
CONAKRY-Le chef de la délégation de l'Union européenne en Guinée , Philippe Van Damme n'exclut pas une évolution des sanctions contre les proches de l'ex chef de la junte , Capitaine Moussa Dadis Camara, alors que le nouveau président Alpha Condé sera investit le 21 décembre prochain.Le diplomate de l'Union européenne a assuré que l'aide au développement pour la Guinée ne va pas diminuer malgré les mesures de rigueur adoptés dans plusieurs Etats membres de l'UE.Au micro d'Africaguinee.com,il revient sur la coopération entre Bruxelles et Conakry...
AFRICAGUINEE.COM: La Guinée s’apprête à investir le nouveau président de la république élu Alpha Condé. Où en est la coopération entre Conakry et Bruxelles après le retour à l’ordre constitutionnel dans le pays ?
Philippe Van Damme : L’Union Européenne n’a pas arrêté de réaffirmer sa volonté d’accompagner ce pays d’une part dans l’organisation des élections et d’autre part dans la reprise de la coopération visant le développement durable. Dans un premier temps, nous n’avons jamais arrêté notre coopération. Nous avons toujours maintenue notre relation à travers des projets directs auprès des ONG locales ou internationales et d’autre part nous avons eu à mener des actions visant à aider dans le processus démocratique y compris l’appui aux élections. Nous avions aussi des contrats qu’on a toujours poursuivis. Donc on n’a jamais arrêté notre coopération. Depuis l’été 2010 nous avons commencé à réfléchir avec les différentes autorités et les autres partenaires au développement sur comment relancer l’économie de la façon la plus efficace possible. Nous nous sommes donc mis dans des groupes de travail thématique que ça soit dans le domaine économique, éducatif ou autre. Tous les bailleurs de fonds se sont donc inscrits dans cette logique sur comment aider la guinée à amorcer une croissance économique le plus rapidement possible. Dans les prochains mois il va y avoir une série de concertation avec le nouveau pouvoir en place pour justement déterminer les priorités du gouvernement en matière de développement. Nous allons voir avec ce gouvernement comment nous allons appuyer ces secteurs prioritaires. Il y a également des périodes d’urgences pendant lesquelles nous devons absolument aider le pays notamment pour consolider la démocratie et à cet effet on a mobilisé plus ou moins quarante millions d’euros que nous pouvons essayer de mobiliser dans les mois qui suivent d’une part pour appuyer la poursuite du processus électoral notamment pour les élections législatives d’autre part dans la stabilisation macroéconomique du pays.Il y a aussi la reforme du système de sécurité mais aussi dans des secteurs créateurs d’emploi que ça soit dans Conakry ou d’autres villes de l’intérieur du pays de manière à pouvoir donner des perspectives d’améliorer les conditions de vie des populations les plus désespérées.
AFRICAGUINEE.COM: Avec l’élection du nouveau président est ce que les sanctions ciblées contre certaines personnalités proches du Capitaine Dadis sont toujours maintenues ?
Philippe Van Damme :Le problème des sanctions individuelles qui ont été adoptées par le conseil n’est pas dans le cadre du coup d’Etat de décembre 2008 mais plutôt c’est après les massacres du 28 septembre. Ce sont des mesures qui ont été décidées de façon unanime par le conseil des 25 Etats membres pour une période bien déterminée. Donc il y a eu une première mesure qui avait été prise le 20 octobre 2009 pour un an et ces mesures là ont été reconduites le 20 octobre 2010. Il y a deux options à ce niveau, soit on les laisse arriver à leur terme sans renouvellement soit on considère que vu l’évolution de la situation on peut soit les modifier soit les alléger pour tous ceux qui sont frappés par ces sanctions. Nous ,on va faire venir une mission en fin janvier, des représentants du conseil pour faire le point de la situation de sortie de crise et j’imagine que cette mission va formuler des recommandations pour le conseil sur la suite à donner à ces sanctions . Donc je ne peux pas pour l’instant me prononcer sur la nature des modifications que le conseil aurait à apporter sur ces sanctions. Tout porte à croire quand même que dans les mois qui suivent qu’il va y avoir une évolution.
AFRICAGUINEE.COM: Votre mission a mis en doute récemment les rapports des ONG humanitaires comme Human Right Watch sur les violences post-électorales en Guinée. Que répondez vous aux nombreuses victimes qui dénoncent les abus des forces de sécurité guinéennes durant cette période ?
