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Cellou Dalein Diallo, leader de l'UFDG:" Une garde présidentielle qui vient ouvrir le feu sur tout l

Gravement blessé lors de la repression sanglante de lundi dernier, l'ancien premier ministre Cellou Dalein Diallo prépare son évacuation pour des soins.Sur son lit d'hôpital à Conakry, il a accepté de témoigner sur ces tueries perpétrées par des militaires.Le leader de l'Union des forces démocratiques de Guinée, ne cache pas sa déception sur ce qu'il qualifie de "barbarie" de la junte du Capitaine Dadis Camara.Exclufif!
Africaguinee.com: Bonjour M. Diallo. Comment vous portez-vous?
Cellou Dalein Diallo : Je vais un peu bien. Je souffre toujours au niveau des côtes, et présentement je cherche une prise en charge vers un centre hospitalier pour continuer mes soins à l’étranger. Je dois être évacué pour pouvoir faire un scanner sur ma tête parce que j’ai été beaucoup frappé à la tête. Mes côtes aussi sont brisées. Je suis dans un état atroce. Je dois donc être évacué dans un centre beaucoup plus approprié…
Comment avez-vous vécu les évènements du 28 septembre à Conakry ?
C’est inimaginable !La garde présidentielle du Capitaine Dadis a tiré sur les civils alors que nous étions au stade ! J’ai assisté à des scènes d’une violence inouïe. J’ai vu par exemple un militaire mutiler une femme en enfonçant un bâton dans son sexe. Ce que nous avons vécu dépasse l’entendement. C’est d’une barbarie d’une autre époque .Aujourd’hui le Capitaine Dadis Camara monopolise les médias d’Etat, ceux qui le supportent ont le droit de librement manifester. Pourquoi pas nous ?C’est notre droit de demander à ce qu’il respecte ses engagements. On aurait pu éviter ce bain de sang. Quand je vois des militaires tuer des enfants, violer des femmes, frapper des vieux, j’avoue que j’ai le cœur très meurtri aujourd’hui.
Je déplore ce qui est arrivé à la Guinée. Ces hommes et femmes tués n’ont commis aucun crime. Leur seul crime c’est d’avoir voulu exprimer leur position par rapport à une question nationale.
C’est la première fois que j’ai vu des soldats tirer aveuglement des balles réelles sur des jeunes à l’intérieur du stade où il n’y avait plus aucun risque de dérapage.
Les gens s’amusaient. Ils étaient joyeux au moment où j’ai vu la garde présidentielle arrivée avec des fusils tirer sur les manifestants. J’ai vu les gens tomber ça et là . J’ai demandé à Sidya : " Mais est ce qu’ils sont en train de les tuer réellement ? " Sidya m’a répondu : " Oui ! Naturellement. " C’est en ce moment qu’ils sont venus nous prendre. J’ai vu Sidya tomber à terre. Beaucoup de militaires le frappaient comme s’il était un malfrat. J’ai vu les militaires frapper Jean-Marie Doré… C’est dommage ! C’est vraiment dommage pour notre pays.

Pour ma part, les militaires m’ont beaucoup frappé. Pour ma propre dignité je ne peux pas tout raconter. Ce que j’ai subi est extraordinaire. C’est vrai ils ont cassé mes côtes, ils ont fracturé ma tête… Mais ils ont fait beaucoup plus…
Avez-vous reçu de la visite des officiels guinéens ?
Oui beaucoup sont venu s’enquérir de mon état de santé. C’est le cas notamment de plusieurs membres du gouvernement dont le Général Mamadouba Toto Camara.
Après ces violences, quel message adressez-vous au peuple de Guinée ?
Je voudrais adresser mes condoléances à toutes les familles qui ont perdu les leurs dans cette manifestation. Je voudrais compatir à la douleur des femmes qui ont été violées. Je voudrais également encourager les citoyens Guinéens dans la lutte pour l’avènement d’une Guinée juste, équitable, démocratique… où l’Homme est respecté.
