
La Guinée est-elle sur un baril de poudre ? Cette question mérite vraiment d’être posée à l’heure même où tout semble s’écrouler dans cette partie de l’ouest africain. Comme si cela ne suffisait pas, les germes d’une haine viscérale fleurissent inexorablement entre Guinéens.
Sur le plan politique, des acteurs se vouent mutuellement des rancoeurs bien ahurissantes. Avec parfois hélas, des relents ethniques. Un terreau à partir duquel –on se rappelle encore – les régimes guinéens qui se sont succédé se fertilisent.
On ne peut pas feindre d’ignorer en effet que la démocratie bancale de Lansana Conté a largement prospéré sous les reflux de la division, de la rancœur, de l’indifférence, du repli et de la haine naissante. Un quart de siècle après, une nouvelle profession foi a failli rassembler à jamais les Guinéens. Elle s’est cependant vite déboîtée pour céder à la désillusion aux allures somme toute de cataclysme, pour ainsi paraphraser J-B Placca. Une désillusion qui s’est traduite d’abord par la recherche fort hypothétique de model d’homme politique à travers le continent noir.
Des noms ont été même évoqués mais vraisemblablement pour endormir les consciences. Le temps de prendre goût au pouvoir avec une troublante rapidité. Ces noms sont : Sankara du Burkina Faso, Rawlings du Ghana, Mathieu Kérékou du Bénin et ATT du Mali. Mais en réalité, ces ‘’choix’’ ne sont que des paravents. L’objectif est bien ailleurs : jouer les prolongations sur le délai de la transition, puis s’accrocher. Même au prix du sang d’innocents...
Cet objectif vite décrypté par certains leaders politiques a fait subir à la Guinée la pire des barbaries dont se sont rendus coupables des hommes en uniforme. Depuis, la méfiance et la défiance l’emportent sur tout. On se nargue, on s’accuse, etc.

Le pays se déchire. Ultime solution, des rencontres à Ouaga où l’avenir de la Guinée se joue et se discute entre des parties difficilement conciliables : forces vives et junte au pouvoir. Une issue négociée est actuellement sur la table. Pendant ce temps, les assassins du 28 septembres se pavanent à travers le pays et croient certainement très souvent des familles qui ne retrouvent toujours pas leurs enfants disparus.
De l’autre côté, certaines voix ne parlent que des élections. Au mépris de la mémoire de ceux qui sont morts – certains les appelleront à juste raison « ceux qui ont été emmenés à la boucherie ». Mais qui est le boucher ? A-t-il le permis d’abattage massif et sans discernement? Une autre histoire.
Ce qui est sûr, ceux qui réclament les élections – bien souhaitées par nombreux autres Guinéens - oublient que même si élections il y a, il ne suffirait pas de glisser le bulletin dans l’urne pour que la Guinée soit une République saine, se dote d’un Etat et de tous ses attributs. Tant les ruines sont énormes et requièrent beaucoup de tacts.
C’est dire qu’il y a donc des préalables à faire. Notamment se réconcilier entre Guinéens, transcender tous les clivages et si possible, poursuivre, puis juger les coupables de crimes tous azimuts. Ce n’est pas une mer à boire, pour peu qu’on se rappelle la façon dont le pays de Mandela a aplani ses différends entre les fils du pays, ennemis d’hier et vrais frères face aux urgences nationales. D’où le départ irréversible dans ce pays d’une démocratie véritable.
La Guinée pourrait manifestement bien s’en inspirer pour cicatriser ses plaies, rassembler ses fils et enfin penser à des élections. Pourvu que le syndrome ivoirien se limite aux frontières.
Les défis sont grands après 50 ans de liberté dans la pauvreté. 50 ans de gabegie, de culte de la personnalité, de haine, de règlements de comptes, de clivages ethniques, déchéance humaine, de décadence morale... Rien ne sert donc de se bomber le torse face à ses concitoyens. Mais se bomber le torse face aux défis du développement, de la réconciliation et de la (re)construction.
Les Guinéens doivent maintenant arrêter de pleurer toutes les larmes de leur corps. Pour y arriver, proclamer la fin des reproches mesquins et des dogmes désuets qui ont trop longtemps étranglé ce grand pays de l’ouest africain, plutôt hanté aujourd’hui par l’affrontement. Les pyromanes, eux sont connus et les années à venir ils seront poursuivis pour ‘’non-assistance à République en danger’’.
Fodé SOW
Pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Politique  date: 20-Nov-2009 à 16:58:57  Partager:   :  |