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Hadja Andrée Touré, ex première dame de Guinée:"c’est avec l’unité que nous pouvons développer ce pa


[IMG1]La veuve du premier président guinéen, Ahmed Sékou Touré suit la situation en Guinée avec un brin de nostalgie.Hadja Andrée Touré qui réside à Conakry, dresse un bilan chaotique du pays, que son mari a laissé un matin du 26 mars 1984.Aujourd'hui, la veuve de l'ancien président guinéen est partagé entre la nostalgie et l'espoir incarné par l'élection de Barack Obama aux Etats-Unis.Pour l'ex première dame de Guinée, seule l'unité des Guinéens peut sortir le pays de son chaos actuel.Entretien!

L'ESPOIR:Mme Andrée Touré, 25 ans après le décès de votre mari, réputé révolutionnaire en Afrique, votre regard sur le continent aujourd’hui ?

Hadja Andrée Touré:A l’époque, il y avait le Rassemblement démocratique africain (RDA), qui était une famille. Les responsables de l’époque étaient très soudés. Le RDA était le parti africain dans tous les territoires et colonies, à cette époque. Les responsables se donnaient la main. C’était une famille. Quand il y avait un problème sur un territoire, les autres venaient à l’aide. Je me rappelle quand nous avons eu les élections ici (en Guinée), les partis frères, le PDCI (parti démocratique de Côte d’Ivoire) représenté par Ouezzin Coulibaly et Mamadou Coulibaly, était venu donner sa participation au PDG (parti démocratique de Guinée). Le parti Malien, l’US-RDA était là par la personne de Modibo Kéita lui-même. Ils ont sillonné toute la Guinée pour faire la campagne. Ouezzin, un grand ami particulièrement, était dans la basse-côte. Ils avaient fait un tel boucan, parce que le parti était déjà très puissant en Guinée, que Ouezzin a été convoqué par l’administrateur colonial de l’époque. On lui a dit, ‘’il vaut mieux partir sur la pointe des pieds dans votre pays, parce que si vous prenez la parole, il y aura un bain de sang, parce que vous êtes étranger’’. Ouezzin, c’est un homme qui avait le sens de l’humour très poussé. Il a dit au gouverneur : ‘’Mais c’est plutôt grave pour vous. Si aujourd’hui on me traite d’étranger, demain, ils sauront que vous êtes plus étranger que moi’’. Il lui dit : ‘’je suis envoyé par mon parti, je ferai ma conférence. Et le meeting a eu lieu au cinéma ROX. Toute la ville s’est mobilisée. La salle était si pleine que toutes les rues environnantes étaient bondées de monde. La conférence a été tenue sans le moindre incident. Le peuple était déjà acquis à l’idéal du RDA. Quand le président de l’US-RDA, Mamadou Konaté est mort, ça été la même chose. Les autres partis se sont retrouvés au Mali pour faire la campagne pour le RDA du Mali.

Comment vous ressentez-vous en évoquant ce passé ? De la nostalgie ?

Je regrette, parce que je pense que la division affaiblit toujours. C’est l’union qui a fait que nous avons fait de grands progrès. Parce que ce n’était pas facile de combattre l’impérialisme, à cette époque. Mais, comme nous étions unis, nous étions forts. Aujourd’hui, nous voyons malheureusement la division sur notre continent, et même dans nos pays. Prenez l’exemple de la Guinée. On est tellement divisé, et çà, c’est l’œuvre de l’impérialisme. Ce qu’ils ont amené comme démocratie, comme ils le disent, leur multipartisme, c’était pour nous diviser. Parce que nos partis qui sont là - je parle pour la Guinée -, ce sont des partis ethniques. C’est rare de voir un parti qui représente toutes les ethnies. Il y a des dirigeants, qui représentent le Fouta Djalon, les Malinké, les Forestiers, etc. Comment cela peut nous avancer. Nous avons un petit pays. Nous avons besoin de notre unité. C’est grâce à l’unité que nous avons eu l’indépendance, et c’est avec l’unité que nous pouvons développer ce pays.


Vous semblez nostalgique du parti unique sous Sékou Touré, Houphouët-Boigny et les autres. Pensez-vous que c’était une garantie de paix ?


