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Apkass, artiste franco-congolais:"Pour moi chaque africain qui se noie dans la méditerranée est tué
[IMG1]A l'occasion de l'ouverture de la première université populaire africaine de Suisse, nous avons rencontré un jeune artiste franco-congolais, Apkass.A la fois poète et chanteur, il nous parle de son album "En marchant vers le soleil" et de sa vision sur l'immigration qui touche la jeunesse africaine.C'était le 22 février dernier à Genève...
Africaguinee.com : Bonjour Monsieur Apkass. Vous venez de participer aux ateliers de l’université populaire africaine de Suisse. Quels sont vos sentiments à l’issu de ces travaux ?
[BApkass : Bonjour. Déjà c’est une grande joie pour moi d’arriver ici ;de voir tout cet enthousiasme, de voir tous ces compatriotes engagés dans une démarche très constructive de recherche de solutions à apporter aux maux du continent.Ça c’est une première !Et l’atelier lui-même auquel je viens de participer, c’est quelque chose de ludique, on y fait des exercices d’écriture. C’est vraiment bien.
Vous venez de sortir un album qui s’intitule en marchant vers le soleil .Pouvez-vous nous dire quelques mots sur cet album ?
Bien sûr ! En marchant vers le soleil, c’est un album de 14 titres qui est sorti le 13 octobre dernier. C’est un album qui fait le lien entre le hip-hop, la soul, le jazz et les sonorités africaines comme le Ngoni, la Cora, les percussions, le rap et la poésie déclamée.Le titre c'est en marchant vers le soleil, parce que c’est une métaphore. Pour moi le soleil symbolise non pas l’indépendance, mais la souveraineté des pays africains. Par exemple mon pays, la République démocratique du Congo qui est indépendante depuis 1960, n’a toujours pas sa souveraineté dans ses choix politiques et économiques !Donc le soleil est perpétuel, on n’arrête pas de marcher vers ce soleil là qui signifie la véritable liberté et non la liberté encadrée par la coopération financière internationale.
En écoutant cet album, on ressent un certain engagement politique à travers vos chansons. Est-ce que vous abordez d’autres thèmes dans cet album ?
Oui bien sûr ! Je parle aussi d’amour, de la femme noire. L’album je l’ai conçu autour de deux titres :Afrique Mbiakito. Parce que pour moi la femme, c’est la matrice de la création. C’est à partir de la femme que la vie naît. Donc je rends hommage aussi à la terre et à la femme noire, notamment l’amour pour la femme africaine.
Qu’est ce qui vous a engagé dans la musique ?
C’est un mode d’expression qui m’est très cher. Donc c’est très difficile pour moi d’expliquer comment je suis arrivé à faire de la musique. Mais c’est une sensibilité qui m’a toujours touchée et avec le temps, j’ai simplement affiné, travaillé pour arriver à cette forme d’album que je viens de produire.
Je fais parti aussi d’un collectif qui s’appelle « Chants d’encre ».L’autre facette de mon travail à part l’album, c’est également la poésie avec quatre autres membres qui ont des démarches similaires à la mienne. Donc « Chants d’encre » c’est aussi Gael Faye, Nathalie, Edgar et Négus. Donc nous sommes cinq à aborder toutes les thématiques de mon album.
En tant que jeune artiste franco congolais, comment vivez-vous les nouvelles politiques européennes en matière d’immigration notamment en France ?
