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Elections du 7 Novembre: "Les Guinéens ne doivent pas se laisser manipuler...", réagit le ministre

Le ministre guinéen de l'élevage, Mouctar Diallo a interpellé ses compatriotes pour éviter toute manipulation à des fins ethniques, à quelques jours de la présidentielle du 7 Novembre.Dans un entretien qu'il vient d'accorder à nos confrères du journal Le lynxMouctar Diallo avoue la responsabilité du gouvernement après les violences qui ont secoué le pays ces derniers jours...
Le Lynx: Dans sa dernière adresse à la Nation, Le Général Sékouba Konaté a fustigé le Gouvernement d’union nationale de transition qu’il accuse de n’avoir pas joué le rôle qui lui est dévolu. Qu’en dites-vous ?
Mouctar Diallo: Le chef de l’Etat a effectivement pointé du doigt le gouvernement, disant que si le Gouvernement n’a pas empêché la tenue des élections, il n’a pas non plus facilité la bonne marche de la transition. Cela peut être vrai. Le Chef de l’Etat doit, à mon avis, tirer la conclusion selon laquelle le Gouvernement a échoué. C’est donc un échec de tous les acteurs de la transition. Dès lors, le chef de l’Etat devait dissoudre le gouvernement d’union nationale de transition ou démettre le chef du gouvernement. C’est vrai que la mission fondamentale du gouvernement d’union nationale était d’organiser les élections et procéder à la réforme des forces de défense et de sécurité. Si le chef de l’Etat considère que la première mission n’a pas été remplie par le gouvernement, en ce moment, c’est un échec et nous sommes tous comptables de cet échec, même si c’est à des degrés différents. Moi, ministre de l’Elevage, je n’influence pas le processus électoral, dans mes attributions, contrairement aux ministres qui sont directement impliqués dans le processus électoral ainsi que le Premier ministre, chef du gouvernement. Comme on le dit, c’est une équipe qui gagne, une équipe qui perd. S’il y a échec du gouvernement, nous sommes tous comptables et nous devons être sanctionnés conséquemment. Le plus important, c’est que le second tour de la présidentielle se tienne dans les plus brefs délais, que le scrutin soit libre et transparent pour permettre aux Guinéens de choisir de façon libre et démocratique leur président de la République et favoriser le retour à l’ordre constitutionnel, afin que la Guinée s’ouvre aux opportunités qui existent dans ce monde. Nous espérons que le nouveau président de la Céni va œuvrer dans ce sens.
Des affrontements interethniques et partisanes ont émaillé la transition ces derniers temps. Quelle lecture faites-vous de cela ?
C’est une situation déplorable. L’une des missions fondamentales d’un Etat, d’un gouvernement, c’est d’assurer la sécurité des personnes et de leurs biens. C’est anormal que des citoyens subissent la violence ou se sentent en danger de la part d’autres citoyens ou de la part des agents ou des gens qui agissent au nom de l’Etat. Cela est inacceptable. Il faudrait que les plus hautes autorités de la transition prennent leurs responsabilités et assument leur fonction de responsables de l’Etat. Le Premier ministre Jean-Marie Doré a tenu des propos, et je précise qu’un Conseil des ministres n’a pas été tenu pour discuter de la gravité de la situation et que des décisions soient prises au nom du gouvernement. J’ai donc écouté le Premier ministre à la télévision nationale qui évoque la crise. Mais, il faut que des déclarations, il convient de prendre des mesures sérieuses, des décisions concrètes dans le sens d’assurer la justice et de sécuriser les citoyens. C’est de cela qu’il s’agit. Il est donc important que les citoyens se sentent en sécurité, parce qu’il n’y a pas un Guinéen moyen ou un Guinéen supérieur. Nous sommes égaux en droit et en devoir. Et l’Etat a le devoir impérieux d’assurer la quiétude, la stabilité, la paix, la sécurité de tous les citoyens.
