|
|
| Detail de la News |
Corruption : La Guinée perd plus de 500 milliards GNF par an (enquête) !

CONAKRY- De nos jours, le phénomène de la corruption gangrène nos sociétés et freine le développement économique, social, politique et même culturel des nations. En Guinée, tous les secteurs, particulièrement, le secteur économique est souillé par la corruption. Le pays perd de centaines de milliards par an à cause des pratiques obscures, orchestrées par des cadres de l’administration publique issus de différents services. Pour toucher les réalités dans sa globalité, Africaguinée.com s’est intéressé à la corruption en Guinée.
Dans un rapport publié en 2012, l’agence nationale de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance en Guinée (ANLC), a dressé un tableau sombre sur la montée galopante de la corruption dans le secteur économique du pays, indiquant que le phénomène a atteint des « proportions insupportables ».
« La Guinée a perdu 500 milliards de francs guinéens, soit près de 50 millions d'euros en 2012, pour des faits de corruption », déclare François Falcon, directeur de l'ANLC.
Selon le directeur de l’ANLC, le phénomène de la corruption est vécu et pratiqué dans la vie quotidienne des guinéens avec un système de décadence "institutionnalisé'' dans les services de l'administration publique guinéenne.
« Dans un département ministériel, du planton au chef de département, tout le monde se livre à des pratiques de corruption pour joindre les deux bouts avant la fin du mois. La corruption est bien l’un des plus grand maux de l’économie guinéenne. Elle a atteint des proportions insupportables et dégrade l’image du pays », révèle François Falcon.
En plus des révélations de l’ANLC, l’agence guinéenne pour la transparence (AGT) énumère certaines méthodes collatérales liées à la pratique de la corruption. Ces méthodes affectent « négativement » tous les aspects de la vie.
Ce fléau portant préjudice à tous et menaçant la démocratie, frappe le citoyen dans tous les aspects de sa vie quotidienne et particulièrement à l’école, l’hôpital, sur les routes, ports, aéroports, etc.
« La corruption sévit dans le secteur minier par la négociation en cachette et la signature à la sauvette de certaines conventions minières et le détournement des revenus miniers ; fausse la concurrence dans les secteurs économiques et financiers, en particulier dans le commerce, l’industrie, les transports, l’urbanisme, l’habitat et les travaux publics par les marchés gré à gré en violation du code des marchés publics ; hypothèque l’avenir du pays à cause des détournements des ressources publiques dans une impunité ambiante », a dénoncé Mamadou Taran Diallo, président de l’AGT.
En exemple, la pratique de la corruption en Guinée a fait chuter les recettes minières de 300 millions de dollars à 75 millions de dollars en 2010, rapporte un parlementaire guinéen.
« Alors que les autorités avaient annoncées des dispositions pour lutter contre la corruption, elle continue de monter et demeure inquiétante dans tous les secteurs, notamment le secteur minier », précise Aliou Barry.
Bien que le rapport Doing Business 2014 classe la Guinée parmi les 20 économies du monde, les 9 d’Afrique noire, qui ont fait des progrès considérables ces cinq dernières années, la Guinée reste l’un des pays d’Afrique le plus exposé à la corruption.
Vu l’ampleur qu’a pris la corruption en Guinée, cela ne semble pas laisser sous silence, le Président de la République. Dans un article, Alpha Condé a expliqué que le manque de transparence et la corruption dans le monde des affaires ne signifient pas seulement le manque de concurrence et les taxes non rémunérées. Car elle (la corruption) ronge le processus politique, compromet des principes de base démocratique et sape notre démocratie en évolution. Et le Président Condé d’ajouter que, le phénomène ralentit le changement et laisse la porte ouverte à la frustration.
Faut-il reconnaitre que comme beaucoup de pays africains, la Guinée possède de vastes richesses minérales, ‘’les plus grandes réserves mondiales de bauxite et des gisements de fer, de haute qualité, non exploités’’. Pour le chef de l’Etat guinéen, afin que la réalisation de ces actifs serve mieux le peuple de Guinée, « plutôt que des sociétés minières et des politiciens sans scrupules, il va falloir faire face à la corruption profondément enracinée dans notre culture politique et dans des affaires ».
