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Biro Diawara, représentant d'Interfaith International:"Nous soutenons la Cour pénale internationale

Depuis l'annonce de l'exil du Capitaine Moussa Dadis Camara au Burkina Faso, la justice internationale s'active pour élucider les massacres du 28 septembre dernier.A quelques jours de l'arrivée à Conakry de la procureur adjointe de la Cour Pénale internationale,Mme Fatou Bensouda, les autorités guinéennes négocient pour renouer le dialogue avec la communauté internationale.Pour le spécialiste des droits de l'Homme, Biro Diawara, la Guinée doit faire face à son "passé sombre" et mettre fin à l'impunité.Le représentant de l'ONG Interfaith international, prône l'extradition des reponsables des crimes perpétrés en Guinée notamment le chef de la junte, Capitaine Moussa Dadis Camara, dont la responsabilité a été soulignée par la commission d'enquête internationale sur les massacres du 28 septembre 2009 à Conakry...
Africaguinee.com: Bonjour M. Diawara. Parlez-nous de votre ONG Interfaith international...
Biro Diawara : Et bien merci de m’accorder cette opportunité de m’exprimer dans vos colonnes. Interfaith international est une organisation dotée du statut consultatif, catégorie spéciale auprès du conseil économique et social des Nations unies. Je suis le représentant d’Interfaith international ici auprès des Nations Unies à Genève. Nous avons également un siège à Londres. Cette ONG a été créee à Vienne dans le cadre de la conférence des Nations unies en 1993, dans le but d’aider les dissidents victimes de la répression sous le régime de Saddam Hussein en Irak et dans certaines régions du Golfe qui étaient fermées et qui avaient des problèmes de démocratie. Et donc, nous avons obtenu notre statut consultatif depuis 1998 et depuis lors notre ONG est engagée dans la dynamique de la défense des minorités victimes de la discrimination raciale, l’intolérance religieuse à travers le monde. Nous donnons la parole à ces victimes auprès des instances internationales, au conseil des droits de l’homme, pour faire entendre leur voix et leurs préoccupations. Nous avons des représentations dans différents pays du monde et nous soutenons les minorités autochtones et religieuses, sous occupation et qui se battent pour leur émancipation .C’est le cas notamment du Cachemire, les minorités Ouigours en Chine, les Faloun Gongs, les Chiites dans les régions du golfe, les tamils au Sri Lanka. Nous soutenons également les processus de dialogue dans les territoires qui se battent pour leur autonomie ou leur indépendance tel que le Sahara occidental. Depuis la création du conseil des Droits de l'Homme en 2006, Interfaith international a initié un forum de dialogue interculturel et inter-réligieux auprès des instances onusiennes pour promouvoir le programme des Nations unies de dialogue des civilisations et des cultures.
Justement on parle beaucoup des violations des droits de l’homme en Afrique notamment en Guinée. Au niveau de votre ONG, comment réagissez-vous au dernier rapport de la commission d’enquête de l’ONU sur les massacres du 28 septembre dernier à Conakry qui incrimine la junte du Capitaine Moussa Dadis Camara ?
Notre rôle c’est de jouer une diplomatie préventive, d’interpellation et d’action auprès des instances internationales. Notre ONG est activement engagée en Afrique sur les questions de violations de droits de l’Homme. En Guinée, les violations ne datent pas du 28 septembre, il y a eu des exactions en 2006 et 2007.Interfaith organise à chaque session du conseil des droits de l'Homme, des rencontres sur la Guinée. Nous prenons en compte le rapport de la commission d’enquête internationale. Le jour même des évènements du 28 septembre, nous avons organisé une rencontre à l’ONU à l’occasion de la 10ème session du conseil des droits de l'Homme(CDH) ici à Genève pour faire le bilan et les perspectives des droits de l’homme en Guinée à travers les régimes militaires. Au même moment, les populations civiles étaient massacrées en Guinée, nous avons immédiatement alerté les Etats membres du CDH pour les informer de la situation en Guinée. Nous avons échangé avec la haut commissaire des Droits de l'Homme, Mme Navy Pillay pour qu’elle prenne les dispositions nécessaires. Le 29 septembre, nous avons fait un communiqué pour informer les Etats membres sur ce qui se passe en Guinée et demander la création d’une commission internationale d’enquête pour poursuivre les auteurs de ces crimes. Et donc nous nous réjouissons de la mise sur pied de cette commission dont le rapport final nous donne satisfaction. Ce rapport ne parle pas des crimes de 2007 et 2006.Nous souhaitons que le rapport soit plus approfondi pour faire la lumière sur ces exactions ; parce qu’il y a une culture de l’impunité qui est institutionnalisée en Guinée. Et notre but, c’est de lutter contre cela et poursuivre les responsables de ces crimes.
Récemment, des discussions ont eu lieu à Ouagadougou sur l’éventuel retour du Capitaine Moussa Dadis Camara en Guinée. A votre niveau, quelles solutions préconisez vous pour éviter un nouveau bain de sang en Guinée ?