Philippe Van Damme : D’abord il y a un commentaire préliminaire à faire. La délégation de l’union européenne n’a pas à ma connaissance fait de commentaires sur les différents rapports. C’était plutôt la mission d’observation électorale de l’union européenne qui est une structure tout à fait indépendante. La mission d’observation électorale est une mission menée par des parlementaires européens mandatés par l’union mais agissant en pleine autonomie. Ça c’était une clarification institutionnelle. Maintenant sur le fonds de la question qui est pour moi plus important que l’aspect institutionnel, je pense qu’il y a une mauvaise compréhension de ce qui avait été dit par la mission d’observation. Je pense que le chef de la mission d’observation M. Alexander Graf LAMBSDORFF n’a jamais dit qu’il n’ y a pas eu de graves incidents, donc il n’a jamais voulu minimiser quoi que ça soit. Ce que je pense qu’il a voulu dire, c’est que ces incidents étaient de nature multiple. Il y a eu des incidents criminels parce qu’on observe que quand il y a des troubles ,il y a toujours des criminels qui commettent un certain nombre d’actes. Il y a eu aussi des règlements de compte dans des quartiers qui n’ont rien à voir avec la politique. Il y a eu aussi des incidents de nature politique d’un camp contre un autre et il y a eu aussi des exactions par les forces de l’ordre. Je pense donc que M. LAMBSDORFF n’a jamais nié qu’il y a eu des exactions parfois graves. Nous parlons donc naturellement des cas de viols et fort malheureusement des cas de morts aussi et des coups et blessures. Je pense que M. LAMBSDORFF avait eu à dénoncer lui-même cette répression excessive des forces de l’ordre. On ne peut pas généraliser parce que ce ne sont pas toutes les forces de l’ordre qui ont partout et à tout moment commis des exactions. Mais il n’a pu constater une répression quelconque contre une communauté guinéenne en particulier. Il n’ y a pas d’indice qui prouve que ça été commandité par la hiérarchie. Je pense au contraire que la hiérarchie a essayé de beaucoup plus contrôler la situation après l’instauration du couvre feu. Nous avons eu à constater qu’il y a eu un certain nombre de militaires qui ont été arrêtés même si ce ne sont pas tous les coupables. Je pense qu’il faut poursuivre dans cette voie là pour que comme le dit le nouveau président l’ère de l’impunité finisse. L’ère de l’impunité ne doit pas finir demain ou après demain c’est dès aujourd’hui. Ça fait partie de l’appel de M. LAMBSDORFF.
AFRICAGUINEE.COM: Dernière question M. Van Damme, aujourd’hui plusieurs pays de l’Union Européenne sont touchés par la crise et des mesures de rigueurs sont adoptés dans ces pays. Est-ce qu’il y aurait des répercussions sur l’aide bilatérale entre Bruxelles et Conakry après l’installation du gouvernement du président Alpha Condé ?
Philippe Van Damme: Il y a deux facteurs à ce niveau. D’abord moi je peux parler au nom de la commission de l’Union Européenne et pas au nom de mes Etats membre bien sûr. Au niveau de l’union européenne il n’ y aura aucun impact sur l’aide dans la mesure où l’aide est fixée pour des périodes pluri annuels et nous sommes actuellement dans le cadre du 10 FED (Fonds Européen de Développement) qui couvre la période allant jusqu’en 2013 et ces montants ont été fixés il y a bien longtemps. Donc ces montants là ne sont pas remis en question. Le second point c’est effectivement le problème de l’aide bilatérale. Depuis quelques années l’Union Européenne a fait d’immenses efforts pour augmenter l’aide publique au développement et nous étions fixés d’atteindre 0,5% du PIB (Produit Intérieur Brut) de l’union européenne des Etats membres comme aide publique au développement vis-à -vis des pays en voie de développement. Exception faite aux nouveaux pays membres qui venaient effectivement de très loin parce que eux ils n’avaient pas eu une tradition d’aide publique au développement. Ces engagements qui ont été pris en 2005-2006 nous faisons un suivi annuel des engagements des Etats membres. Jusqu’à l’année passée les Etats étaient plus ou moins en ligne droite avec leurs engagements. Récemment le conseil a réaffirmé sa volonté d’augmenter l’aide publique au développement. Donc même si quelque part on a un certain retard dans l’atteinte de nos objectifs à ce stade ci il n’est pas question d’une diminution de l’aide publique au développement.
Interview réalisée par SOUARE Mamadou Hassimiou
Chef de Bureau AFRICAGUINEE.COM
Guinée Conakry
Tél. : 224 62 65 75 74/ 60 36 80 12
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  Rubrique: Interview  date: 15-Dec-2010 à 11:28:16  Partager:   :  |