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Dialogue de sourds à Ouagadougou:Que faire pour éviter le pire?

Depuis deux semaines, les Guinéens attendent avec impatience la « pommade magique » du médiateur Compaoré pour soigner leur pays malade, déchiré entre nos forces « éteintes » et la junte de notre Dadis national. A Ouagadougou, chacune des parties a brillé par un égoïsme aveugle et un cruel manque de réalisme, alors que leurs compatriotes s’impatientent en Guinée. Dans les coulisses de Ouagadougou, chaque partie a exigé le maximum de l’adversaire, sans pour autant chercher une solution réaliste à l’éternelle crise guinéenne. A y voir de plus près, on comprend mieux que ni les forces vives, ni la junte de notre Dadis national n’ont pris en compte l’aspiration légitime des Guinéens pour la paix et le changement. Avec une hypocrisie déconcertante, chacune des parties espère que le médiateur finira par « coincer » l’adversaire pour lui arracher des concessions. Sauf que la crise est telle, que personne ne peut gagner sans plonger le pays dans un enfer indescriptible. Au mieux, un compromis pour éviter un nouveau bain de sang, doit primer sur l’égoïsme des uns et des autres. Voyons de plus près quelques ingrédients pour fabriquer la « pommade de Ouagadougou » pour soigner notre pays qui est au bord du gouffre…
Les Forces vives : entre égoïsme et amateurisme
Lors de leur déplacement à Ouagadougou les 3 et 4 novembre dernier, nos forces vives ont brillé par leur amateurisme et leurs querelles intestines. Avec une délégation pléthorique, chacun a voulu (comme un paparazzi) raconter son « histoire » au Président Compaoré. Pire, sans aucune concertation préalable, nos forces vives se sont livrées à une « chasse aux sorcières », oubliant leur mission principale, celle de proposer des solutions réalistes pour sortir leurs compatriotes de leur enfer quotidien. Bien sûr, un mémorandum a été fait (à la hâte), mais le vers est déjà dans le fruit, même si, le « linge sale a été lavé en famille », comme le claironne Aboubacar Sylla, le chargé de communication de nos forces vives. Sans oublier que nos leaders politiques ont invoqué des « raisons sécuritaires » pour se cramponner à l’extérieur du pays, laissant les pauvres Guinéens à leur sort !
Cependant, dans une course contre la montre, nos forces vives doivent « agir » pour trouver une solution rapide, car même un coup d’Etat contre notre Dadis national n’arrange personne, comme le préconise certaines mauvaises langues qui espèrent un coup de main « invisible » de l’occident…
Primo, nos forces vives doivent tenir compte du rôle d’un acteur incontournable dans la transition : l’armée guinéenne. Aucune autorité de transition ne peut être mise en place sans la « bénédiction « de nos hommes en uniforme. Un civil neutre pour diriger cette autorité, avec un gouvernement civil et…..militaire semble plus réaliste aux yeux des observateurs. Il s’agit donc de trouver un équilibre pour confier à chacun une mission à la hauteur de ses compétences pour remettre le pays sur les rails de la démocratie. Ainsi les civils s’occuperont des questions « techniques » comme la mise en place d’une constitution ( et oui, il nous faut ça pour préparer les élections), préparer les élections et renforcer l’unité nationale. Nos lakoudous s’occuperont de leur mission sâcrée : celle de sécuriser la vie et les biens de leurs compatriotes durant la transition ( Et il y a du boulot pour ça, tellement c’est pourri).
Secundo, nos forces vives doivent laisser une « porte de sortie » à notre Dadis national et à ses compagnons du CNDD. C’est facile de dire à notre Dadis national de quitter le pouvoir, si on ignore qu’il est pris en otage par….sa propre armée et son entourage qui n’ont aucun intérêt à ce qu’il quitte le Kibanyi. Ainsi la nouvelle autorité de transition doit veiller à accorder une « immunité » à notre Dadis national et à ses compagnons du CNDD et lui promettre qu’il peut se présenter comme tout citoyen aux élections (à condition qu’il laisse sa tenue, et qu’il occupe un poste neutre durant la transition).Par exemple, un poste de ministre de la défense, peut être confié à notre Dadis national ou un autre membre du CNDD pour partager le gâteau du pouvoir. Et le chantier est tellement vaste, qu’il y a de la place pour tous ceux qui veulent construire et apaiser le pays.
Tertio, éviter à tout prix de confier la présidence de l'autorité de tansition à quelqu’un qui a des ambitions….présidentielles. Dans ce contexte, notre Dadis national est hors course pour diriger la nouvelle autorité de transition, car aucun premier ministre ne peut dicter ses décisions au…président. La tragique épopée de Lansana Kouyaté contre le défunt Président Conté, démontre à suffisance que c’est la pire solution qu’on puisse obtenir depuis Ouagadougou. Des personnalités comme l’historien Djibril Tamsir Niane, ou le religieux Robert Sarah possèdent une bonne dose de neutralité (moralité, c’est à voir) pour obtenir l’unanimité de leurs compatriotes.
La junte : Entre cynisme et manque de réalisme
Depuis le carnage du 28 septembre, la junte de notre Dadis national multiplie les « gestes » pour faire les yeux doux à leurs compatriotes et la communauté internationale. A Ouagadougou, la délégation conduite par la « bête noire « des forces vives, le Colonel Moussa Keita et son armée de courtisans, a brillé par son cynisme devant le médiateur Compaoré.
