[IMG1] La dégradation de la situation en Guinée,inquiète la communauté internationale.Nous avons rencontré le reprèsentant spécial du secrétaire général des Nations Unies pour l'Afrique de l'ouest,le mauritanien,Ahmed Ould Abdallah.Il nous livre ici la position de l'ONU face à la crise guinéenne....
Ahmedou Ould Abdallah, vous êtes le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l'Afrique de l'Ouest, et à ce titre un observateur privilégié de la crise actuelle. La situation est-elle si grave?
Ahmedou Ould Abdallah: La situation en Guinée est très préoccupante, et appelle une action urgente, sans quoi nous risquons de voir des conséquences très graves. Pas seulement pour la Guinée. Mais pour toute la région ouest africaine. Ce pays est au cœur d'une zone extrêmement fragile, et où les points de tension ne manquent pas.
Il est cerné de tous les côtés par des pays en crise ou sous la menace de crises. Hormis le Sénégal, tous ses voisins sont dans des situations plus ou moins graves. Au nord, la Guinée-Bissau, après plusieurs années d'instabilité, vient à peine de retrouver la paix, et la situation y demeure très fragile. A l'est, la Côte d'Ivoire, qui est coupée en deux depuis l'insurrection rebelle de septembre 2002, vit sous une tension permanente. Les deux autres voisins, le Liberia et la Sierra Leone, qui ont connu pendant de très longues années des guerres civiles très meurtrières, ne sont pas encore à l'abri de nouvelles crises. C'est donc une situation de danger extrême.
Pour ramener le calme dans le pays, le président Lansana Conté a décrété lundi 12 février l'état de siège. Est-ce la bonne solution, selon vous?
A priori, chaque gouvernement est libre de prendre les mesures qui lui semblent indiquées pour assurer la sécurité et la paix à l'intérieur de ses frontières. Mais il y a des mesures qui ne doivent être dictées que par une absolue nécessité et, lorsqu'elles sont prises, elles doivent être entourées de la plus grande vigilance, sinon le résultat risque d'être l'exact contraire de l'objectif officiellement recherché. L'état de siège est malheureusement souvent une mauvaise mesure.
Non seulement parce qu'il prive les citoyens de la quasi-totalité de leurs droits et de leurs libertés en les déclarant illégaux, mais aussi parce que son application génère souvent des exactions et des violences de la part des forces de sécurité; ce qui aggrave le problème initialement posé. Dans le cas de la Guinée, cette mesure devrait être levée rapidement.
Peut-on envisager une action de la communauté internationale, pourquoi pas armée, pour ramener la paix en Guinée?
Je ne le souhaite pas, surtout qu'on ne manque pas de problèmes autrement plus compliqués, notamment en Afrique, que ceux qui divisent aujourd'hui les Guinéens. L'idéal serait que le gouvernement, les syndicats et les partis politiques en Guinée trouvent eux-mêmes les moyens de désamorcer la crise. Dans le cas contraire, il faudrait effectivement envisager une action de la communauté internationale.
Cela peut aller d'une médiation, comme celle dont vient d'être chargée la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), le groupe régional dont la Guinée fait partie. En accord avec l'Union africaine et l'ONU, le président burkinabé Blaise Compaoré est attendu incessamment à Conakry pour tenter de convaincre les Guinéens de renouer le dialogue. S'il échoue et que la situation s'aggrave, il faudra dans ce cas prendre d'autres mesures, y compris des sanctions à l'encontre de ceux qui feraient obstacle à un retour à la paix en Guinée. L'idée circule déjà au Conseil de sécurité de l'ONU et au sein du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine.
Propos receuilis par Lemine Ould M. Salem depuis Dakar
Source:"Le Temps" |
  Rubrique: Interview  date: 16-Feb-2007 à 17:37:17  Partager:   :  |