Ce que nous avons vécu est une violation flagrante des droits de l’Homme : tuer sauvagement des centaines de personnes innocentes... Je compati sincèrement à la douleur qui a frappé le peuple martyr de Guinée.
Je souhaite que le peuple de Guinée connaisse en fin la paix, l’Etat de droit… où la liberté et la dignité des citoyens seront protégées par un Etat responsable et conscient de ses responsabilités.
Je n’ai jamais vu des populations massacrées de cette façon. Je n’arrive pas à croire qu’en deux ou trois heures de temps, on puisse se retrouver à plus de 150 morts. Alors que la seule chose que ces gens ont faite c’est de s’exprimer par rapport à une question d’ailleurs banale.
Dans la mesure où tous ceux qui sont pour la candidature de Dadis s’expriment à la télévision, au stade, au palais du peuple… sans aucun problème ; ceux qui sont hostiles à cette candidature, eux aussi, c’est leur droit de s’exprimer à leur tour.
Une garde présidentielle qui vient ouvrir le feu sur tout le monde, tirer sur des citoyens du pays, sans aucune espèce de raison, tuant près de 200 personnes, c’est vraiment regrettable. 
Aujourd’hui, ceux qui nous dirigent ont tiré sur nos enfants, ont violé nos femmes, il faut qu’on respecte la dignité humaine. C’est triste. En 2007, nous avions demandé le départ de Conté, il y a eu des morts. Cette fois ci nous avons juste exprimé notre désaccord avec la junte de Dadis et on tire sur le peuple. C’est regrettable. Ils ont commis de graves crimes. Ils ont violé des femmes. J’ai vu de mes propres yeux des militaires violer des filles, mettre leurs fusils dans les sexes de celles-ci. C’est une animosité. Vraiment je ne souhaite pas que cela se reproduise dans notre pays.
Il faut qu’on respecte l’homme ! Il faut qu’on respecte la femme ! Il faut qu’on respecte les citoyens un peu plus…
Ils auraient pu nous arrêter, juger et condamner, nous les leaders politiques, s’ils le voulaient vraiment. Mais ils n’avaient pas à tuer toutes ces centaines de personnes innocentes. C’est indigne de notre armée. C’est indigne de ces militaires qui prétendent aimer et défendre ce pays.
Avec l’arrivée prochaine du groupe de contact international sur la Guinée, est-ce que les forces vives guinéennes vont négocier avec la junte ?
Je ne vois pas comment on va négocier avec la junte de Dadis. Ils ont franchi un pas en tirant sur le peuple, en violant nos sœurs en public. (…)La communauté internationale a condamné ce qui s’est passé. Puisque j’ai souvent dit qu’il y a des normes morales et des règles de droit. Le peuple de Guinée, la communauté internationale, bref toute l’humanité est choquée. Pouvez-vous imaginer un instant ? C’est à cause d’une simple revendication, qu’on nous tue !.
En 2007, on demandait le départ du Président Lansana conté. Donc les massacres de 2007 pouvaient être expliqués, bien sûr sans être justifiés. Mais pour cette fois-ci il s’agissait uniquement de dire que " Nous, on est pas d’accord " (à la candidature de Dadis) ! Puisque ceux qui sont d’accord le disent librement. Eux, ils ont tous les droits. Ils ont déjà confisqué la télévision nationale et tous les medias publics.
Voila le sort qu’on réserve à des Guinéens qui veulent uniquement demander à Dadis de respecter sa parole, " respecter sa propre parole ! sa parole d’honneur " ! C’est à cause de cela qu’on les a tué .
Je pense que nous allons nous concerter avec les forces vives pour poursuivre notre lutte. Mais actuellement, on pleure nos morts, on soigne nos blessés .Je remercie la communauté internationale qui a unanimement condamné ces actes de barbarie et réitéré son soutien pour la défense des droits de nos populations qui aspirent à la démocratie dans notre pays.
Entretien téléphonique réalisé par Mamadou Kaba Souaré
en collaboration avec Abdourahamane Bakayoko
Pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Interview  date: 30-Sep-2009 à 17:19:38  Partager:   :  |
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