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Capitaine Moussa Dadis Camara:"On ne prend pas le pouvoir par hasard"
[IMG1]Inconnu il y a quelques mois en Guinée, le capitaine Moussa Dadis Camara est devenu omniprésent sur la scène politique guinéenne,depuis le 23 décembre dernier.Franc et direct,le chef de la junte nous parle dans cet entretien, de ses ambitions et nous livre quelques secrets sur sa vie privée.Exclusif!
IAM : Monsieur le président on voudrait avoir une idée de votre parcours...
Capitaine Moussa Dadis Camara : J’ai un parcours simple, j’ai évolué avec un père digne et une mère digne qui ont fait des sacrifices pour moi. Mon père a beaucoup œuvré pour mon éducation, j’ai beaucoup de respect pour lui, car c’était un monsieur sévère très rigoureux, généreux et sincère. Il a beaucoup œuvré pour ce pays, car à leur époque, on avait plus besoin des hommes qui avaient de l’admiration de leur préfecture et de leur région. Je suis un homme du bas peuple parce que je suis né dans une famille pauvre, mais je côtoyais déjà les enfants des ministres, mais cela ne m’empêchait pas d’aller à l’école à pieds et à 12 heures je me rendais au marché pour vendre la kola. Puisque mon père était un homme de la forêt, il m’a inculqué des valeurs morales, des conseils qui permettent d’avoir l’ascendance sur les gens. Après l’école primaire, le Lycée je me suis inscrit à l’université. Je dois vous avouer qu’après ma formation universitaire je n’avais jamais pensé à faire l’armée. Avec mes camarades, on voulait être gouverneur de la banque centrale, directeur général, etc.… mais c’est le destin qui a voulu que je sois dans l’armée à travers un recrutement décidé par feu le général LANSANA CONTE en 1990 j’ai abandonné mon petit confort matériel pour me consacrer au métier des armes où j’ai reçu une formation morale solide de la part du colonel Baldé qui nous a appris la rigueur et qui a tué notre esprit universitaire. Ma mère qui vit avec moi, m’a aussi beaucoup encouragée dans ma formation ainsi je me suis présenté au concours pour la France à l’école militaire de Saint Cyr où j’étais pré sélectionné en même temps j’ai eu une autre opportunité de formation militaire en Allemagne et c’est celle là que j’ai fini par choisir.
Parlez nous à présent de vos débuts véritables au sein de l’armée, comment avez-vous évolué ?
Je dois d’abord vous dire que je n’ai jamais eu des ambitions de pouvoir, le pouvoir est venu tout seul grâce à Dieu, je me suis illustré au sein de l’armée par mon courage, ma rigueur, mon honneur, mon respect envers la hiérarchie militaire et surtout mon amour pour le travail. Je n’ai jamais désiré ou réclamé des postes comme certains, parfois j’ai même dû refuser certaines propositions de nominations. Néanmoins, au regard du travail que j’ai abattu dans l’armée j’ai été affecté en Sierra Léone comme intendant adjoint j’ai également été affecté aux hydrocarbures. Mais moi je pensais toujours à la troupe, mais tout ce que je gagnais grâce à mes fonctions je le partageais, j’ai fait la formation des parachutistes des commandos en Allemagne et le cours de capitainerie. Je dois dire que ma formation n’a pas plu à certains hauts cadres de l’armée Guinéenne qui m’accusaient constamment de comploteur. J’ai même été incarcéré pendant 3 semaines et la hiérarchie de l’époque a voulu me radier de l’armée ou me muter à l’intérieur, ils ont même voulu monter mes amis de l’armée contre moi. Malgré tous ces complots, j’ai gardé mon sang froid, j’ai continué à faire mon travail.
Il se dit que vous aurez joué un rôle déterminant lors des grèves qui ont secoué les casernes et le pays à partir de 2007 ?
