|
|
| Detail de la News |
Tiken Jah Fakoly:"Le président Dadis doit faire comme ATT et non comme Robert Guei"
[IMG1]Lors de son séjour à Conakry, le reggaeman Tiken Jah Fakoly a renouvelé son amour pour la Guinée qui vit une période de transition avec la junte militaire du capitaine Moussa Dadis Camara.Tiken Jah Fakoly , nous délivre sa vision de la situation politique en Guinée sans oublier l'épineux processus de paix en Côte d'Ivoire...
L’Indépendant : Vous êtes ici à Conakry dans le cadre du spectacle ‘’Un concert, une école’’. Que signifie ce concept ?
Tiken Jah Fakoly :J’ai pris l’initiative de faire des concerts pour pouvoir construire des écoles dans certains pays africains. Cette démarche dénote de notre volonté d’apporter notre contribution au développement du contient africain. Parce que nous pensons que l’éducation est la base de tout développement. Il est important pour nous de faire passer ce message au peuple africain. Les Africains doivent savoir que les pays que nous envions aujourd’hui sont passés par là . N’avons-nous pas aujourd’hui que 50 ans d’indépendance. Ce qui voudrait dire que si nous mettons l’accent sur l’éducation, à mon avis, il n’y a pas de raison que nous ne soyons pas au même niveau qu’eux. L’Afrique a tout. Nous avons les matières premières.
Vous constaterez que les Occidentaux viennent s’approvisionner en matières premières chez nous en Afrique. S’ils en avaient, ils n’allaient jamais sortir pour venir chez nous sur le continent. Ce qui nous reste, c’est de former des cadres, des élites capables de transformer ces matières premières sur place. Il n’y a que l’école qui peut nous apporter cette solution. C’est pourquoi, on a décidé de faire une tournée pour construire des écoles. Voilà à peu près la signification de ce concept : ‘’Un concert, une école’’. Tous les bénéfices qui seront engrangés au cours de ces concerts seront reversés dans la construction ou la réhabilitation d’une école. Si après le concert on s’aperçoit que les bénéficies réalisés ne nous permettent pas de construire une école, nous essayerons de réhabiliter une école. Parce que le but du concert n’est pas de nous faire de l’argent pour nos poches.
Si on voulait gagner de l’argent, on allait laisser un producteur de spectacle nous payer notre cachet. Bien que n’avions pas encore eu de sponsor pour nous accompagner, on a décidé de mettre la main à la poche pour financer nous même cette tournée. C’est cette envie de faire passer le message de l’école, de l’éducation et du savoir qui nous a amenés à nous investir dans ces concerts.
Pourquoi le choix de la Guinée ?
J’ai choisi la Guinée parce que tout simplement j’estime qu’elle est en train aujourd’hui d’écrire une nouvelle page de son histoire. Il est donc important que je vienne apporter ma contribution. Je l’avais fait lorsque je suis venu rencontrer le président au lendemain de sa prise de pouvoir, ainsi que certains jeunes Guinéens. Ce projet est encore la preuve éloquente que je tiens à la promesse que je leur avais faite. Je rappelle que j’ai promis que je resterai aux côtés de la Guinée pendant toute la période de la transition. Je pense que le moment est venu de joindre l’acte à la parole. Je l’ai dit et je suis en train de le concrétiser. Je commence la tournée par la Guinée et je pense que tous les messages partiront d’ici. Si tout se passe bien en Guinée, je garde confiance que tout le reste réussira.
Au lendemain de la prise du pouvoir par la junte vous étiez ici à Conakry pour lui apporter votre soutien. Quatre mois après, quel regard portez-vous sur son bilan ?
Je voudrais tout d’abord préciser que je suis venu pour apporter mon soutien au peuple tout entier de Guinée. Et le président de tous les Guinéens, c’est M. Dadis Camara.
