se limite à nos frontières. Les artistes de nos jours ne cherchent pas à se dépasser pour valoriser notre musique à l'extérieur.Il ne sert à rien de dire que la musique guinéenne se porte bien si la réalité est toute autre.Les producteurs locaux privilégient l'argent au détriment de la culture guinéenne en organisant des dédicaces qui ,une fois terminées laissent les artistes à l'abandon.Quand aux artistes , le griotisme, les flatteries priment sur le professionnalisme.Ce sont là des maux qui gangrènent la musique guinéenne actuellement.
Justement ,parlant de ces problèmes qui gangrènent la musique guinéenne quelles solutions préconisez vous?
Actuellement il n'a y a pas de recherche, c'est une musique de flatterie chacun fait la même chose.Ce n'est pas une musique qui cherche à dépasser nos frontières.Les ballets africains de Guinée, les grands orchestres comme kélétigui ou le Bembéya.ont réussi à relever ce défi en puisant dans notre culture traditionnelle. La culture guinéenne est très riche tout comme nos instruments traditionnels, ce qui manque, c'est la recherche, le professionnalisme de la part des artistes pour valoriser la musique guinéenne.Il faut que les artistes sachent que les mélomanes ne se limitent pas seulement Guinée et que pour être compétitif, il faut du professionnalisme, de la rigueur dans le travail.
Actuellement plusieurs artistes guinéens qui ont jadis fait le bonheur et la fierté de la Guinée vivent dans la précarité ou dans l'oubli.On pense notamment à Fodé Conté, à Kadé Diawara ...quel message avez vous pour les décideurs qui s'intéressent à la culture guinéenne?
Vous savez en Guinée dès que tu dis une vérité, on te qualifie de politicien, ce qui est loin d'être mon cas.C'est très dommage que des artistes qui ont fait le bonheur du peuple de Guinée vivent aujourdhui dans l'oubli.Il faut que les décideurs comprennent que la culture guinéenne ne se limite pas uniquement au foot-ball.Sous l'ancien régime (Ndlr:le régime de Sékou Touré de 1958 à 1984) la culture guinéenne rayonnait partout en Afrique et dans le monde.Actuellement l'affairisme et le business priment sur l'intérêt national.Aimer son pays ,c'est aussi aider la culture guinéenne.Imaginez que des artistes de talents se retrouvent aujourdhui sans instruments dans un pays pourtant au passé si riche!Pensez aux ballets africains, aux ballets djoliba et tous les orchestres qui ont fait le bonheur du peuple de Guinée.Aujourdhui on a des vedettes temporaires.On sort un album et on joue en playback et c'est tout.La Guinée doit s'occuper de ces vieux artistes comme Kadé Diawara, Djéli Sory Kouyaté ou encore Fodé Conté.Ils devraient être décorés pour que moralement ils sentent qu'ils ont fait quelque chose pour ce pays.
La musique guinéenne c'est aussi la jeune génération qui reprend le flambeau .Quels conseils avez vous pour ces jeunes talents qui émergent sur la scène musicale guinéenne?
J'ai beaucoup d'admiration pour ces jeunes musiciens en particulier pour Sékouba Bambino qui a pu imposer son genre musical à travers le monde.Actuellement , il n'y a pratiquement que Bambino qui s'impose à l'extérieur .Il faut que les jeunes musiciens s'approchent des doyens de la musique guinéenne pour savoir ce qu'ils pensent et acquérir leur expérience.C'est une bonne source d'inspiration et ca va leur permettre de lier tradition et modernisme dans la musique.
En tant que virtuose du Djembé, quels sont vos projets dans la musique?
Je viens de réaliser l'album de Miriam Makéba.Mon projet serait de réaliser mon album en guise d'adieu puisque je vais bientôt quitter la scène musicale.J'ai déjà créer un groupe appeler les"sorciers de Guinée" qui regroupent 10 jeunes percussionnistes.Un groupe qui je l'espère bien pourra assurer la relève .
Votre dernier mot pour les lecteurs de Africaguinee.com?
Nous autres artistes nous avons travailler pour notre pays même si la reconnaissance se fait attendre.Beaucoup d'entre nous ne seront plus là et en ce moment il sera trop tard pour agir et soutenir ces artistes.Que les décideurs sachent que les artistes ont fait la fierté du peuple de Guinée sans rien demander en retour.Je tiens à remercier le peuple de Guinée qui m'a permit de devenir ce que je suis aujourd'hui grâce à son soutient.Mes remerciements aussi à tous ceux qui contribuent pour la rayonnance de la musique guinéenne.
Interview réalisée par
Mamadou Kaba Souaré
Genève-Suisse
Pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Interview  date: 26-Sep-2006 à 00:00:00  Partager:   :  |