[IMG1]Les manifestations des 3 et 4 novembre 2008 dans la capitale guinéenne de Conakry se sont soldées par quatre morts au moins et une vingtaine de blessés. Selon des témoins interrogés par Human Rights Watch, il y a eu de nombreuses victimes après que les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des groupes de manifestants apparemment dans le but de les disperser. Des membres des forces de sécurité ont aussi arrêté et frappé de nombreux manifestants, et volé des habitants vivant dans les quartiers concernés, selon les témoins. Un homme au moins a été tué par une balle perdue.
Les affrontements actuels ont commencé le 3 novembre en réaction à une annonce antérieure du gouvernement selon laquelle il allait baisser les prix de carburants de 20 pour cent ; les manifestants soutenaient que cette réduction était loin de correspondre à la chute des prix du pétrole au niveau mondial. Au cours des manifestations, des jeunes ont brûlé des pneus, élevé des barricades, bloqué la circulation et lancé des pierres contre les policiers et des passants, provoquant des blessures. En réaction, les forces de sécurité, à savoir des policiers et des soldats, ont en plusieurs occasions ouvert directement le feu sur les manifestants, avec des balles réelles.
Les violences ont eu lieu dans plusieurs quartiers, selon les témoins. L’un d’entre eux a indiqué à Human Rights Watch que les policiers et les soldats prenaient « les jeunes pour cible et les poursuivaient jusque dans des maisons particulières, en tirant au hasard. » Un autre témoin a décrit un incident survenu le 4 novembre: « Depuis là où je me cachais, j’ai vu un jeune abattu par un soldat qui lui a tiré dessus avec une carabine. Il saignait beaucoup quand ils l’ont emporté ; je ne sais pas s’il a survécu ou pas. » Un habitant du quartier de Cosa a déclaré que les militaires répondant aux troubles qui s’y déroulaient le 4 novembre avaient tiré sur un groupe de jeunes, tuant l’un d’entre eux et en blessant un autre.
Les sources interrogées par Human Rights Watch ont indiqué que les forces de sécurité avaient fait subir des tabassages et autres mauvais traitements à de nombreux jeunes parmi les dizaines qu’elles avaient arrêtés. Un témoin a raconté qu’il avait vu des détenus incarcérés dans un poste de police à Bellevue être frappés avec des morceaux de tuyaux en caoutchouc. D’autres témoins ont déclaré que les forces de sécurité dépouillaient des habitants et des détenus de leur argent et de leurs téléphones portables, et qu’ils avaient pillé plusieurs boutiques et commerces.
Les forces de sécurité guinéennes ont un bilan extrêmement médiocre en matière de traitement des manifestants. Début 2007, les forces de sécurité ont tiré directement sur des foules de manifestants non armés au cours d’une grève générale et elles en ont abattu d’autres qui essayaient de se mettre à l’abri, faisant 137 morts au moins et plus de 1700 blessés. Une commission d’enquête sur les violences de 2007 n’a pas encore commencé ses travaux parce que le gouvernement n’a pas débloqué de fonds. En juin 2006, le gouvernement a répondu aux manifestations contre la hausse des prix des denrées de base par une répression brutale, au cours de laquelle les soldats et la police ont tué par balle 13 manifestants non armés au moins.
Source:Human Right Watch |
  Rubrique: Politique  date: 06-Nov-2008 à 11:52:47  Partager:   :  |