[IMG1]La porte-parole de l'intercentrale syndicale,Hadja Rabiatou Sérah Diallo a vivement condamné la descente du capitaine Moussa Tiegbéro Camara et ses hommes à son domicile le week-end dernier à Boffa.Elle estime qu'il s'agit d'"un acte d'intimidation "et promet de ne pas céder face à ce qu'elle qualifie de "manipulation".Entretien!
La Lance:La semaine dernière, des militaires armés ont envahi votre domicile à Boffa.Quand est-il exactement?
Hadja Rabiatou Serah Diallo: Lundi 2 mars, j'étais en réunion avec les forces vives de la nation au Palais du Peuple, quand on m'a appelé pour me dire qu'un bataillon de militaires armés jusqu'aux dents conduit par le Capitaine Tiegboro Camara, le Secrétaire d'Etat chargé de la lutte contre le grand banditisme et du trafic de drogue a débarqué dans ma concession à Boffa.
J'ai cru qu'il s'agissait d'une cérémonie que les Autorités de Boffa organisent chez moi comme ils ont l'habitude , mais on m'a vite dit qu'ils sont venus à la recherche d'une dame qui aurait dormi chez moi à Boffa et qu'il y est caché une voiture. Comment une femme peut entrer avec un véhicule dans ma cour alors que mon neveu qui réside là -bas est à Fria depuis mercredi pour le mariage de mon fils ? Quand ils ont insisté, mon neveu a ouvert la maison. Ils ont fouillé partout. Ils ont menotté mon neveu, ils sont partis à la gendarmerie de Boffa. De là , ils l'ont embarqué pour le Camp Alpha Yaya Diallo. En cours de route, on l'a débarqué pour le rembarquer dans le véhicule du Préfet, le remmener à Boffa, le libérer. Avant de le libérer, le Capitaine Tiegboro lui a laissé sa carte de visite. Sans dire ce qu'on lui reproche, pourquoi ils ont perquisitionné la maison? J'ai trouvé cela bizarre.
Que pensez-vous de cette perquisition?
On cherche à m'abattre, à me salir. Je fais partie des personnes qui aiment dire ce qu'elles pensent, je ne suis pas manipulable. Le vendredi (27 février NDLR), j'étais à Fria, j'ai reçu un coup de fil d'un inconnu qui m'a dit qu'il vient d'être affecté à Boffa, qu'il souhaiterait que je lui donne une chambre chez moi là -bas. Je lui ai dit que je ne peux pas le loger parce que c'est la maison de ma belle famille. Comment je peux me permettre de loger quelqu'un qui m'appelle au téléphone ? Je ne sais pas qui il est, d'où il vient, il me demande un service, j'accepte, je ne connais pas sa moralité. J'ai dit non. Si on est venu perquisitionner juste âpres ce coup de fil, je suis tentée de croire que c'est un complot ourdi contre moi, que cette personne a été dépêchée pour demander un accueil chez moi afin de déposer des objets compromettants. Heureusement, je n'ai pas accepté. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi le Secrétaire d'Etat chargé du grand banditisme et la lutte contre la drogue, le préfet de Boffa se déplace de Conakry pour aller fouiller ma concession. Je ne comprends pas non plus quand ils disent qu'un certain Melville les a informés qu'il y a un véhicule et une femme qui ont dormi dans ma maison de Boffa la nuit du samedi à dimanche. Ce jeune Melville est connu à Boffa. C'est un détraqué mental. Depuis 2003, je suis en train de lutter contre le trafic de drogue. C'est nous syndicalistes qui avons signalé les avions des narcotrafiquants en Guinée. Nous avons dénoncé le trafic de la drogue parce que cela joue sur la jeunesse. Nous ne pouvons pas être à l'avant-garde de cette lutte et nous prêter à ce jeu là .
Vous avez du mal à vous contenir...
Je ne peux pas accepter cela. Je dis que c'est parce que je dénonce qu'on veut me salir. A supposer même que je sois coupable, ce n'est pas une raison de débarquer un contingent de militaires armés jusqu'aux dents chez moi, à des heures indues. J'ai profité de la rencontre du Palais du Peuple pour dire au Capitaine Moussa Dadis Camara que la classe ouvrière n'a rien contre lui et le CNDD. Je lui ai dit d'écouter ceux qui lui disent la vérité.
Aviez-vous reçu un appel du capitaine Tiégboro après la perquisition?
Non ! Il ne m'a pas appelé. Quand on lui a dit qu'il s'agissait de moi, il aurait répondu "je m'en fous d'elle". Et quand on lui a précisé que c'est une syndicaliste, il a rétorqué" on s'en fout du syndicat". Je n'ai pas cherché non plus à l'appeler parce que personne ne peut effrayer un guinéen aujourd'hui. Je ne me reproche de rien. Aujourd'hui, si un de mes enfants est pris dans l'histoire de la drogue, je me rangerai du côté du peuple pour le punir. J'avais décidé de me rendre au Camp Alpha Yaya pour me constituer prisonnière comme ils n'ont pas eu le courage de venir me faire arrêter. Mes collègues députés m'ont dit: ''Tu ne dois pas évoluer isolément. Nous sommes tous concernés par ce qui t'arrive.''
Qui en veut à Rabiatou Serah Diallo?
Non, je ne sais pas. Je n'en fais pas un problème. De toute façon, la vérité jaillira. En Guinée, on n'aime pas quelqu'un qui dit la vérité. Récemment, à la radio, un imam aurait dit que je dois retirer mon dé du jeu des Forces Vives de la nation, de ne pas accepter d'être porte-parole des Forces Vives parce qu'on me respecte. Et eux sont derrière le CNDD. Ca ne marche plus, je ne marche pas!
Propos recueillis par Abou Bakr
La Lance N*631 du 4 mars 2009
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  Rubrique: Interview  date: 06-Mar-2009 à 09:36:37  Partager:   :  |