Pour nous, la question du blocage en Guinée, c’est la négation des crimes et injustices sociales dans tous les domaines depuis notre indépendance. La Guinée est l’un des rares pays d’Afrique qui n’a pas organisé une conférence nationale sur son passé sombre. Aujourd’hui la Guinée est à un tournant décisif. Le problème ne réside pas au niveau d’un homme car les hommes passent mais la Guinée reste. Et donc, notre préoccupation aujourd’hui, c’est la reconnaissance de la vérité, l’administration de la justice et des droits de l’Homme et la lutte contre l’impunité, la poursuite et l’extradition de ces responsables des massacres qui ont été commis parce que la vie humaine est sacrée. Nous ne pouvons plus fermer les yeux face au bain de sang, viol des femmes etc…D’ailleurs nous félicitons le Secrétaire général des Nations unies, M.Ban Ki-Moon pour ce travail remarquable qu’il a fait et la solidarité de la communauté internationale à l’égard du peuple de Guinée. La Guinée n’est plus en marge du monde et tous les responsables de ces crimes seront poursuivis. Le Président Dadis Camara va passer et d’autres viendront. Si les responsables de ces crimes ne sont pas punis, il faudra s’attendre à d’autres exactions. Souvenez-vous qu’aujourd’hui, le premier secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine (devenue Union Africaine, Ndlr), M. Diallo Telly, aucun guinéen ne peut vous montrer sa tombe. Et donc notre lutte c’est de faire la lumière sur toutes ces exactions pour que les familles des victimes sachent enfin la vérité. Je pense que la communauté internationale, l’Union Africaine, l’Union européenne, la France et les Etats-Unis soutiennent le peuple de Guinée dans sa lutte pour la démocratie et le respect des droits de l’homme. Nous lançons un appel à nos frères et sœurs guinéens, de faire appel à nous pour constituer une partie civile pour soutenir leur voix auprès des instances internationales.
Justement la communauté internationale notamment la France et les Etats-Unis multiplient les pressions pour obtenir une extradition du Capitaine Dadis Camara vers la Cour pénale internationale de la Haye. Est-ce que vous partager cette démarche ?
A partir du moment où les responsabilités sont situées, il faut une extradition. Déjà dans la sous région ce n’est pas un fait nouveau. Il y a le cas de Charles Taylor du Libéria. En Guinée, des forces qui avaient fuit le Libéria sont aujourd'hui parmi nous. Ensuite, il n’y a pas que les militaires, des civils sont également complices de ces crimes et ils doivent extradés et être traduits devant la justice internationale. La Guinée est partie aux statuts de Rome et donc, il n’y aura pas d’amnistie pour dédouaner qui que soit.Ca doit servir de leçon pour les générations futures pour éviter un chaos en Guinée. Aujourd’hui la CPI, malgré des difficultés notamment pour le Soudan, il fait un travail remarquable. Nous soutenons la CPI pour éradiquer les crimes en Guinée. Il y a des familles qui ont quitté la Guinée, qui on vu leur bourreau etc…Aujourd’hui, personne ne peut se dédouaner de la CPI, la procédure suit son cours même s’il y a des lenteurs. Donc nous soutenons fermement le travail de la CPI sur les crimes qui ont été commis en Guinée .C’est ce qui nous permettra de démarrer avec une nouvelle société. La Guinée a besoin de l’assistance de la communauté internationale, pour faire la lumière sur ces exactions.
Avant de terminer M. Diawara, un mot pour vos compatriotes ?
Nous avons suivis de très près l’évolution de la situation politique en Guinée, ainsi que le message d’apaisement du président intérimaire, le Général Sékouba Konaté. Ce message ne résout pas tout, mais c’est un bon début. Je demande à mes compatriotes de faire preuve de retenue dans ces moments difficiles. La nomination d’un premier ministre n’est pas une fin en soi, car il ne peut pas résoudre tous les problèmes de la Guinée. L’opposition guinéenne a fait preuve de maturité en prônant la paix et non la violence pour conquérir le pouvoir, comme c’est le cas dans d’autres pays. Les militaires qui ont tué les civils sont des Guinéens, ils doivent savoir qu’ils sont là pour protéger leurs compatriotes. Où se trouvent aujourd’hui le CMRN (Comité militaire de redressement national, instauré par le Colonel Lansana Conté, à son arrivée au pouvoir le 3 avril 1984, Ndlr), le CNDD aussi va passer, mais l’Etat guinéen restera. Les Guinéens doivent négocier la transition, et les militaires doivent sécuriser le pays, protéger les investisseurs, la presse et les diplomates dans notre pays. Ce n’est pas la nomination précipitée d’un premier ministre qui va résoudre les problèmes profonds, mais nous sommes plutôt favorables au départ des militaires, à l’instauration d’un cadre institutionnel pour le progrès de la Guinée. Nous soutenons la désignation d’un président du conseil national de transition et que l’armée s’occupe en priorité de sa restructuration par la formation, l’éducation. Il nous faut une armée républicaine, une armée de carrière pour que certains de nos soldats puissent par exemple intégrer les forces d’intervention internationales des Nations unies…Les nouvelles autorités guinéennes doivent aussi s’atteler au problème de circulation des armes dans notre pays qui représente un danger pour la Guinée.
Entretien réalisé par Ismaël Barry
Pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Interview  date: 25-Jan-2010 à 12:56:42  Partager:   :  |
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