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"Notre travail, c’est de combattre le mal sous toutes ses formes...", dixit Takana Zion qui revient

Peut-être est-ce le destin des îles de produire des musiques dont l’impact se mesure à l’échelle planétaire ? Pourtant, à bien y réfléchir, la pop définie par les Anglais ne possède pas de caractéristiques aussi précises que le reggae, et le calypso, poussé dans la voisine Trinidad, n’a pas eu une influence aussi fulgurante sur le reste du monde que le rythme et la philosophie musicale fleurie en Jamaïque…
Aujourd’hui, le reggae n’est plus, depuis longtemps, une histoire que l’on délimite avec facilité sur la carte du monde. Cette musique est partout, aussi légitime chantée par le Guinéen Takana Zion, que par les Américains de Groundation. Pour autant, elle n’a évidemment pas déserté le cœur et l’âme des Jamaïcains, des jeunes qui en perpétuent l’esprit ou en affinent la posture contemporaine jusqu’aux anciens qui, comme Larry McDonald, réussissent à en révolutionner le genre. Et le 3 octobre prochain, c'est la sortie internationale du deuxième album "Rappel à l'ordre'' de la star Takana Zion au stade du 28 septembre à Conakry. Interview...
Comment avez-vous choisi votre nom d’artiste ?
Takana Zion: Les gens m’ont surnommé Takana parce qu’à mes débuts, je chantais un titre avec un groupe de rap sénégalais dont le refrain faisait « makatakana ». Il se trouve qu’en Sosso, Takana veut dire « détruire la ville ». Le pseudo Zion (terre promise) est venu plus tard, avec mon amour de Rastafari.
Vous souvenez-vous de votre première rencontre ?
C’était à Paris, mais je connaissais déjà la musique de Winston parce que son clip Mama Africa était diffusé sur une chaîne câblée d’Afrique de l’Ouest. C’est un honneur de travailler avec ce vétéran de la culture Rastafari et du reggae.Les Jamaïcains manifestent leur amour pour l’Afrique, et ça nous a poussés, les jeunes Africains, à nous tourner vers notre propre culture. Les Jamaïcains nous ont même révélé des choses sur nous-mêmes. On est entrés dans cette culture rasta en cherchant à comprendre les paroles de nos grands frères, Marley, Tosh ou McAnuff. Ils nous ont marqués !
Vous avez appris sur l’histoire de l’Afrique en côtoyant Takana ?
En Jamaïque ou en Afrique, le reggae chante notre quotidien, c’est pour cela que les gens se reconnaissent dans nos textes. Je chante la Guinée, un pays francophone au destin singulier en Afrique de l’Ouest, car il a été indépendant tôt, en 1958.
Takana, dans votre dernier album, vous parlez de Sékou Touré, un chef africain au bilan pour le moins contesté ?
Le bien et le mal se promènent ensemble parce qu’ils viennent du même ventre. Je rappelle juste que Sékou Touré avait su dire non à De Gaulle, qu’il a préféré la pauvreté dans la dignité à l’opulence dans l’esclavage. Sékou Touré aimait la Guinée, c’était quelqu’un de bien. Il a été obligé de coopérer avec d’autres, notamment avec les pays communistes, c’est ce qui l’a obligé à tuer beaucoup de gens malheureusement.
En tant que Rastas, nous pensons que Jah fait la justice. Notre travail c’est de combattre le mal sous toutes ses formes, même invisibles, sans indexer qui que ce soit.
En tant que Rastas, comment faites-vous votre éducation ?
Notre duo avec Winston, Jah Kingdom, le dit : nous évoluons dans le même royaume. Toute éducation ne se fait pas à l’école et dans les livres. Certains ont la connaissance, d’autres ont la sagesse. Cheikh Anta Diop (historien et anthropologue sénégalais) a démontré scientifiquement que l’Afrique est le berceau de l’humanité et que le monde moderne doit beaucoup à la civilisation égyptienne ; Marcus Garvey (précurseur américain du pan-africanisme et prophète pour les rastas), qui n’a pas été beaucoup à l’école, a de son côté pu convaincre des masses de descendants d’Africains de regarder vers leurs racines sur le continent.
A quoi ressemblait votre enfance ?
Mon père aussi a eu douze enfants, dont certains sont décédés. Je suis le dernier d’une famille musulmane. Mes ancêtres sont descendants du fameux chef mandingue Soundiata Keïta, et mon père a été deuxième vice-président de l’Assemblée Nationale, et fondateur du PUP, Parti de l’Unité et du Progrès. Ma mère était laborantine, c’est une femme très humble qui nous a enseigné le bien. Entouré de gens qui prônaient le Bien, l’amour et le respect de nos racines, j’ai toujours eu envie de servir Dieu. C’est ce qui m’a poussé vers Rastafari. Mes parents ont vu d’un mauvais œil mon virage rasta, j’ai dû quitter la Guinée pour porter des dreadlocks.
Quel a été votre première expérience musicale ?
J’ai toujours voulu chanter : j’étais animé par le verbe, le rythme et la vie. A l’âge de huit ans, une voiture m’a renversé et m’a blessé grièvement à la main. Ce handicap m’a poussé à me dépasser et à me dire : ce qui ne tue pas rend plus fort. Quand je voyais mes frères manger et que je voulais un petit bout, je chantais des petites chansons, mais j’ai vraiment commencé ma carrière en rappant sur des beats américains. Puis, j’ai eu un rapport magique avec la Jamaïque : j’ai écouté Shabba Ranks, Shaka Demus et Pliers (il chante) et ça m’a plu, parce que je trouvais que ça ressemblait aux chants politiques soussous. Parfois, quand les gars chantent en patois, j’ai l’impression de les comprendre, car dans notre argot, il y a aussi beaucoup d’anglais. On dit par exemple marketi pour marché, jailmani pour prisonnier…
Respectivement, comment vous jugez l’Afrique et la Jamaïque ?
C’est comme si je vivais en Jamaïque, c’est la même énergie, le même climat : un monde tropical où le peuple vit la même souffrance. Partout, les Noirs ont la même sensibilité.Même si j’habitais en Afrique, je serai toujours un ambassadeur, je suis même parfois ambassadeur de la France puisque je travaille pour un label français. Nous faisons des échanges culturels, peut-être plus que toute autre organisation d’échange entre la Jamaïque et la France, mais « A vin de palme point d’enseigne » : les bonnes choses se recommandent d’elles-mêmes et n’ont pas besoin de pub.
Source : Mondomix.com
Africaguinee.com
Découvrez le clip vidéo de Takana Zion dans "Mama Africa", sur Africaguinee.com...
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  Rubrique: Interview  date: 26-Aug-2009 à 13:15:20  Partager:   :  |
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