Ignorant magistralement les sanctions de la communauté internationale, la volonté inébranlable des Guinéens pour le changement, la délégation de junte a naturellement proposé le maintien de notre Dadis national dans son Kibanyi. Avec cynisme, la délégation de la junte a proposé de faire audits et limiter l'âge des candidats à la présidentielle.Histoire d'éliminer les adveraires réunis au sein des forces vives.Pire, pendant qu’elle négocie à Ouagadougou, notre junte prépare les futurs « tueurs » du peuple à Forécariah, avec les milices de notre Dadis national, épaulées par des mercenaires grassement payés ! Bien entendu, pour éviter la colère du peuple la junte de Dadis doit choisir la voie de la « rédemption » en acceptant un compromis honorable et…réaliste. Certes les forces vives ne sont pas des « saints » pour donner une leçon à l’armée, mais comment gouverner un pays si les populations crèvent dans la misère et veulent au prix du sang, obtenir le changement tant réclamé ?Et bien quelques astuces sont peut-être utiles à la junte guinéenne pour éviter le pire…
Primo, le CNDD peut devenir un outil pour réformer l’armée ( en changeant de nom s’ils veulent).Pendant ses 9 mois de règne, notre Dadis national a réussi à verrouiller l’armée(pour l’instant) et toute politique visant à offrir une meilleure éducation, un cadre de vie décent à nos soldats serait salutaire !A son actif, (même les aigris l’approuvent) notre Dadis national a entrepris de vastes chantiers pour trouver de nouvelles casernes à nos militaires. En acceptant de se retirer (partiellement) du pouvoir, notre Dadis national et son équipe pourront aider la nouvelle autorité de transition à réformer l’armée, avec l’appui de la communauté internationale. Dans les chancelleries occidentales, la « grande muette » inquiète et ses sauts d’humeur imprévisibles fragilisent toute construction d’une paix durable dans le pays. Autant donc investir pour former nos soldats tout en gardant leurs petits privilèges , même acquis par la force de leurs baïonnettes !
Secundo, offrir du « travail « à nos soldats !Et oui, nos soldats s’ennuient à mort dans nos casernes et dans les quartiers de la capitale !Puisque le pays n’est pas en guerre, puisque la paix semble revenir chez nos voisins, que font ils pour tuer le temps ?Et bien, des projets initiés pendant la transition (travaux publics, agriculture, sécurité des citoyens dans les villes…) peuvent réconforter le moral de nos soldats qui baillent dans les casernes !Et une structure comme le CNDD peut servir de relais à la nouvelle autorité de transition pour assurer l’exécution des projets pour le long terme !
Tertio, malgré les récents évènements qui ont endeuillé le peuple de Guinée, une chose est évidente : notre armée est issue du peuple ! S’il y a des bavures, des exactions commises par nos soldats, les racines du mal remontent bien avant l’arrivée de Dadis et sa junte ! Tenez, avec les multiples purges au sein de l’armée ( de Sékou Touré à Lansana Conté et.... maintenant Dadis s'y met aussi!),presque toutes les "matières grises" de notre armée ont été écartées ou éliminées !.A cela s’ajoute le recrutement fantaisiste au sein de l’armée où les familles guinéennes livraient tous ceux qui ont échoué dans leurs projets de vie. Histoire de gagner des sous sans faire un métier ou une formation. Et la liste est longue…mais notre armée doit aujourd’hui se réconcilier avec le peuple ! Aucun ne peut vivre sans l’autre .Et cette réconciliation passe inéluctablement par des assises nationales où chacun livre ses aveux, demande pardon pour que la méfiance naturelle entre civils et militaires prenne fin dans notre pays. Dans la longue tragédie dont l’apogée reste les massacres du 28 septembre, les victimes n’attendent qu’une chose : l’aveu des criminels pour que justice soit rendue ! En livrant directement les coupables du massacre du 28 septembre en pâture sans soigner le mal à la racine, aucune solution durable ne peut être obtenue, selon les analystes. La junte de notre Dadis national doit donc éviter de mettre de l’huile sur le feu, en indexant (bêtement) les leaders politiques comme responsables du massacre du 28 septembre. Au contraire, en tant que soldats (ils ont prêté le serment de mourir pour servir la Nation), ils doivent assumer publiquement leurs actes et demander des excuses au peuple qui n’attend que ça. La suite, la justice décidera…
En définitive, notre pays traverse une zone de turbulence où les pilotes (forces vives et la junte) doivent agir conjointement pour poser l’avion « Guinée » sur la voie de la paix et de l’espérance. Comme tout autre pays à une période de son histoire, la Guinée est plus que jamais en danger tant les menaces sont grandes. Mercredi soir à Ouagadougou, le médiateur Burkinabé, le Président Blaise Compaoré a fait un aveu prophétique : "Je dois dire que pour la Guinée et pour les Guinéens, il suffit de comprendre que nous sommes là pour les accompagner. Nous connaissons moins la Guinée que les Guinéens. Et nous pensons que les Guinéens doivent s’investir fortement ; ils doivent s’investir au-delà des divergences et des différences pour d’abord permettre le processus de construction de la paix ; que chacun se dise qu’il doit apporter mais aussi qu’il doit aussi recevoir de l’autre.".Comme pour dire que la solution-miracle ne viendra pas de Ouagadougou, mais des Guinéens eux-mêmes !Et il est encore temps d’agir, car la colère gronde dans le cœur des Guinéens et les interminables discours( des forces vives et la junte) ne suffiront pas à retenir les Guinéens qui ont faim et qui rêvent de voir leur pays renouer avec le progrès et la paix .Encore faut-il que les forces vives et la junte de notre Dadis national, comprennent qu’aude-là de leurs divergences, une chose les unit par-dessus tout :leur maison commune qu’est la Guinée !Mais ceci est une autre histoire. A la semaine prochaine !
Amadou Diallo
Pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Coup de gueule  date: 12-Nov-2009 à 16:48:51  Partager:   :  |
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