Alors, il est évident que le phénomène de la corruption n’est pas un fait naturel. C’est sous le laxisme d’un certain niveau de gestion que la pratique progresse, laissant ainsi un environnement propice à son évolution. Parmi les causes les plus fréquentes du fléau, il faut citer entre autres l’impunité, le bas salaire des fonctionnaires, le mauvais fonctionnement de l’administration…
Le rapport d’enquêtes de l’agence nationale de lutte contre la corruption indique : « 92,5% de la corruption en Guinée sont dues à l’impunité, 89,9% au mauvais fonctionnement de l'administration, 89,3% aux salaires bas des fonctionnaires, 88,9% au manque de transparence dans les affaires du gouvernement et 86.9% du fait que le gouvernement ne se penche pas suffisamment sur le problème ».
S’agissant des secteurs les plus touchés par le phénomène, nos enquêtes révèlent que la police/gendarmerie nationale, la douane, l’habitat constituent entre autres les services les plus affectés par la corruption en Guinée.
« 90,4% de la police nationale/ gendarmerie sont corrompus, 87,7% des services de douanes et impôts sont affectés par la corruption, tandis que 84,5% des services fonciers sont touchés par le phénomène, et 83,2% ; 82,3% affectent respectivement les ministères et les services des prisons», a révélé récemment un rapport d’une enquête de l’ANLC.
Même si le porte-parole du Haut commandement de la gendarmerie nationale ne reconnait pas ouvertement la pratique de la corruption au sein de la gendarmerie nationale, tout porte croire que le fléau existe. « Cela est une honte. La corruption ne doit pas s’inviter en notre sein », se contente le commandant Mamadou Alpha Barry, en réponse à notre question.
La police, l’un des principaux corps incriminés par cette enquête, n’en demeure pas à contre faux de cette révélation.
Un commissaire de police ayant requis l’anonymat, indique les raisons susceptibles d'inciter les gens à corrompre les services de la police consistent à « éviter une amende, réduire une peine, éviter une arrestation, éviter des problèmes et obtenir le permis de conduire ».
Pour lui, il existe des gens dans la circulation, portant des uniformes de la police qui ne sont pas reconnus dans le corps et qui se livrent aux pratiques de la corruption. « Ils sont là uniquement pour embêter les citoyens. Et faire la raquette, c’est quelque chose d’anormale », a-t-il avoué.
Victime de la raquette policière, Ousmane Camara, chauffeur de taxi à Conakry, explique les méthodes utilisées par les agents routiers. « … Arrivée au carrefour Lambay, les polices m’ont demandé de débarquer tous mes passagers. Ils m’ont dit de présenter mes dossiers, j’ai présenté tout, j’ai une assurance de deux ans et un permis de la CEDEAO (communauté économique de développement des Etats de l’Afrique de l’ouest). L’agent m’a demandé de lui donner les papiers, quand je lui ai donné, il a su que j’ai un permis international, il m’a dit de payer 100 000 GNF comme frais d’arrangement, sinon il va m’envoyer à la fourrière. Je lui ai dis que je ne peux pas payer ça, parce que j’ai mes dossiers complets. Il a insisté pour me dire de descendre de la voiture et de lui donner les clés de ma voiture, j’ai refusé. Ce sont les passagers qui sont intervenus pour que les agents me laissent partir sans rien payer », a-t-il rapporté.
Contrairement aux accusations et aux révélations de corruption portées contre les services de la douane, son directeur général nie en bloc et balaie d’un revers de la main ces accusations. Il estime que la douane guinéenne demeure l’un des meilleurs services du pays, vu son apport dans l’économie nationale. 
« Il n’est un secret de polichinelle pour personne aujourd’hui que la douane qui faisait 1600 milliards GNF de recettes, fait des nos jours à près de 4000 milliards GNF de recettes par an », affirme avec insistance le Colonel Toumany Sangaré.
Dans nos démarches, on a tenté de cerner un certain nombre de formes de corruption utilisées en Guinée. Il ressort donc que les uns et les autres cherchent des avantages sans passer par la voie normale.
Ainsi, les opérations s’effectuent entre corrupteurs et corrompus. D’où les formes de corruption énumérées par les récentes études de l’ANLC. D’après ces enquêtes, la corruption s’opère pour : « exiger une faveur ou se faire payer pour un service ; user de son autorité ou de ses relations pour influencer la décision d'une autre personne ; payer un pot-de-vin pour faire sauter une contravention ; donner un travail à un proche qui n'a pas de qualifications requises ; et faire un versement non officiel pour se qualifier ».
Le scandale de corruption sur le gisement du Simandou, un fait révélateur…
Le scandale qui a déclenché en avril 2013 un bras de fer entre l’Etat guinéen et la société minière Beny Steinmetz Group Resources (BSGR) demeure révélateur.