D’aucuns pensent que c’est la tribalisation du débat politique qui a occasionné ces violences ethniques. On parle même de viols…
Il faudrait que des enquêtes soient menées et que la loi soit appliquée contre tous ceux qui violent les droits humains, fût-il au nom de l’Etat. Nul n’a le droit d’utiliser l’Etat pour exercer une injustice envers qui que ce soit. J’estime que nous avons une justice indépendante qui doit faire en sorte que la vérité jaillisse et que tous les organes chargés d’appliquer la loi prennent leurs responsabilités pour faire des enquêtes de façon objective et appliquer la loi de façon rigoureuse pour que tout le monde se sente protégé par l’Etat. On a senti ces violences venir de loin. Les violences physiques sont les conséquences des violences verbales. Celles-ci étaient récurrentes et les autorités ont laissé faire. Nous avons vu des gens parler officiellement au nom d’une communauté, qui ont menacé de faire une sécession, aucune autorité ne s’est érigée contre ces propos. On a entendu sur les médias des débats sur fond ethnique. Cela n’a offusqué personne. Or, il est du devoir des autorités d’empêcher ces dérives. Malheureusement, cela a prospéré et a abouti aux violences physiques. Il faudrait qu’on se ressaisisse et qu’on soit à la hauteur de la confiance que le peuple a portée au gouvernement de la transition. Il est question d’une compétition électorale, rien d’autre. La démocratie, c’est la conquête du pouvoir par les urnes et nous sommes dans la dynamique d’une compétition électorale pour une accession démocratique au pouvoir dans l’intérêt de tous les Guinéens. Il faut que le débat soit centré sur la compétition électorale et non sur l’ethnie. Nous sommes tous Guinéens, nous formons une diversité complémentaire.
On a l’impression que la querelle n’est pas au niveau des populations, mais à celui des acteurs politiques…
Il y a plus de l’ethno-stratégie que de l’ethnocentrisme en Guinée. Il y a moins de problèmes entre les communautés à la base. Lorsque M. Lansana Kouyaté a été nommé Premier ministre, chef du gouvernement, tous les Guinéens avaient applaudi, ils n’ont pas cherché à savoir de quelle ethnie il est. Lorsque Capitaine Moussa Dadis Camara est venu au pouvoir, tous les Guinéens l’avaient applaudi, pas seulement la communauté forestière. Ce sont les individus qui sont dans les enjeux du pouvoir, qui ont des ambitions démesurées, qui n’ont pas le bagou qu’il faut pour faire adhérer un grand nombre de Guinéens à leur programme, qui utilisent des raccourcis en instrumentalisant les communautés, en tirant sur la ficelle ethnique. Là aussi, il appartient aux autorités de mettre en marche une bonne communication pour informer, sensibiliser, éduquer les citoyens pour aller vers une compétition électorale saine.
Nous sommes censés gérer la transition et partir, mais peut-être que certains d’entre nous ont des ambitions de rester encore au pouvoir. Ceux-là sont en train de manigancer, de jouer à des manœuvres dilatoires pour retarder le processus électoral. C’est en cela que la responsabilité du Général Sékouba Konaté est pleinement engagée. C’est lui le commandant de bord, s’il se laisse divertir ou tromper par certains de ses collaborateurs, c’est lui qui sera pointé du doigt. S’il y a une réussite, il en sera le héros.
Que dire d’autres ?
Je veux demander aux Guinéens de ne pas accepter d’être manipulés. La Guinée est composée de plusieurs communautés, de plusieurs ethnies qui font sa richesse. Comme le disait Hampaté Bâ, ce qui fait la beauté d’un tapis, c’est la diversité de ses couleurs. La beauté de la Guinée, c’est la diversité culturelle de ses communautés. Il ne faudrait pas qu’on accepte que certains qui ont des ambitions personnelles, égoïstes, qui veulent coûte que coûte arriver au pouvoir, nous manipulent, nous amènent à l’affrontement, à la violence pour casser l’unité nationale, déchirer le tissu social et nous exposer à tous les dangers. On a vu des pays limitrophes qui ont connu la guerre. Nous prions le Bon Dieu qu’il nous en préserve.
Interview réalisée par
Abou Bakr et Oscar
Source : Le Lynx
Numéro 968 ,Novembre 2010
Africaguinee.com
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  Rubrique: Interview  date: 03-Nov-2010 à 15:15:16  Partager:   :  |
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