C’était la garantie même pour la survie de l’Etat. Ils sont partis de zéro pour bâtir tout ce qu’ils ont bâti. On a voulu les diaboliser. Ces partis uniques... (son souffle monte d’énervement). En tout cas, pour nous Guinéens que je connais, cette histoire de démocratie, c’est du n’importe quoi. Parce que, voyez, depuis l’école primaire, nos enfants choisissaient leurs responsables d’école. Et ce procédé existe, même aux Etats-Unis, la plus grande démocratie. Ces enfants, avec leurs maîtres, ils prenaient les décisions qui concernaient leur établissement. Et la Guinée était structurée de sorte que dans les villages, dans les quartiers, le parti était représenté. Il y avait les sections et au-dessus le bureau politique. Quand on avait un problème, quel qu’il soit, on savait où le poser. Mais aujourd’hui, demandez aux Guinéens, quand ils ont des problèmes, où le posent-ils ? On se pose la question. Les problèmes les plus graves, on n’arrive pas à trouver des solutions et on dit qu’on a des partis politiques, la démocratie.

Vous arrive-t-il d’être approchée par des leaders politiques pour s’inspirer de votre expérience et de votre passé ?

Vous savez, moi je parle peut-être avec mon cœur, mais, je n’ai aucune ambition politique. Donc, je n’approche pas du tout les politiques.

Avez-vous gardé des relations avec vos homologues, les anciennes Premières Dames des autres pays ?

Vous savez, la vie politique n’est pas facile. Mais, nous nous entendions plus ou moins. Après la mort de mon mari, j’ai eu à l’expliquer à des journalistes. Mon mari, c’est un monsieur qui était d’une très bonne santé. Je ne l’ai jamais vu malade. Sa première maladie, c’est ce qui l’a emporté. Il est tombé malade dans la nuit du jeudi au vendredi et le vendredi suivant, il est enterré. Il est mort lundi, donc, d’une courte maladie. Il a été enterré et le jour suivant, il y a eu le coup d’Etat, malheureusement. Une semaine après, précisément le samedi suivant la semaine de son enterrement, nous avons été arrêtés. Les compagnons de mon mari, ses parents, ses sœurs, qui n‘ont aucune participation à son combat, parce que c’était des analphabètes, mais parce qu’elles étaient des sœurs, mes enfants, mes sœurs à moi aussi, les membres de ma famille, nous avons été arrêtés et jetés en prison. Certains collaborateurs ont trouvé la mort en prison. Des proches collaborateurs de mon mari dont le Premier ministre Lansana BEAVOGUI qui est mort en prison. Certains ont été relâchés. Mon fils et mois, nous sommes restés 4 années en prison. Quand nous sommes sortis par la grâce de Dieu, nous étions en résidence surveillées. Moi, je devais résider dans le village de ma mère et mon fils dans le village de son père. Nous n’avions même pas la possibilité de contact. Mais, certains amis ont fait des démarches dont le président Houphouët-Boigny. Comme les relations n’étaient pas très bonnes entre Houphouët et le président Conté, il est passé par le roi Hassan II, qui a fait les démarches qui nous ont permis de sortir de la Guinée. Nous avons été libérés en janvier 1988. En mars, nous avons pu sortir de la Guinée. Moi, j’ai été invitée, après, par le président Houphouët. J’ai vécu quelques années en Côte d’Ivoire sous sa protection et Mme Thérèse Houphouët est une amie de jeunesse. Nous nous sommes connues depuis longtemps et nous avons gardé les contacts. J’habitais chez-elle. J’allais lui rendre visite. On causait amicalement. Je suis restée jusqu’à la mort du président Houphouët. Après sa mort, j’ai du chercher à aller ailleurs. Chez nous, il y a un proverbe qui dit : ‘’celui qui connaît.... 11,6’’. Celui qui m’avait reçue n’était plus là, donc, je n’avais plus de raison de rester. J’ai dû aller au Sénégal où ma benjamine est mariée. Bien qu’ils n’aient pas les moyens, ils m’ont reçue. Je suis restée avec eux jusqu’en 2000 avant de retourner en Guinée, parce que nous devrions célébrer le centenaire de la mort de l’Almamy Samory Touré, qui est un ancêtre de mon père et de mon mari. C’est dans ce cadre que je suis revenue en Guinée. Mes frères et sœurs m’ont dit de ne plus sortir de la Guinée. Alors, je me suis résolue à rester.