Donc, il fait partie de ce peuple guinéen. C’est pourquoi, il était important pour moi de passer le rencontrer pour lui apporter mes modestes conseils: lui dire de faire comme ATT au lieu de faire comme Guéï. C'est-à -dire rester derrière ses engagements. C’est ce qui le grandira et le fera entrer par la grande porte de l’histoire. Mon soutien s’adresse au peuple guinéen. On ne peut pas apporter son soutien au peuple de Guinée sans passer par le chef qui le dirige. C’est ce que j’ai fait. Je ne le regrette pas. Parce qu’il fallait une rupture pour la Guinée d’avec son passé.
Cette rupture est une évidence aujourd’hui. Je pense que pour le moment dans le camp présidentiel, il n’y a pas eu d’effusion de sang. Il y a eu, certes, des humiliations, des frustrations par rapport à la lutte contre la corruption. Mais nous devons savoir qu’on ne fait jamais d’omelettes sans casser des œufs. Pour que la Guinée réalise cette rupture, il va falloir forcement casser des œufs. Je pense que c’est ce qui arrive. Ceux qui ont détourné de l’argent qui devait revenir au peuple de Guinée doivent répondre de leurs actes d’abord avant de continuer. Aujourd’hui, on ne peut pas forcément parler de bilan. Toutefois, je me dis que ce qui est en train de se passer actuellement en Guinée, doit se passer un peu partout.
Il faut d’abord corriger les tares pour ne pas faire le lit à l’impunité, aux détournements et à la gabegie dont la Guinée a été victime par le passé. Je souhaite que les acteurs politiques et la junte au pouvoir trouvent un consensus pour pouvoir sortir la Guinée de cette situation. Parce que les Guinéens sont fatigués. La Guinée est un pays que la nature a doté de tout. Mais paradoxalement, les populations sont pauvres.
Le 15 avril dernier, à l’occasion de son dernier meeting le chef de la junte a menacé de se présenter aux présidentielles, ‘’si les leaders politiques ne mettent pas de l’eau dans leur vin’’. Comment accueillez-vous ces propos du capitaine Dadis ?
Je pense que le chef de l’Etat est énervé par rapport à ce qu’il a appris. Vrai ou faux, on a dû dire des choses… N’empêche. Je ne pense pas qu’il puisse mettre en œuvre cette menace. Je mets cela au compte de l’énervement. Je ne pense pas qu’il pense ainsi. Parce que le capitaine Dadis que moi j’ai rencontré me paraissait être une personne qui semblait ne pas être intéressée par le pouvoir. J’ose croire comme il le dit être ce patriote qui a envie de balayer la maison comme il faut. Nous avons la preuve à la télé par rapport au ‘’Dadis Show’’.
Si maintenant sous l’effet de l’énervement ou de ce qu’il a appris, il dit des choses… je pense sincèrement que ce que le président a dit il ne le pense pas. Je crois qu’il a dit pour effrayer les leaders politiques. Au motif qu’ils sont en train de lui mettre la pression. Mais puisque les campagnes électorales ne sont pas, pour le moment ouvertes officiellement, on ne saurait se prononcer sur cette question. Je dirais d’attendre l’ouverture des campagnes électorales pour connaître et faire la différence entre ceux qui sont candidats et ceux qui ne le sont pas. Jusqu’à preuve du contraire, je me dis qu’il ne se présentera pas et il n’en a pas cette intention.
Depuis votre arrivée, aviez-vous été reçu par le président Dadis ?
Non pas encore. Je n’ai pas demandé à être reçu.
Avant de partir, projetez-vous une rencontre avec lui ? Si oui, quel pourrait être votre message ?[IMG2]
Comme je le disais tantôt, je n’ai pas encore éprouvé ce besoin. Parce que je suis venu dans le cadre d’un concert, une école. Ce n’est pas une visite auprès du président. Si j’ai l’occasion de le rencontrer, je pense qu’on pourrait discuter de certains sujets.
