[IMG1]Avec l'arrivée au pouvoir de la junte militaire du capitaine Moussa Dadis Camara, l'ancienne ministre ,Hadja Saran Daraba plaide pour une transition apaisée dans le respect de la démocratie en Guinée.Dans cet entretien, la représentante du Conseil national des organisations de la Société civile, salue les actions du CNDD tout en l'invitant à restaurer la démocratie en Guinée...
Le Démocrate : Comment avez-vous accueilli la levée de la suspension des activités politiques et syndicales ?
Hadja Saran Daraba : J’ai accueilli cette décision avec assez de joie. Parce que c’est là , la réponse à la requête formulée par les forces vives de la nation. Nous avons pensé que cette levée de suspension est un préalable à la continuation des activités des forces vives pour accompagner la transition. Donc, cette levée des sanctions permettra aux forces vives de mieux travailler avec le CNDD pour sortir de la transition et aller vers un ordre constitutionnel.
Quelle lecture faites-vous du chronogramme dévoilé par le président Dadis lors de sa rencontre avec le Groupe de Contact international ?
Je ne pense pas que le président du CNDD ait présenté un chronogramme. Il a plutôt présenté un plan de travail. Son plan de travail comprenait les différentes séquences. Il a pensé que ces séquences sont nécessaires dans la mise en œuvre de la transition. Il a demandé dans sa déclaration aux forces vives de travailler sur ce contenu et de faire en sorte des propositions concrètes puissent être obtenues pour une sortie de crise. Et depuis le 16 février, les forces vives sont en train de travailler là -dessus. Nous sommes en train de travailler par institution, ensuite dans le grand groupe, par commission ad hoc, nous travaillons pour que dans un bref délai nous puissions proposer un véritable chronogramme à présenter au CNDD.
Quelle sera dorénavant la préoccupation majeure des forces vives ?
Je pense que la levée de la suspension des activités politiques et syndicales est interprétée par moi comme un acte de confiance aux partis politiques et aux syndicats. Nous avions assuré le CNDD que les risques de violences qui avaient été pris comme prétexte pour interdire nos activités n’était pas justifiés. Par ce qu’il y a non seulement une charte des partis politiques dans ce pays, mais il y a également un Code de bonne conduite ratifié par une quarantaine de partis politiques. Et qui fixe les grandes lignes des modes opérationnels des activités politiques dans le pays.
Aujourd’hui, après cet acte posé par le CNDD, il appartiendra aux partis et aux syndicats avec l’appui de la Société civile, des organisations socio professionnelles de veiller à ce que ces activités se déroulent dans la paix. Sans la paix, il n’y aura pas un climat propice à la paix. Nous pensons aujourd’hui que nous devons nous donner la main pour informer,sensibiliser, éduquer les citoyens sur leurs responsabilités et leurs droits dans une sortie paisible de crise.
En poussant la junte militaire vers la sortie en fin 2009, la lutte contre les narco trafiquants et la corruption ne pourrait-elle pas en souffrir?
Vous savez, la lutte contre la corruption a été engagée de manière très rapide par le Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD). Je récuse l’expression pousser la junte vers la sortie, par ce que ce n’est pas notre intention.
Notre combat consiste à un retour vers l’ordre constitutionnel. Ce que nous voulons est un jeu démocratique où chacun va se sentir à l’aise pour exercer sa citoyenneté d’une manière positive. Un régime militaire est toujours un régime et il crée une situation d’exception. Je pense donc qu’il est important que tous les acteurs de la vie politique, économique et sociale se donnent la main pour que la transition se fasse de manière à garantir le processus démocratique post-transition. Nous avons répété à tout le monde notre détermination à ne pas avoir une transition bâclée.
C’est pourquoi, le Conseil national des organisations de la Société civile s’est mis du côté du CNDD pour faire un plaidoyer auprès des partenaires au développement et des organisations africaines pour éviter la sanction à la Guinée. Par ce que nous venons de très loin. Ces cinq dernières années ont été entachées de beaucoup d’irrégularités, de violations voire de crimes. Je vous rappelle qu’on a tué plusieurs centaines de personnes lors des évènements de janvier et février 2007. Tout le monde a vu un peu la descente aux enfers des jeunes gens. Je pense que la Communauté internationale n’a pas su réagir de manière à prévenir la prise du pouvoir par l’armée. Il y a eu une lente déliquescence des structures de l’Etat guinéen suite au délabrement de l’état de santé du président Conté.
La question aujourd’hui est de se demander comment se tenir et comment gérer cette Guinée et aussi comment créer les conditions d’un véritable jeu démocratique.
Cela nécessite une réflexion participative et inclusive des différentes composantes de la société. Il faut une prise de conscience réelle, nous ne pouvons pas continuer à jouer à une démocratie fragile. Tout cela nécessite une réforme profonde,
institutionnelle, structurelle. Ça nécessite aussi un changement de comportement vers la chose publique en ayant en tête qu’on ne peut pas avoir toute la vérité, mais une partie de la vérité. Cet exercice avait quelque peu été oublié par les Guinéens. Je pense que nous sommes interpellés, en tout cas, ceux de ma génération envers les plus jeunes, d’assumer nos responsabilités et permettre à la jeune génération de jouer le véritable rôle de relève. On a aujourd’hui une population qui a assez de moins de trente ans. Je crois que les principaux acteurs doivent prendre conscience.
Avez-vous un commentaire sur l’interpellation de certains présumés narco trafiquants qui ont été interrogés par le président Dadis ?
Interpeller les narco trafiquants est une bonne chose mais la manière dont c’est fait en est une autre. Je pense que nous sommes sous un régime d’exception. Il y a des choses qui peuvent être faites sous un régime d’exception qu’un gouvernement civil ne pourrait se permettre de faire. Au risque d’avoir la désapprobation de ceux qui sont les défenseurs des droits de l’homme. Il y avait un laisser-aller qui faisait de notre pays la plaque tournante de la drogue. La forme est sûrement à revoir ou à améliorer. Mais le fond est essentiel pour que l’on continue à assainir. Si la Guinée devient un narco Etat aucun gouvernement quelles que soient les méthodes de sa mise en place ne pourra vaincre les narcotrafiquants.
Propos recueillis par Aly Badara Condé
Source:Le Démocrate
|
  Rubrique: Interview  date: 11-Mar-2009 à 16:01:03  Partager:   :  |