Depuis ce temps, comment est-ce que vous vivez ?

(Elle se met à rire). Je vis très simplement. Je vis avec ma famille, mes frères et sœurs et mes parents m’entourent, mes ami(e)s aussi.

Etes-vous entretenues par l’Etat guinéen?

(Rire à nouveau) L’Etat m’a reconnu mes droits de veuve à partir de 1996. Ils ont commencé à me verser ma pension de veuve à partir de cette année. Je vis essentiellement de çà.

Où sont vos enfants ?

Ils viennent de temps en temps quand ils peuvent. J’ai la fille aînée de mon mari qui est au Maroc. Elle y vit avec sa famille. Mon fils, lui, est aux Etats-Unis. Il a eu une bourse post-universitaire grâce au président Houphouët-Boigny. Il est aux Etats-Unis où il a fondé un foyer. Il a épousé une de ses cousines. Ils ont maintenant 5 enfants. Ils vivent toujours là-bas, mais ils viennent de temps en temps me voir. Ma benjamine, elle est à Dakar comme je vous l’ai dit.

Que doit-on retenir du président Sékou Touré, un révolutionnaire, un marginal ?

Sékou Touré était un homme qui avait foi en l’Afrique et en la jeunesse africaine. Il s’est battu toute sa vie pour l’Afrique. Il faut que ce soit su. Son combat n’était par pour la Guinée. Il s’est battu pour le continent. C’était un révolutionnaire au sens noble du mot. En Guinée, le peuple le reconnaît maintenant et le pleure de plus en plus. Parce qu’il disait que tout était pour le peuple. Il disait : ‘’Je veux être devant le peuple, avec le peuple et derrière le peuple’’. Au cœur de son combat, il y avait son amour pour le peuple, le peuple africain. Il a toujours déconseillé le chemin de la facilité. Tout se gagne par le combat. Sans le combat, il n’y aurait pas eu l’indépendance et tout ce qu’on a eu. En 1958, vous voyez la photo du General De Gaule (elle nous montre, dans la panoplie de photos affichées sur toute la façade de la maison qu’elle habite, l’une d’entre elles où l’on aperçoit l’ancien chef de l’Etat français en compagnie de son époux.

En 1958, quand le General De Gaule était venu ici, en Guinée, pour son fameux discours, son fameux référendum, le choix du président Sékou Touré a été mal pris. La France a très mal pris son choix. Donc, nous étions devenus leur cible permanente. Malgré toutes les difficultés qu’on nous a causé, la Guinée a fait de grandes réalisations. Il y a eu des dizaines et des dizaines d’unités industrielles qui fonctionnaient. Ce qui permettait d’éviter ce chômage endémique que nous connaissons maintenant dans notre pays. Dès leur sortie de l’université, les jeunes étaient aussitôt engagés. Nos enfants ont eu les mêmes traitements, parce que mon mari n’a pas voulu que nos enfants aillent à l’extérieur. Après l’université, tous ont travaillé ici. Ils ont fait leur stage et ils ont travaillé. C’est après la mort de leur père qu’ils ont été obligés de sortir du pays. Donc, je m’interroge toujours, aujourd’hui. Que sont devenues ces unités industrielles qui existaient hier ? Même le chemin de fer, la première République avait créé une école pour former des jeunes pour son entretien.

Aujourd’hui, même les rails ont été enlevés. Même les rails, on ne parle pas de train. La Guinée a été l’un des premiers pays à avoir sa compagnie aérienne. Tout le monde connaît ‘’Air Guinée’’. Nous avons formé des dizaines et des dizaines de cadres en aéronautique. Ces hommes là, aujourd’hui, parce qu’il faut vivre, ils sont obligés d’aller se faire embaucher dans d’autres Etats, parce qu’il n’y a plus d’aviation en Guinée. C’est fini. L’imprimerie Patrice Lumumba, quand je passe devant cette maison, je verse des larmes. C’est des magasins de vente, aujourd’hui. C’est ce qu’ils ont appelé privatisation. Tout a été bradé au point où il n’existe plus aucune unité industrielle en Guinée.