Notamment la question liée à la déclaration dont vous venez de faire allusion. S’il l’a dit, il doit avoir ses raisons qu’il pourrait partager avec moi.
Parlons de la Côte d’Ivoire. Récemment des délégués des Forces Nouvelles (FN) qui étaient réunis à leur QG à Bouaké, ont réclamé la démission de Guillaume Soro à la tête de la Primature pour ne pas être, disent-ils, coupable de l’échec du processus de paix. Avec cette dernière évolution, n’y a-t-il pas aujourd’hui, à votre avis, des risques de reprise des hostilités entre les belligérants?
Je dirais qu’il y a aujourd’hui un manque de volonté de la part des acteurs politiques ivoiriens d’aller aux élections. Cela fera 10 (dix) ans l’année prochaine que chaque élu de Côte d’Ivoire est dans son fauteuil. Ils y sont tranquilles. Cela est l’expression et la preuve d’un manque de volonté politique de la part de ces acteurs. Concernant le dossier que vous venez d’aborder, je vous avoue que je ne le maîtrise pas. Je n’ai pas suivi ces informations. J’étais préoccupé par les préparatifs, l’organisation de mon concert. Ce que je sais c’est qu’il y a un manque de volonté de ceux qui dirigent la Côte d’Ivoire d’aller aux élections.
A qui imputez-vous spécifiquement ce manque de volonté ?
La première responsabilité incombe au président Gbagbo qui est le président de la République de Côte d’Ivoire. C’est lui le premier responsable. Mais il n’est pas le seul. Aujourd’hui, les partis d’opposition sont au gouvernement. S’ils ne sont pas d’accord, ils peuvent donner leur démission. Le peuple attend qu’ils démissionnent. Mais ils ne démissionnent pas. Ce qui veut dire qu’eux aussi sont à l’aise. A mon avis, la seule victime dans ce jeu, c’est le peuple ivoirien qui se retrouve pris en otage et ne sait pas trop comment en sortir. C’est pour cette raison que je prie pour la Guinée. Il ne faut pas que la Guinée échoue sa transition. Si elle échoue, c’en est terminé et elle entrera dans un engrenage dont elle se tirera difficilement.
C’est pourquoi, je souhaite que le CNDD et les acteurs politiques s’entendent. Qu’ils se retrouvent pour retrouver le chemin de la réconciliation. Seule condition pour pouvoir repartir sur de nouvelles bases. J’espère que la déclaration du président Dadis restera à l’état de menace. Il faut, quoi qu’il arrive, que la Guinée réussisse sa transition. Ce que je dis, je vous assure que je le dis avec le cœur. Cela est très important.
En tant que panafricaniste et leader d’opinion comment réagissez-vous au propos du Président Sarkozy qui a dit lors de son passage à Dakar que l’homme Africain n’est pas rentré dans l’histoire.
Je dirais à Sarkozy de retourner à l’école et d’apprendre ses leçons d’histoire. A nos dirigeants quand à eux, je leur dirais que c’est la preuve qu’ils se sont laissés faire. Parce que nous, nous connaissons l’histoire du général De Gaule, de Louis XIV. Mais les petits Français ignorent l’histoire de Samory Touré, de Soundjata Kéïta. Comment voulez-vous qu’ils sachent que l’Afrique a une histoire. Ils n’en sauront pas. Parce que nous n’avons pas voulu leur apprendre. Je demande à monsieur Sarkozy de revoir ses leçons ou d’aller faire des recherches. Il saura que l’Afrique est un continent qui a une histoire, une civilisation, et que même la démocratie a germé un peu en Afrique au tant de Soundiata Kéïta.