Je le vis comme une vraie déchirure, une blessure ! Une forme d’humiliation. C’est à dire que l’Union Européenne joue un double jeu dans la mesure où elle crée les conditions pour que cette immigration là puisse avoir lieu et de l’autre elle fait tout pour que cette immigration là soit stigmatisée et renvoyée. En deux mots, l’Union Européenne, à travers ses accords de partenariat économique fait en sorte que les frontières soient complètement ouvertes(Ndlr :en Afrique), et mettre en concurrence des modes économiques qui sont complètement disproportionnées, écraser les économies africaines, pousser les paysans à quitter les campagnes pour venir dans les bidons villes. Les plus jeunes sont obligés de partir de l’autre côté de la mer .En même temps, l’Europe fait tout pour empêcher ces populations de trouver des moyens de subsistance en Europe. Donc, on exploite les gens et on les enferme dans ce cercle vicieux. C’est purement scandaleux, purement inhumain comme pratique ! Et c’est ce lien là , entre causes et conséquences de l’immigration qui n’est jamais fait dans les médias .Et si on parle d’immigration, moi je préfère parler d’émigration, des soucis africains et des causes qui amènent ces jeunes à partir. Et très souvent les causes de ces départs sont intimement liées aux politiques européennes. D’un côté on crée les conditions pour le départ, de l’autre on empêche l’arrivée. Pour moi chaque africain qui se noie dans la méditerranée est tué par les politiques européennes.[IMG2]
Avez-vous un message pour les jeunes africains qui souhaitent venir en Europe ?
Le seul message que je peux dire, c’est de se préparer !Je ne peux pas dire « Ne venez pas ».Mais il faut qu’ils prennent conscience du danger. Je ne dirai pas à quelqu’un de prendre une barque pour venir, car je sais qu’il risque 9 fois sur 10 de se noyer et c’est scandaleux ! Que des hommes et des femmes soient obligés de risquer leur vie pour vivre au 21ème siècle, c’est scandaleux !Donc, le message c’est oui, vous pouvez venir, mais essayons aussi de voir dans quelle mesure on peut s’approprier l’espace public dans nos pays. Parce que l’Europe s’est créée avec le temps, donc nous aussi à travers l’unité, des pensées politiques, nous devons nous tourner vers nous même et essayer de nous reconstituer sur le plan culturel, économique. Il faut qu’on arrête par exemple, d’instrumentaliser les ethnies qui nous empêchent d’avancer. Il faut voir en l’autre quelqu’un avec qui j’ai intérêt à construire quelque chose plutôt qu’un ennemi qui m’empêche de manger. Pour la jeunesse africaine, c’est important qu’on s’unisse pour créer nous même les conditions de développement. Le peu dont on dispose, on peut l’utiliser à bon escient et se nourrir d’exemple comme Thomas Sankara. Cet homme d’une trentaine d’année qui a pris le pouvoir au Burkina Faso et créer des conditions pour que son pays décolle. Malheureusement, l’espoir a été tué dans l’œuf, mais c’est une voie qu’il a tracé et c’est à la jeunesse de la suivre.
Après les travaux de la première université populaire africaine en Suisse, quel message adressez-vous à ceux qui s’intéressent à la culture africaine en Europe ?
L’intérêt pour la culture africaine permet de changer le regard qu’on a de l’africain en Europe qui est toujours stigmatisé et qui est réduit à la figure du travailleur immigré qui prend des métiers subalternes que les autochtones ici ne veulent plus prendre. C’est donc quelque part , dégradant, et on a un regard très raciste avec l’imaginaire colonial. Moi je parle de la France où je vis, l’image de l’Afrique est toujours liée à l’image de la colonisation qui a toujours perdurée. Donc s’intéresser à la culture africaine, c’est s’intéresser à une culture qui n’a rien à voir,à envier à la culture européenne ;elle dont complémentaire mais pas inférieure à celle de l’Europe.Ca permet donc de voir l’Africain comme un être à part entière et non pas comme un objet qu’on peut manipuler. J’ai beaucoup apprécié la présence des africains à cette université et c’est bien qu’on s’implique davantage pour notre culture.
Interview réalisée par Mamadou Kaba Souaré
en collaboration avec Abdoul Ghoudoussi Baldé
Depuis Genève
Pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Interview  date: 07-Mar-2009 à 12:19:26  Partager:   :  |
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