
Quelques jours après l'annulation de son concert au stade du 28 septembre par le gouvernement,le reggaeman Takana Zion est en colère.Se disant victime d'une injustice, l'artiste aux Dreadlocksimmenses, se dit prêt à combattre le mal qui gangrène la Guinée.Il s'est confié au micro de notre reporter à Conakry...
Africaguinee.com : Bonjour M. Takana Zion. Récemment vous avez voulu organiser le concert de la dédicace de votre album Black Mafia II au stade du 28 septembre. Pourquoi avez-vous choisi ce stade après les massacres du 28 septembre dernier ?
Takana Zion : Nous avons choisi le stade parce qu’on nous a refusé le Palais. Les autorités nous ont dit qu’il est impossible d’avoir le Palais pour une mesure de sécurité. On nous a indiqué le stade. C’est pour cela qu’on est allé au stade du 28 septembre. On a mis l’événement sous le contexte de la paix et de l’unité. Vu qu’on n’a été les seuls artistes à venir en aide aux victimes des évènements du 28 septembre, on s’est dit que le pays a vraiment besoin d’unité. On a bâti notre concert ‘‘paix et unité’’. On a fait distribuer des mouchoirs blancs partout, symbole de paix.
L'interdiction de toute manifestation politique et artistique par les autorités à la veille de votre concert vous a-t-elle surpris ?
Cela a surprit tout le monde ! Cela a surprit tous les Guinéens. Mais moi je m’attends toujours à ce que des choses comme ça m’arrivent. Parce que ce n’est pas la première fois. La première fois on a annulé mon concert au stade sous prétexte qu’il y avait un match. La deuxième fois quand j’ai voulu organiser mon concert, c’est le Président Conté qui est mort, tu vois ?
Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?
C’est la volonté de Dieu ! On ne peut rien contre la volonté de Dieu ! Même s’ils l’on fait pour nous déstabiliser, je me dis que c’est la volonté de Dieu.
Quels sont vos sentiments après l’annulation de votre concert ?
Je suis encore plus fort que jamais ! Je suis confiant. Je resterai en Guinée. Personne ne peut nous pousser à fuir notre pays. Je suis victime de beaucoup d’injustice dans ce pays : mon papa a fait le camp Boiro ; mon grand père a été assassiné au temps de Sékou Touré. Mais je témoigne certains biens faits de Sékou Touré. J’ai oublié la haine. Je suis prêt pour une nouvelle Guinée. La révolution c’est un changement positif de comportement.
Étiez-vous sûr que les jeunes de Conakry allaient retourner chanter et danser dans ce même stade où ils ont vécu un pire cauchemar il y a quelques mois seulement ?
Ils allaient retourner à gogo ! Les blancs nous ont oppressés pendant 400 ans. Nous avons oublié cela. Aujourd’hui tu vois un blanc ici, tu va le saluer non ? Moi, les petites histoires des victimes du 28 septembre me font c…. Y a combien de millions de victimes en Guinée ? Tous les Guinéens sont victimes d’une certaine injustice. Il ne faut pas me parler d’une fraction d’individus ou de partis politiques qui manipulent les gens à des fins négatifs. Tout le peuple de Guinée était prêt à aller au stade. C’est justement à cause de ces victimes du 28 septembre que nous avons organisé ce concert pour montrer qu’ils ne sont pas morts pour rien. Il ne faut pas avoir peur comme si leurs esprits vont vous hanter. Non ! Ils ne sont pas morts pour ça. C’est un évènement national qu’ils ont gâté.
Le communiqué du gouvernement est passé à moins de 12h de votre concert. Combien de tickets aviez vous déjà vendus ?
Justement ! On avait pris toutes les mesures qu’il fallait. On n’avait pas vendus de tickets avant. Mais si on n’avait pas dit à la Radio que le concert est annulé les jeunes allaient débarquer là –bas et ça allait tourner au vinaigre. Des gens allaient mourir, on allait dire que c’est Takana. Ce n’est pas moi qui avais emmené les gens au stade le 28 septembre 2009. Les politiciens qui sont au pouvoir aujourd’hui, qui ont annulé mon concert, c’est à cause d’eux qu’on a tué les gens le 28 septembre.
A présent qu'allez-vous faire, attendre que l'interdiction soit levée, ou bien trouver un autre endroit pour votre concert ?