Effectivement, l’armée Guinéenne était de plus en plus affaiblie les généraux n’avaient plus le contrôle de la situation dans les casernes où les troupes étaient en grogne pour l’amélioration des conditions de vie, l’augmentation de leur solde et les avancées en grade. C’est ainsi qu’on fait appel à moi en 2007 pour aller au camp Alpha YAYA calmer les hommes. Je m’y suis rendu, j’ai parlé aux troupes et quand je suis rentré au camp SAMORY, on m’a nommé chef des opérations diurnes et nocturnes de la patrouille. J’avais de plus en plus de l’estime auprès de troupes au point où certains membres de la présidence, de la garde rapprochée du chef de l’État m’ont attaqué parfois devant le chef de l’état lui-même, on m’a isolé, je vivais dans le collimateur de certains généraux qui voulait même m’éliminer comme le Général Diarra, mais à chaque fois qu’il y avait un soulèvement au camp Alpha YAYA, c’est à moi qu’on faisait appel pour aller calmer la troupe. Surtout le troisième événement du camp Alpha YAYA qui a connu une tension délicate, le chef d’état major général des armées m’a appelé la nuit, m’a signé un ordre de mission pour aller rapidement calmer la situation. Le lendemain, je suis d’abord allé consulter mes amis, puis j’ai tenu à rencontrer le chef de l’Etat pour l’informer parce que je voulais qu’il soit au courant surtout au cas où quelque chose m’arriverait grâce au conseil de mes amis qui m’ont encouragé et à Dieu, j’ai pris mon véhicule et je me suis rendu directement au camp Alpha YAYA où les soldats réclamaient 5 mois d’arriérés de salaires et étaient près à tout. Je l’ai senti, car ils étaient près à marcher vers le camp SAMORY où se trouvait le chef de l’Etat. Je leur ai demandé de ne pas faire des bêtises car on risquait de faire face un carnage, un bain de sang. Une fois je leur ai même dit de me tuer, mais de ne pas faire une erreur monumentale pour leur carrière pour leur vie et pour leur peuple. Quand le chef de l’Etat a demandé à rencontrer la troupe au palais, les soldats étaient tous là avec des généraux de la garde rapprochée que le président n’appréciait même plus tellement. J’avais alors attiré l’attention du chef de l’Etat qu’il y avait bel et bien eu l’intention du coup d’état, à son niveau, à l’extérieur et au sien de l’armée. Le président nous a écouté et puis a fait son discours pendant 2 heures de temps, si j’avais eu l’intention de prendre le pouvoir je l’aurais fait, mais tel n’a jamais été mon intention car si je prenais le pouvoir dans le sang je n’allais plus avoir l’honneur, le courage de parler devant le peuple de Guinée. Vous devez le savoir aujourd’hui, je n’ai pas accédé au pouvoir parce que je suis le plus fort ou le plus intelligent. J’ai accédé au pouvoir compte tenu des actes de patriotisme, des jalons que j’ai posés et j’en suis fier aujourd’hui, je n’ai pas peur de la mort et même si la trouve aujourd’hui je m’en irais dans l’honneur, c’est cela ma passion.
Monsieur le président, quel a été le processus qui vous amène au pouvoir ?
Vous savez, l’armée n’est pas une bête sauvage. Depuis l’année 2000, l’armée a suivi mon parcours, toutes les péripéties, les souffrances que j’ai endossées, l’arbitraire, l’injustice, le népotisme, le clientélisme, le favoritisme, le tribalisme. Je vais même vous révéler que pendant la période des grèves, l’armée est même venue me voir chez moi dans mon salon pour me dire nous voulons te prendre comme président parce que le vieux est fatigué, l’armée ne marche plus. Moi je ne voulais pas d’amalgame et ne voulais pas non plus créer la zizanie dans mon entourage.
