[IMG1] Du bras de fer qui les oppose au régime Conté,les syndicalistes guinéens ont prouvé une nouvelle fois leur détermination à défendre les intérêts du peuple de Guinée.Auréolés de cette mission de "défenseurs du peuple",les leaders syndicaux ont réussi à supplanter une opposition réputée partisane et divisée sur le terrain de la revendication politique.
D'abord silencieux, les partis d'opposition se sont progressivement ralliés au mouvement syndical tout en demeurant dans l'ombre. Une attitude qui les a d'emblée exclus des négociations avec les autorités.Selon Gilles Yabi, spécialiste de la Guinée à l'organisation International Crisis Group (ICG),trois raisons principales expliquent la discrétion des partis d'opposition en Guinée .D'abord,"Ils ne voulaient pas se mettre en avant pour éviter que la contestation soit interprétée comme étant téléguidée par l'opposition", elle-même divisée, souvent sur des lignes de partage ethniques, affirme-t-il.
En second lieu, poursuit M. Yabi, leur attitude s'explique aussi par "la nature du régime, qui sait identifier les menaces et emprisonner au besoin les opposants politiques, dont la plupart ont déjà connu les geôles guinéennes". Enfin, la crise politique est due à l'origine à une contestation purement sociale, souligne l'expert d'ICG, qui note que "le besoin de changement économique implique en Guinée un changement à la tête d'un pouvoir régulièrement accusé de mauvaise gestion".
Pour les leaders syndicaux il est impossible de distinguer les revendications politiques et les exigences salariales des travailleurs.A ce propos,le porte-parole de l'Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG) ,Ousmane Souaré a déclaré:"La mal gouvernance se répercute au niveau social, c'est pourquoi nous avons eu des revendications politiques.C'est pour éviter l'amalgame que nous avons refusé d'être associés aux politiques".
Fort de son expérience sur l'arène politique,l'opposition guinéenne mise sur la prudence.Selon Bâ Mamadou de l'Union des Forces Démocratiques de Guinée(UFDG)et porte-parole de 14 partis d'oppostion,la bataille est loin d'être finie vue l'entêtement du président Conté à conserver les miettes de son pouvoir de plus en plus contesté.M.Bâ a rappelé l'inexpérience des syndicats sur le terrain politique:"il y a un paradoxe car les syndicats ont des revendications politiques sans véritable expérience en la matière, contrairement à nous".Mais "le principal problème, c'est qu'il y a des divisions entre nous", explique-t-il.
Si les formations d'opposition ont soigneusement évité les projecteurs, plusieurs observateurs et acteurs confirment qu'elles ont été parmi les plus promptes à mobiliser leurs partisans.Selon Ben Sékou Sylla, président du Conseil national des organisations de la société civile de Guinée, "les partis, plus légitimes mais moins crédibles que les syndicats, n'ont pas été absents car ils ont activement soutenu l'action des syndicats". Cependant, cette discrétion pourrait, selon lui, faire de ces partis des "perdants, en cas de recomposition politique dans les un ou deux ans".
En attendant, les "héros" syndicaux Ibrahima Fofana et Rabiatou Sérah Diallo occupent le haut de l'affiche, collectionnent les apparitions à la télévision d'Etat et suscitent les vivats de la population à leur passage, alors que leurs confédérations comptent à peine quelques dizaines de milliers d'adhérents.
Dans cette lutte d'influence entre syndicats et leaders d'opposition,le grand gagnant c'est le peuple de Guinée qui aspire enfin à un changement.Un changement mérité qui s'annonce imminent au prix du sang et de la sueur du peuple de Guinée.
Mamadou Kaba Souaré
Directeur de Publication
d'Africaguinee.com |
  Rubrique: Coup de gueule  date: 26-Feb-2007 à 13:11:34  Partager:   :  |