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Tueries à Conakry:"si tu refusais de tirer, ils te tuent...", témoigne un militaire du BATA





Un militaire membre du bataillon des troupes aéroportées(BATA) vient de témoigner sur le carnage de lundi, où 157 personnes ont été sauvagement massacrés par des éléments de la garde présidentielle du Capitaine Dadis Camara.Sous couvert d'anonymat, ce militaire dévoile l'anarchie qui règne au sein de l'armée guinéenne...

RFI: Vous êtes militaire au sein du Bataillon autonome des troupes aéroportées (BATA) et vous étiez parmi les soldats qui ont réprimé la manifestation du 28 septembre?

Effectivement, je faisais parti de ceux qui ont réprimé de façon sanglante, cette manifestation, au niveau du stade du 28 septembre, lundi !

Est-ce que vous confirmez toutes les informations qu’on a diffusées ces derniers jours faisant état de tirs à balles réelles sur les manifestants, de viols sur les femmes ? Est ce que vos collègues du BATA ont commis ces actions ?

Je confirme qu’il a eu des viols, qu’il y a que des tirs à balles réelles !

Le matin du lundi quand on vous a envoyé pour réprimer la manifestation au stade, est-ce qu’on vous avait donné des ordres précis ?

Les hommes y compris moi, on ne pouvait pas refuser les ordres. C’est à dire, on nous a dit qu’il fallait mater les opposants et leur faire comprendre qu’il n’y a qu’une seule autorité en Guinée et il fallait leur donner une leçon !Il y avait tellement de morts, je ne pouvais même pas compter. J’avais des vertiges franchement

Franchement je ne peux pas vous dire le nombre de cadavres qu’il y avait presque 180 cadavres. Dans la nuit de lundi, ils nous ont dit d’aller récupérer les corps et nous avons récupéré environ 67 corps mais je ne peux pas vous dire à quel endroit ces corps ont été acheminés. Depuis je ne fais que revoir ces images horribles. Pour nous, c’était tuer ou être tué !

Avez-vous participé à cette opération de récupération des corps dans les morgues ?

On ne pouvait pas refuser. Si tu refuses, on te tue

On vous a obligé ?

On recevait des ordres de tout le monde. Tout le monde donne des ordres ici.

Quand on vous a dit d’aller mater l’opposition est ce qu’on vous a donnez l’ordre de tuer des leaders politiques ?

Franchement non. Mais il fallait leur donner une leçon. Vous comprenez ce que ça veut dire…il fallait donc les frapper sans les tuer et leur prouver que le pays est commandé. C’est ce qu’on nous a dit.

Beaucoup de témoignages font état de viols massifs et collectifs, d’exactions comme des viols avec des armes sur des femmes. Est ce que vous avez pu identifier les corps auxquels appartenaient les soldats qui ont commis ces exactions ?

Ce sont les soldats de la garde présidentielle, puisque les gendarmes étaient derrière.. Il n’y avait pas que des armes, il y avait aussi des bois, on prenait toute sorte de chose même les pieds…

Vous disiez que vous ne pouvez pas refuser d’aller mater l’opposition. Quel est votre sentiment aujourd’hui ?

Depuis lundi je ne dors pas. Je ne fais que revoir ces images horribles de viols, de tueries, des tirs à balles réelles, à bout portant. Je ne fais que des cauchemars, je n’arrive pas à dormir. C’était tuer ou être tué.

Vous-même , avez vous tué des gens ?

Je ne peux pas vous répondre. C’est soit tu tues ou on te tue !

Les ordres venaient donc de la hiérarchie ?

Il n’y a pas de hiérarchie. On reçoit des ordres de tout le monde ! Il n’y a pas une hiérarchie dans l’armée guinéenne. C’est une pagaille, on dirait des milices qui sont organisées. Franchement c’est de la pagaille dans cette armée. Il faut que la communauté internationale nous vienne en aide, sinon franchement j’ai peur pour ce pays.

Parlez nous de cet désordre, comment fonctionne aujourd’hui le BATA ? Est-ce qu’il y a eu des recrutements ces derniers temps, des milices à l’intérieur du BATA ?

Là aussi je vous confirme qu’il y a des milices à l’intérieur du BATA. Il y a même des miliciens venues du Libéria qui sont actuellement incorporées au sein de l’armée guinéenne, au sein du BATA, sans aucune éducation militaire !Ce sont des assassins qu’on est entrain de recruter. Franchement j’ai peur pour ce pays. Ce n’est pas dans cet ordre là que nous avons pris le pouvoir. Nous l’avons pris pour garantir l’intégrité territoriale de notre pays. Mais ce n’est pas ça qui se passe au sein de l’armée guinéenne. C’est vraiment écoeurant. Nous avons peur même nous les militaires nous avons peur .Actuellement il y a plus de 600 personnes recrutés du Libéria dans l’armée guinéenne. Nous avons peur qu’il y ait des règlements de comptes.

Est-ce que ces nouveaux éléments recrutés disposent d’armes ?est-ce qu’il y a beaucoup d’armes neuves qui arrivent aujourd’hui dans les casernes ?

Tous les jours les armes circulent dans nos casernes. Ceux qui sont recruté ont tout des armes, des munitions, mêmes de grenades. On ne tient pas compte de leur date d’intégration. Il suffit seulement de former les gens et leur montrer le champ de bataille. Ils (ces nouvelles recrues, ndlr) sont là uniquement pour préserver ce régime( le pouvoir du Capitaine Dadis Camara, ndlr).Ce qui préoccupe nos chefs c’est comment rester au pouvoir, car ils ne veulent pas quitter. C’est maintenant qu’on voit le vrai visage de ces chefs. Nous sommes marginalisés dans l’armée, on ne peut pas parler. S’il n’y a pas une force d’intervention en Guinée, on risque de sombrer dans l’anarchie.(…)

Interview réalisée par Olivier Roger
Source :RFI


  Rubrique: Interview  date: 01-Oct-2009 à 15:22:36  Partager:   :

 

 
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