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Tirmiziou Diallo, membre du CNT."Dire Guinéens de l'étranger, est une discrimination qu'il faut abol

A trois mois des élections présidentielles en Guinée, les membres du conseil national de transition s'activent pour définir une nouvelle constitution pour le pays.Venu de l'Allemagne pour intégrer le CNT, M.Tirmiziou Diallo, nous expose sa vision de la Guinée.Pour lui, l'Allemagne est un exemple intéressant pour la Guinée...Exclusif!
Africaguinee.com : Bonjour M. Diallo ! Vous venez de rentrer en Guinée. Vous êtes membre du CNT. Votre pays vient donc de vous appeler pour contribuer à le sortir de cette impasse politique. Quels sont vos sentiments ?
Tirmiziou Diallo : Je voudrais tout d’abord remercier sincèrement et de tout cœur ceux qui ont pensé à la diaspora dans cette nomination des membres du CNT. C’est une prise de conscience extraordinaire. Permettre à la diaspora d’apporter son expérience à sa patrie, c’est une excellente idée. Les Guinéens ont compris que notre pays a besoin de sa diaspora ; je suis content de cela.
Je suis délégué au compte des Guinéens de l’Allemagne. C’est un grand honneur qui m’a été fait. Tous les Guinéens d’Allemagne se sentent honorés à travers ma personne. Je mettrai mon expérience à la disposition de mon pays pour qu’on puisse aboutir à des résultats positifs pour l’avenir de la Guinée.
Le CNT a moins de trois mois pour réviser la Loi fondamentale. A votre avis cela est il suffisant pour mettre en place une bonne constitution et sortir définitivement notre pays de la crise ?
De par mes expériences et mes connaissances de l’histoire de l’Europe et en particulier de l’Allemagne, qui après la seconde guerre mondiale, a connu une situation analogue, je suis un peu inquiet de cette précipitation. A cette époque l’Allemagne aussi a dû tout remettre en ordre et se faire une nouvelle constitution. J’ai eu l’honneur d’avoir été un élève du père de la constitution allemande.
Cette constitution a été élaborée par des hommes politiques, de sociologues, des historiens et de grands juristes. Et je peux vous assurer que cette constitution allemande est l’une des meilleures au monde que je connaisse. Ce serait certainement positif si nous pouvions, en ce qui concerne la constitution guinéenne, nous en inspirer.
C’est une constitution qui, entre autre, a su non seulement constituer un équilibre entre les pouvoirs et les instances politiques, mais aussi à tenir compte des diversités régionales et culturelles. Mais je ne suis pas venu pour imposer quoi que ce soit.
La Guinée est très riche, composée de divers peuples et cultures. Nous devons nous servir de cette immense richesse pour construire une solide unité basée sur cette diversité. Notre constitution devrait tenir compte de cette diversité.
C’est déplorable qu’un pays aussi riche que la Guinée soit obligé d’importer de la nourriture. Si par exemple on donnait à la diaspora guinéenne la possibilité d’intervenir en Guinée, nous pourrions palier valablement à certaines défaillances alimentaires.
Au total 12 Guinéens de l’étranger ont été nommés au sein du CNT. Que peut-on attendre de cette diaspora ?
Dire ‘‘Guinéens de l’étranger’’ est une discrimination. Vous n’entendrez jamais dire ‘‘Français de l’étranger’’ ou ‘‘Allemands de l’étranger’’. C’est seulement en Afrique qu’on emploie de tels termes. Ce concept n’est pas seulement discriminatoire, mais a tendance à exprimer une division. Cette discrimination n’existe apparemment qu’en Afrique.
Parmi la diaspora il y a beaucoup de personnes conscientes, qualifiées qui peuvent contribuer efficacement à l’évolution de la Guinée. Nous avons des cadres talentueux qui ont des compétences internationales reconnues mais auxquels on ne donne pas l’opportunité de s’investir dans leurs pays d’origine.
Tous les grands intellectuels que nous avons en Europe, en Asie, en Amérique ou ailleurs, ont beaucoup à apporter à notre cher pays, que ça soit sur le plan politique que sur le plan économique. Une bonne partie de la diaspora ne rêve qu’à pouvoir s’investir en Guinée.
Il est évident qu’une bonne partie de la diaspora qui a longtemps vécu dans des pays développés et réellement démocratiques, a énormément d’expériences à apporter à son pays pour changer radicalement et positivement les choses.
