[IMG1]Une foule nombreuse, mais sans aucun chef d'Etat étranger, a assisté mardi aux funérailles nationales du général Joao Bernardo Vieira qui avait dirigé la Guinée-Bissau durant 23 années en prenant appui sur l'armée, avant d'être assassiné par des militaires.
Des milliers de Bissau-Guinéens ont accompagné son cercueil du siège de l'Assemblée nationale jusqu'au cimetière municipal, ont constaté des journalistes de l'AFP.
L'équipe nationale de football faisait symboliquement corps autour de l'ambulance emportant le chef de l'Etat, au pouvoir de 1980 à 1999 puis de 2005 à 2009.
La Guinée-Bissau avait appris, le 2 mars au matin, le double assassinat de son président - sauvagement battu et tué dans la nuit par des militaires à son domicile mal gardé - et du chef d'état-major des armées, le général Batista Tagmé Na Waié, mort quelques heures avant lui dans un attentat à la bombe.
Pour assister à la mise en terre du général Vieira, à quelques dizaines de mètres seulement du général Na Waié, une foule dense s'est pressée au cimetière catholique.
Auparavant, dans l'hémicycle de l'Assemblée, une voix avait résonné clairement: "Nous vous le demandons puisqu'il est mort: arrêtons de nous entretuer une fois pour toutes!" a lancé Elisa, l'un des nombreux enfants du président, arrivés de l'étranger.
Retenant des sanglots, le président par intérim Raimundo Pereira, chargé d'organiser un scrutin dans les 60 jours, a évoqué "la viabilisation de la prochaine élection présidentielle dans les délais" comme "l'un des plus grands défis" à relever.
L'éloge funèbre a décrit Vieira en "guérillero charismatique et mythique" de la lutte contre les colons portugais en Guinée-Bissau "dont l'indépendance avait été proclamée par sa propre voix" en 1973 (mais reconnue en 1974).
Egalement mis à son crédit, "le passage d'un système de parti unique au multipartisme" (1991) et la "libéralisation" de l'économie.
Dans la capitale quasiment privée d'eau courante et d'électricité, une ancienne combattante a certes mentionné "la situation d'extrême pauvreté à laquelle le pays fait face".[IMG2]
Mais nulle mention n'a été faite de la répression des coups d'Etat présumés, exécutions et liquidations ayant rythmé le "règne" autoritaire du président et celui du parti unique puis hégémonique PAIGC (Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert), selon des organisations de défense des droits de l'Homme.
"Le président a été la victime du système qu'il avait lui-même érigé, un système de clientélisme et d'instrumentalisation de la force militaire, qui s'est retourné contre lui", confiait la veille un intellectuel, anonymement.
Les officiers de l'état-major ayant formé un comité militaire après la mort de leur chef, n'ont pas assisté aux obsèques, selon des journalistes locaux.
La commission d'enquête (civile et militaire) créée pour élucider le double assassinat n'avait pas encore commencé à travailler mardi.
Une première thèse postulait que les deux généraux, nourrissant une profonde défiance réciproque, se seraient entretués par clans interposés.
Puis a été mise en avant la piste d'un attentat mené par des narcotrafiquants, pour se débarrasser de Na Waié qui aurait fait obstacle au trafic de cocaïne dans l'armée.
D'autres suivent une "piste politique", en se demandant à qui profite le vide laissé par les deux hommes forts du pays.
Le Premier ministre Carlos Gomes Junior, nommé en décembre par le président Vieira en dépit de leur inimitié, ne s'est pas exprimé mardi.
Source:AFP |
  Rubrique: News Afrique  date: 11-Mar-2009 à 01:03:59  Partager:   :  |