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Tueries de Janvier et février 2007:Le pardon d'accord, mais la justice d'abord
[IMG1]Installée avec sa famille dans un réduit du quartier Bambeto, en banlieue de Conakry, la capitale guinéenne, Sylla Kadiatou Diallo est toujours hantée par le souvenir de son fils unique de 14 ans, tué par des militaires lors des manifestations contre le régime en janvier 2007.
Mais Kadiatou Diallo nourrit une sourde colère parce qu'elle dit ne pas comprendre que près d'un an après la mise en place d'une commission d'enquête nationale sur des tueries qui avaient fait plus de 186 morts, aucune réponse ne lui soit parvenue ni sur les auteurs ni sur les raisons de la mort de son fils Kerfalla Sylla.
"J'ai attendu sept ans après mon mariage pour donner naissance à mon seul garçon, Kerfalla. J'étais loin de m'imaginer qu'il pourrait mourir dans de telles circonstances", a-t-elle déclaré à IPS, les larmes aux yeux, la semaine dernière.
Kerfalla a été fauché de deux balles, dont l'une à la nuque, tirées par des policiers embarqués à bord d'un véhicule, explique son mari, Oumar Sadio Sylla. "J'espérais voir au moins les auteurs des crimes traduits devant la justice. Je constate que nous avons attendu en vain", dit-à IPS, l'air résigné.
"Je ne crois pas en cette commission d'enquête. Ce qui nous intéresse, pour le moment, c'est de savoir au moins ce qui s'est passé. Ce n'est pas un problème pour nous de pardonner, mais nous avons besoin de connaître la vérité", ajoute-t-il.
De son côté, Abdoulaye Diallo, père de Massoudou, un jeune homme de 19 ans tué le 13 février 2007 d'une balle dans la tête, ne décolère pas. Dans sa maison du quartier Koloma, en banlieue de Conakry, il réclame justice et se plaint de ne recevoir aucune information claire sur la mort de son fils.
"Je ne peux pas pardonner à ces gens-là . Ils ont tué mon fils à tort, sur du faux. Il n'avait ni pierre ni bâton ni arme, mais on lui a tiré dessus", affirme Diallo à IPS.
Plus de 186 personnes ont trouvé la mort suite à la répression des forces de l'ordre lors des manifestations qui ont émaillé la grève générale en janvier et février 2007 en Guinée. Mais, le pouvoir ne reconnaît que 137 morts.[IMG2]
En juin 2006, au moins 13 personnes, en majorité des élèves, avaient également été abattues par balles dans trois villes de ce pays d'Afrique de l'ouest, dont la capitale, Conakry.
En réalité, malgré les dénégations des autorités, la Commission nationale d'enquête, mise en place pour faire la lumière sur ces deux épisodes sanglants, se heurte à un blocage, explique son président, l'avocat Mounir Hussein Mohamed.
"Rien n'a avancé et nous en sommes toujours au même point que l'année dernière. C'est une situation inadmissible. Il y a un manque de volonté politique réelle", souligne Mohamed à IPS.
Lors des journées de concertations organisées à la mi-août cette année, un porte-parole de l'armée a présenté des excuses aux populations, emboîtant le pas au général Diarra Camara, chef d'état-major général des forces armées du pays, qui avait demandé pardon aux Guinéens après les affrontements entre policiers et militaires qui avaient fait une vingtaine de morts en juin dernier.
Ces journées avaient pour objectif de poser le diagnostic des maux qui gangrènent la société guinéenne, avaient annoncé les autorités.
"A tous les niveaux, il y a une volonté d'aller de l'avant. Ce n'est pas courant qu'une institution militaire s'adresse à son peuple pour présenter des excuses. C'est quelque chose de symboliquement très fort", a déclaré à IPS, le ministre de la Réconciliation nationale, Amadou Oury Bah.
"Il y a différentes manières de concevoir la justice : la justice radicale qui indique que la victime doit se venger en mettant en prison le coupable est une vision des choses qui ne sied pas à la dynamique que nous sommes en train de construire", a-t-il déclaré.
Selon Bah, le plus important est de poser les bases solides pour renforcer la nation, la démocratie afin d'aller de l'avant. "Nous sommes dans une période historique; les victimes se sont engagées pour une cause, pour une vision de la Guinée et je pense que la nation globalement leur reconnaîtra leur rôle et leur implication pour l'évolution de la Guinée et le changement qui est en train de se construire".
Cette approche de Bah semble bien résumer la vision de l'actuel gouvernement guinéen, même si elle pouvait présenter un risque, selon le politologue Madani Dia. "Le gouvernement (du Premier ministre) Souaré a visiblement fait le pari d'améliorer les conditions de vie des Guinéens en ignorant ce dossier. S'il réussit, l'affaire ne reviendra pas tout de suite sur la table, mais s'il échoue, on pourrait se retrouver dans une situation pire que celle du début de l'année 2007", souligne Dia.
L'ancien Premier ministre, Lansana Kouyaté, nommé en février 2007 après la répression sanglante pour favoriser une sortie de crise, a été subitement limogé en mai 2008 pour être remplacé par Ahmed Tidiane Souaré, un fidèle du chef de l'Etat guinéen, Lansana Conté.
Kouyaté n'avait pas pu non plus faire avancer ce dossier dans lequel certains proches de la famille présidentielle sont directement accusés par des témoins d'avoir directement participé à la répression sanglante.
Pour Dustin Sharp, un chercheur de l'organisation de défense des droits humains 'Human Rights Watch' (HRW), le gouvernement guinéen se livre à un jeu dangereux et devrait rendre opérationnelle la commission d'enquête. "Le message envoyé aux forces de sécurité est que la violence et l'indiscipline sont acceptables, et c'est là quelque chose de très dangereux", a-t-il dit à IPS.[IMG3]
"Si le gouvernement ne pas plus d'efforts pour faire respecter les droits des populations frustrées, il faut toujours craindre le déclenchement d'émeutes comme celles qu'on a vues l'année dernière, et peut-être même plus violentes".
HRW a écrit au Premier ministre guinéen à la mi-août pour s'inquiéter de la situation des droits de l'Homme en Guinée, a confirmé Sharp à IPS.
Pour sa part, Souleymane Bah, de l'Organisation guinéenne des droits de l'Homme (OGDH), estime que l'impunité accentue l'insécurité dans le pays. "Nous allons faire une lettre pour rappeler au gouvernement la situation des victimes de la répression. Nous allons organiser une marche de protestation si le gouvernement ne réagit pas", prévient-il.
En fait, Thierno Maadjou Sow, le président de l'OGDH, s'est clairement prononcé pour une commission d'enquête internationale, de même qu'une bonne partie de la coalition d'ONG locales indépendantes. Et l'OGDH a refusé de participer à la commission d'enquête nationale parce qu'elle estimait que seule une commission d'enquête internationale pourrait être plus libre et indépendante du pouvoir.
Saliou Samb
Source:ipsinternational.org |
  Rubrique: Politique  date: 26-Aug-2008 à 19:15:38  Partager:   :  |
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