J’ai même été reçu par le chef de l’État une semaine avant sa mort, son entourage n’a pas apprécié que le chef de l’État ait reçu un
«jeune patriote» voilà même pourquoi ma nomination comme Directeur Général des services des essences des armées a été longtemps bloquée et il a fallu l’intervention personnelle du chef de l’État. J’ai appris que le chef de l’État aurait demandé à ses collaborateurs mais où est ce jeune patriote parce qu’il tenait à ce que j’assume cette fonction. C’est donc ainsi que je deviens le Directeur Général des Services des Essences des Armées. Les gens sont allés raconter au chef de l’État que je voulais faire un coup d’état mais le président avait ses propres convictions. Sa famille et lui-même avaient tous les moyens nécessaires pour m’arrêter, mais ils ne l’ont pas fait parce qu’ils ne faisaient plus confiance à l’entourage du chef de l’État. Le 22 décembre à 18 heures, le vieux meurt. Ce jour là , je suis parti du camp vers 17 heures, je ne restais plus trop au camp parce que le gens pouvaient m’arrêter, je ne rentrais plus tard chez moi comme avant, ce jour là je me rendais chez mon ami SEKOUBA (l’actuel ministre de la défense nationale, NDLR) on m’informe que le président est mort et dès c’est instant je me suis dit c’est le moment. La vie ou la mort. Il fallait à tout prix prendre le contrôle de la situation. Car où je prenais le pouvoir, où j’étais physiquement abattu par mes ennemis comme le Général DIARRA. Je me suis donc retrouvé avec mes amis au BATA(Bataillon autonome des troupes aéroportées) où nous avons organisé l’opération. Ma plus grande force était la troupe qui m’a toujours considéré comme un vrai patriote qui n’a jamais voulu prendre le pouvoir par un bain de sang. J’aime mon pays et mon peuple et je me suis toujours sacrifié pour ce peuple, car tout ce que j’ai eu à faire pendant les moments de tension était à mes risques et périls, je pouvais perdre ma vie. Je crois que c’est cela qui m’a le plus lié avec les hommes, avec toute l’armée et le Chef de l’État. En prenant le pouvoir, juste après la mort du Président, j’étais animé par un sentiment de sauver la nation en prenant le pouvoir sans effusion de sang.
Quel est le rôle du CNDD et quels sont ses objectifs ?
Le Conseil National pour la Démocratie et le Développement a pour objectif de dépister et de combattre la corruption, l’impunité, le népotisme et le tribalisme. Il devra aussi traquer tous ceux qui, de près ou de loin ont pillé les caisses de l’État. Faire appel à la société civile, les syndicats, les leaders politiques pour la mise en œuvre d’un projet de société viable, durable, pour l’organisation des élections libres et transparentes. C’est nous qui devons donner du courage au peuple et nous demandons à tous les Guinéens de venir vers nous avec leurs projets de société. Pour qu’on puisse ensemble construire ce pays, nous devons travailler dur pour continuer à mériter la confiance du peuple. On ne prend pas le pouvoir par hasard. Il faut d’abord réfléchir. Il ne s’agit pas de passer 50 ans au pouvoir pour que tu écrives l’histoire de ta nation. Je ne voudrais pas trahir mon peuple, je ne voudrais pas non plus souiller mes ancêtres, mon grand-père, mon feu père, ma famille, mes amis, l’armée Guinéenne. Aussi je ne laisserais personne piller ce pays et je tiens d’ailleurs à mettre en garde toute personne qui serait tenter de corrompre mon épouse, mes sœurs, mes frères, mes enfants.
Monsieur le président beaucoup de jeunes comptent sur vous, qu’allez vous faire pour redonner espoir à ces nombreux jeunes ?
Quand vous voyez mon cabinet, mes Ministres vous comprenez que c’est la nouvelle génération, il faut que les gens acceptent d’aller à la retraite, l’armée et la fonction publique sont vieillissantes, nous allons tout faire pour donner la chance aux jeunes, pour cela nous devons mettre tout en œuvre pour encourager les investisseurs, la banque mondiale et l’union européenne. Je voudrais remercier déjà le soutient de mes frères de la CEDAO, qui est avant tout notre maison, je pense à mon père le président WADE, un fils digne, ATT le doyen le président Blaise COMPAORE, le président FAURE GNASSINGBE, qui n’ont pas pris des positions farouches contre le CNDD. Quant à l’Union Africaine, c’est notre source d’inspiration, la nouvelle génération à besoin que l’on mette de côté l’esprit de la couleur, de l’appartenance, de considérer simplement l’esprit patriotique. Je salue ici le courage du Guide libyen MOUAMMAR KADHAFI qui investit dans plusieurs pays.
Justin Tagouh
Source:International Africa Media
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  Rubrique: Interview  date: 25-Feb-2009 à 09:41:14  Partager:   :  |
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