Aujourd’hui, que représente une journée pour vous ? Comment passez-vous le temps ?


(Eclat de rire) Mes journées sont assez chargées, parce que je fais beaucoup de social. (Le ton change et l’atmosphère s’alourdit). Je vois malheureusement mes compagnons qui s’en vont un à un. Aussi, faut-il être à côté des familles. Il y a des malades, des nécessiteux, mais aussi des jeunes, qui viennent s’entretenir avec moi. Il y a quelques jours, un monsieur est venu avec sa fillette d’à peine 7 ou 8 ans, qui m’a dit : ‘’Je suis venue pour que tu me parles de mon grand-père’’. Elle parlait, ainsi de Sékou Touré. Mais, malheureusement, j’étais occupé ce jour-là et j’ai dû leur demander de repasser. Mes journées sont très pleines, ça, je vous le dis.

Vous avez été l’épouse d’un président qu’on dit révolutionnaire. Comment avez-vous vécu l’élection d’un Noir à la tête des Etats-Unis, aujourd’hui ?


Ah !!! J’ai vécu cela avec beaucoup d’émotion et beaucoup de joie. Je n’ai pas dormi la nuit. J’ai suivi l’événement en direct jusqu’au matin. Imaginez que je n’ai pas pu faire ma prière matinale tellement j’étais concentrée sur l’événement. Vous savez, la vie des Noirs-Américains, nous l’avons suivie de près. Mon mari l’avait suivie. Chaque fois qu’il allait aux Etats-Unis, il parlait avec les leaders noirs-américains et chaque fois qu’on avait des événements ici, généralement des congrès, il invitait des gens de là-bas. Pour moi, Obama est le fruit de cette lutte et c’est une grande joie pour moi qu’il ait remporté la victoire. Je souhaite que Dieu le protège. Je pense qu’avec lui, il peut avoir le changement.


Tout près de la Guinée, la Côte d’Ivoire, que vous connaissez bien, traverse une profonde crise. Comment vivez-vous cette situation chez le voisin ?

(Encore des éclats de rire). Je vois cette situation d’assez loin, franchement, je vous l’avoue. Mais, je souhaite, comme je l’ai dit, que vraiment tous les Africains, se donnent la main. La division ne sert à rien. La Côte d’Ivoire, je pense que c’est la politique de l’ivoirité qui a mis ce pays à genou. La Côte d’Ivoire s’est développée avec l’aide de tous les Africains. Parce que c’était l’Eldorado à l’époque. Tout le monde y venait et donnait le meilleur de lui-même jusqu’à développer ce pays. Aucun pays ne peut se développer fermé. Il faut s’ouvrir. Je souhaite la même chose pour la Guinée. Je souhaite que tous les pays africains connaissent la paix, la concorde, le développement et que les jeunes comprennent que nous ne devons compter que sur nous-mêmes. Parce que tout ce qu’on nous dit là comme aide, pour moi ce n’est pas de l’aide, pas du tout. L’aide ne peut provenir que de soi-même. Que la jeunesse ait confiance en elle-même, parce que même les jeunes qui vont en Occident, c’est regrettable avec toutes ces conditions dans lesquelles certains essaient de franchir la mer. Il y en a même qui se noient et tout cela parce qu’ils veulent coûte que coûte aller à l’Eldorado. Mais, ceux qui réussissent en Occident, c’est par le travail. S’ils font le même effort chez eux, c’est sûr qu’ils arriveront à faire quelque chose. Nous devons savoir que nos pays sont immensément riches. Par la grâce de Dieu, après un peu plus de 50 ans d’indépendance, nous avons beaucoup plus de cadres que dans les années 50 et 60. Aujourd’hui, on a assez de cadres pour développer nos pays. Si vraiment on se donne la main, ceux qui sont à l’étranger et qui sont formés peuvent venir donner leur savoir à leur pays et çà nous amènerait très loin. Sinon moi, je suis sûre et certaine que l’Afrique ne peut se développer que par elle-même. Elle ne doit compter sur personne. (Rideau sur un éclat de rire).


Félix D.BONY
Source: L'inter




  Rubrique: Interview  date: 30-Jan-2009 à 09:15:36  Partager:   :

 

 
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