D’après un contrat qui serait signé par Asher Avidan, dirigeant de l’implantation guinéenne de BSGR et ancien cadre du ministère de la Défense israélien, la société a payé 4 millions de dollars pour obtenir les droits sur le gisement du Simandou. 2 millions étaient destinés aux « personnes de bonne volonté » qui ont mis de l’huile dans les rouages ; les deux autres millions étaient destinés à une société du nom de Matinda.
Rio Tinto détenait les droits pour la totalité du Simandou, une chaîne de montagne qui regorge de fer, pendant une dizaine d’années avant d’en être dépossédé en août 2008 par le gouvernement Conté, au motif qu’il ne faisait pas assez pour développer la mine. En décembre, quelques jours à peine avant la mort du général Lansana Conté, le gouvernement a attribué plus de la moitié des droits pour le Simandou à BSGR. C’est alors que la société israélienne a réalisé l’une des plus ‘’ incroyables’’ transactions minières jamais conclues en Afrique en revendant 51% de ses parts au brésilien Vale pour 2,5 milliards de dollars.
L'avenir des blocs (Simandou 1 et 2) restent pour l’heure suspendu à une procédure judiciaire engagée aux Etats-Unis contre le groupe franco-israélien BSGR, accusé de corruption, et dont l'Etat guinéen veut annuler le permis de recherche.
En plus de ce scandale de corruption, il ne faut pas oublier cette affaire de tentative de détournement de plusieurs milliards de francs guinéens démantelé par Mme Boiro directrice national du trésor public. L’on se rappelle que cette affaire avait fait de tollé à Conakry. Certains avaient lié l’assassinat de Mme Boiro au démantèlement de ce réseau qui avait tenté, en mai dernier, de détourner plus de 13 milliards de francs guinéens (1,5 million d'euros) de la Banque centrale guinéenne. Comme pour dire, ils sont prêts à tout pour pratiquer la corruption sous toutes ces formes.
Lutte contre la corruption !
Au cours de nos investigations, la plus part des citoyens que nous avons rencontrés, ont recommandé, qu’il soit dotés aux organes de lutte contre la corruption ‘’d'une indépendance institutionnelle en vue de renforcer leur autonomie d'action". Egalement, ils souhaitent qu’il soit mis en place un cadre juridique et institutionnel de lutte contre la corruption, une stratégie nationale de lutte contre la corruption, de même qu’un traitement judiciaire des cas de corruption.
Reconnaissant le labeur hardi pour enrayer le phénomène, le directeur de l’ANLC estime qu’il reste beaucoup de travail à faire, ‘’car la corruption est difficile à combattre’’. « Mais c’est une volonté citoyenne et un engagement des autorités », conclut François Falcon.
Le ministre de l’industrie et des Petites et Moyennes Entreprises (PME) Ramatoulaye Bah, soutient que, dans le souci de faire face à la montée vertigineuse de la corruption et des pratiques assimilées, le gouvernement guinéen et ses partenaires extérieurs ont développé des stratégies, dont : « l'unicité des caisses de l'Etat, l'adoption d'un nouveau code minier, la promulgation d'une loi organique relative à la loi de finances, l'adoption de la loi d'accès à l'information publique, la bancarisation des salaires des fonctionnaires guinéens, la lutte contre la corruption dans la passation des marchés publics, la lutte contre l'inflation, etc.».
Le président Alpha Condé qui est en passe de récupérer les blocs 1 et 2 du mont Simandou, octroyés au milliardaire israélien Beny Stenmetz, (propriétaire de BSGR, ndlr) déclare que « ce chemin peut être très lent, et parfois dangereux, car les défis ne sont pas les bienvenus pour des intérêts mal acquis ». Toutefois, Alpha Condé promet de continuer à lutter contre corruption qui, selon lui, a beaucoup ‘’diminué’’, mais qui continue encore ‘’d’être un fléau’’.
Au lendemain de l’assassinat de Mme Aissatou Boiro, le chef de l’exécutif guinéen promis que "tous les cadres coupables de vol seront non seulement radiés, mais poursuivis et sévèrement condamnés". Pourquoi jusqu’en ce moment, cette promesse du chef de l’Etat n’est-elle pas mise en exécution ?
Une enquête réalisée par
Aliou BM Diallo
Pour Africaguinee.com
(+224) 664 93 46 24
|
  Rubrique: Société  date: 29-Nov-2013 à 11:20:35  Partager:   :  |
|
|
|
|