Vous vivez en Allemagne depuis plus de 50 ans. C’est un grand pays développé et réellement démocratique. Quelle expérience concrète de ce pays pouvez-vous apporter aujourd’hui à votre patrie, la Guinée ?
Oui ! Effectivement nous pouvons beaucoup apprendre de l’Allemagne, comme d’autre pays d’ailleurs. Mais dans le cas présent, en ce qui concerne la mission du CNT, nous pourrions nous inspirer d’un des systèmes politiques des plus élaborés et des plus équilibrés, dont l’Allemagne.
L’Allemagne est l’un des pays les plus démocratiques du monde. Ce que je trouve très fascinant sur le système politique allemand, c’est le système fédéral, le partage et le contrôle du pouvoir. Des aspects qui ne sont pas du tout étrangers au système politique africain traditionnel. Il serait sage que la Guinée puisse s’inspirer du système démocratique allemand et des autres pays.
Aujourd’hui nous n’avons pas de structures étatiques. Pourtant c’est ce qui fait la force d’un Etat. Par exemple en Allemagne, il y a le Président dont la fonction est de nature représentative ; il y a le chancelier (chef du gouvernement) élu par le parlement. Dans chaque Etat il y a un Premier Ministre. Ces Premiers Ministres forment une chambre de contrôle du pouvoir central.
Les juges de la cour suprême constituent la plus haute instance. Elle est garante de la constitution.
Pensez-vous que cela peut marcher aujourd’hui en Guinée, par exemple un Premier Ministre élu au même titre que le Président ?
Pourquoi pas ? Si un Président détient tous les pouvoirs, dans ce cas, on ne parle pas de démocratie. Un système de démocratie exige un contrôle et un partage du pouvoir.
L’élaboration d’une bonne constitution sera-t-elle la solution de tous les problèmes de la Guinée ?
Même si on arrive à mettre sur papier la constitution la mieux élaborée qu’on puisse trouver dans ce monde, si elle n’est pas strictement mise en application, c’est une lettre morte. Si les gens ne sont pas capables ou ne veulent pas appliquer à la lettre les textes, ce sera une lettre morte.
Un des garants principaux de la constitution, c’est le citoyen. Mais il se trouve que chez nous l’esprit de citoyen n’est pas encore acquis. Comme le fait remarquer le grand historien Barry Boubacar ‘‘En Afrique, nous avons des électeurs, mais point de citoyens’’
Le plus grand défi de notre pays réside dans l’éducation. L’enfant grandit toujours avec ce qu’il a appris au bas âge. Il faut prendre des mesures pour que nous ayons des jeunes compétents. L’avenir appartient aux jeunes. Donc nous devons investir pour leur formation. Nous pouvons avoir la meilleure constitution du monde, si nous n’avons pas de vrais responsables, cela ne servira à rien.
Il nous faut une élite consciente. Une élite qui est aussi capable d’affronter les exigences du monde extérieur. Des hommes compétents sur le plan international.
Avez-vous des ambitions politiques ?
Je n’ai aucune ambition politique. Je n’ai aucun parti politique. Mon parti c’est la Guinée. Je suis en mesure d’être très impartial, dans l’intérêt supérieur de la Guinée.
Depuis 2006 toutes les manifestations hostiles au régime en place ont été réprimées dans le sang faisant état de plusieurs centaines de morts et de milliers de blessés par balles. A votre avis comment peut-on éviter de tels actes à l’avenir ?
Toutes ces victimes, nous devons les considérer comme des héros. Ces victimes interpellent notre prise de conscience et notre responsabilité. En mettant une constitution solide en place et définissant le rôle des différentes instances étatiques à savoir celui du gouvernement, de la justice, de l’armée… ces mesures nous permettraient de sortir de cette impasse et de construire une société qui respecte les droits de l’homme et qui est capable de promouvoir l’évolution de l’individu, le progrès social et culturel et le développement économique.
Avez-vous un dernier message pour les lecteurs ?
Nous devons tous nous efforcer à ce que les institutions sorties à l’issu des accords de Ouagadougou du 15 janvier 2010 puissent accomplir leur mission dans les meilleures conditions pour le bien être de tous les peuples qui composent la Guinée.
Interview réalisée par Abdourahamane Bakayoko
Depuis Conakry pour Africaguinee.com
Tel : +224 62 600 600
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  Rubrique: Interview  date: 25-Mar-2010 à 10:57:37  Partager:   :  |
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