Moi je voulais jouer au petit palais du peuple dès le début. On me l’a refusé. Ils m’ont emmené au stade pour me faire gaspiller inutilement mon argent. Mais moi je chante au nom de Dieu. C’est pour cela quand je commence je dis ‘‘Jah rasta fary’’. Quand je fini je dis ‘‘Jah Rasta Fary’’. Tout ce que tu fais, dit le nom de Dieu. Il n’y a qu’un seul Dieu : Allah.
Après l'annulation de votre concert, vous avez déclaré sur les ondes de quelques radios privées que le gouvernement doit vous dédommager. Où en êtes-vous aujourd'hui ?
C’est le manager qui s’occupe de ça. Moi je continue mon travail. Depuis l’annulation de mon concert j’ai créé 5 autres morceaux.
Pouvez-vous estimer vos dépenses ?
Comme je l’ai dit, je m’occupe de chanter. Nous avons des comptables qui s’occupent de ça. C’est une structure.
Voulez-vous nous dire comment avez-vous accueilli les évènements du 28 septembre 2009 au grand stade de Conakry ?
J’ai trouvé cela pitoyable. Parce que ce sont des jeunes qui sont morts le 28 septembre. Ce n’étaient pas des vieux. Ça prouve aussi que les jeunes sont manipulés.
Selon vous qui est coupable : les leaders politiques ou bien la junte militaire au pouvoir ?
Ils sont tous coupables. Les leaders politiques étaient coupables parce que la manifestation avait été interdite.
Cette interdiction peut-elle justifier la mort, même d’un seul manifestant ?
Non ça ne peut pas justifier. Mais les politiciens qui ont organisé cette manifestation du 28 septembre n’avaient pas oublié (les massacres) 22 Janvier 2007. Mais le 22 janvier 2007 ils étaient tous cachés. Comment peuvent-ils avoir l’audace ? C’est irresponsable. Ils savaient quelle allait être la suite. Ils savaient que les gens allaient mourir. C’est pour cela que moi je voulais jouer ; pour mettre un terme à la culture de haine dans notre pays.
L’interdiction de tout concert dans ce stade ne peut-elle pas se justifier par les 150 morts du 28 septembre ?
Cela n’a rien à avoir avec. C’est la politique. La politique c’est divisé pour régner. Ils ne veulent pas que les jeunes s’unissent.
Concrètement qui peut être contre vous dans ce pays ?
C’est le mal spirituel. Je n’accuse personne. Je suis là pour briser le mal spirituel.
Dans vos chansons vous ne parlez presque pas de politique, à moment où notre pays traverse une véritable impasse politique. Quel message véhiculez-vous ?
Les civils disent que c’est la faute aux soldats que le pays est comme ça. Les soldats disent que c’est la faute aux civils… Pour moi c’est la faute à tous les Guinéens.
En tant qu'artiste engagé, comment avez-vous perçu les intentions de l'ancien chef de la junte Capitaine Moussa Dadis Camara de s'éterniser au pouvoir ?
Moi je ne juge personne. Je suis venu en Guinée pour briser le mal spirituel. On ne peut pas s’attaquer aux individus. On s’attaque au mal.
Partagiez-vous l'avis d'Elie Kamano qui a, dès le début, invité les militaires à rendre immédiatement le pouvoir au civils ?
Avant qu’Elie Kamano ne dise cela, moi j’avais chanté (…) qui signifie un soldat qui est fou. On a parlé de la paix quand c’est nécessaire. Même dans le Coran le Prophète a dit qu’un homme qui chante pour que les gens se désunissent c’est un homme de satan. Celui qui chante pour que les gens s’unissent et se rassemble, c’est un homme de Dieu.
Quelles sont les relations que vous entretenez avec Elie Kamano ?
Ne demandez pas ça. Demandez-moi mes relations avec mes frères. Mon ennemi, c’est celui qui a préparé l’esclavage. Celui qui a fait de moi un esclave.
Voici un clip vidéo de Takana Zion dans Mama Africa, une chanson qu'il dédie à tous les pionniers de l'indépendance du continent Africain.A découvrir sur Africaguinee.com
Propos recueillis par Abdourahamane Bakayoko
Pour Africaguinee.com
Tel : +224 62 600 600
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  Rubrique: Interview  date: 06-Apr-2010 à 11:57:01  Partager:   :  |