Lorsqu’ils ont écrit la première constitution en 1222 à Kouroukanfouga . S’ils ne le savent pas qu’ils nous demandent on leur donnera ces données de l’histoire de nos grands parents. L’Afrique est un continent qui mérite respect et considération pour avoir connu les affres de l’esclavage durant 400 ans. C'est-à -dire que pendant ces 400 ans, nos parents courraient pour se cacher afin d’échapper au trafic des négriers. Après cette situation, ils ont créé la colonisation. Pendant des décennies, nous avions été sous le joug des colons blanc. Malgré tout ce qu’ils nous ont fait subir, on accueille avec un sourire les mêmes blancs chez nous. Je trouve cela extraordinaire. Donc, nous méritons respect et considération de leur part. Mais ce respect, c’est seulement nous-mêmes qui pouvons nous le donner. En nous faisant respecter par le autres. Ce Sarko ne connaît rien de l’histoire de l’Afrique. Et quand on ne sait pas qu’on ne connaît rien, on ferme sa gueule.
Comment réagissez-vous à l’élection d’un Noir, d’origine Kényane en l’occurrence Barak Hussein Obama à la tête de l’Etat le plus puissant du monde ?
Cela est l’aboutissement des combats de Martin Lutter King, de Marcus Garvey, de tout ceux qui ont lutté pour le droit civique aux Etats-Unis. C’est aussi la preuve que si nous voulons, nous pouvons. Si les Africains veulent, ils peuvent changer l’Afrique. J’en suis très heureux. Je pense que les Etats-Unis ont donné une leçon historique au monde entier. Au moment où nous, nous faisons la guerre en Côte d’Ivoire, parce qu’il y a un Ivoirien qui est soupçonné de n’être pas un ivoirien, les Américains vont voter pour un Noir pour être à la magistrature suprême de leur pays. Ça veut dire que les Africains cautionnent la médiocrité. Comme le monde entier, je salue positivement ce haut fait historique sans précédent. Cette élection a permis de rehausser l’image de l’homme noir.
En dépit de votre bonne foi que vous ne cessez de montrer dans chacune de vos interviews, il reste entendu que vos relations avec Alpha Blondy sont tendues. Expliquez nous l’origine de vos différends. Qu’est-ce qui vous opposez concrètement ?
Non, ce sont des divergences d’opinion sur certains sujets. Le grand frère dit ou pense quelque chose, le petit frère le contraire… Même dans nos familles, nos grands frères ou grandes sœurs n’acceptent pas qu’on les contredise en tenant certaines vérités. Je crois que c’est cela. Entre Alpha Blondy et moi, il n’y a aucun problème. J’ai du respect pour lui. Je pense qu’il est le précurseur du reggae sur le continent. Si nous, nous chantons aujourd’hui, c’est parce que lui, il a balisé la voie. Il n’y a aucun problème entre nous. Le jour qu’on croisera, on essayera de taire tous les ‘’ont dit’’.
Quel est le rapport entre Tiken et les artistes reggaemen guinéens ?
J’ai personnellement de bons rapports avec tous les musiciens guinéens. Notamment Elie Kamano, Takana, Abdoul Jabbar… Tout va bien entre nous. Ils me considèrent comme leur grand frère et à mon tour je les considère comme des jeunes frères. Je leur apporte des conseils et souvent je les aide, si j’ai la possibilité.
Que direz-vous de Takan Zion avec lequel on dit que vous êtes en brouille ?
Non, non, nous ne sommes pas en brouille. Il n’y a aucun problème entre Takan Zion et moi. Takana est mon petit. Il a été chez moi à la maison pendant 2 ans. Après il est parti travailler avec quelqu’un d’autre. Je voulais l’aider et il a trouvé quelqu’un d’autre qui le fait à ma place, je ne peux que m’en réjouir.
Quels sont, pour cette année 2009, les projets de Tiken ?
Mes projets pour cette année, ce serait des concerts un peu partout dans le monde. Nous ferons des concerts en Afrique pour construire des écoles. Puisque je mange, je dois entre temps faire des concerts à but non humanitaire donc lucratifs.
Propos recueillis par :
Amara Moro Camara
Source:L'indépendant |
  Rubrique: Interview  date: 25-Apr-2009 à 17:10:38  Partager:   :  |
|
|
|
|