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Après les manifestations de rue, la société chargée de l’électricité sort de son silence…

CONAKRY- Qu’est ce qui explique les nombreux délestages du courant électrique dans la capitale guinéenne et dans certaines villes de l’intérieur du pays ? Qu’est ce que la société “Electricité De Guinée“ est entrain de faire pour contenir la demande de plus en plus croissante des populations en courant électrique ? Voici autant de questions que nous avons abordées avec le directeur du département de la communication de la société en charge du secteur de l’énergie en Guinée. Dr Laye Kouyaté s’est confié à notre rédaction, quelques heures après les manifestations signalées dans plusieurs quartiers de Conakry…
AFRICAGUINEE.COM : Dr Laye Kouyaté bonjour !
DR LAYE KOUYATE : Bonjour Monsieur Diallo !
AFRICAGUINEE.COM : Depuis quelques temps, Conakry la capitale et certaines préfectures à l’intérieur du pays sont confrontées à des délestages électriques. Dites-nous aujourd’hui qu’est-ce qui est à l'origine de ces délestages et quelles sont les dispositions prises par votre département pour remédier à ce problème ?
DR LAYE KOUYATE : Merci beaucoup, vous savez, premièrement, des dispositions sont entrain d’être prises pour la réparation des deux centrales qui sont aux arrêts à Tombo. C’est ça la vérité! Les centrales ont été affectées, nous sommes entrain de faire des travaux d’entretien. Parce que notre mission, c’est de donner le courant, mais en même temps sauvegarder ces installations.
En second lieu, le volet hydraulique est beaucoup affecté aujourd’hui par le manque d’eau. Garafiri qui est un barrage très important avec une capacité de 75 MW, aujourd’hui, nous sommes vers la côte de 330. On n’a même pas 1,50 mètre d’eau. Alors qu’on cherche 50 mètres d’eau. Car, c’est pendant l'étiage qu’il faut économiser l’eau, qu’il faut mettre dans le barrage et c'est en hivernage qu'on prépare l’étiage. La gestion du barrage est plus compliquée en hivernage qu’en étiage qui consiste à déstocker de l’eau seulement, mais en hivernage, non seulement il faut fournir le courant, mais aussi, il faut stocker l’eau. Et la capacité de production de Garafiri est de 350 m. Donc, on a un manque à gagner de ça. Pour Grafiri aujourd’hui, chaque turbine ne peut donner que 15MWau maximum, soit 45 MW. (…)
Ce qui permet d’alimenter aujourd’hui la capitale, c’est le système des grandes chutes où l’eau est abondante, puisque notre production électrique est axé sur l’hydraulique. Malheureusement, on n’a un manque criard d’eau à Garafiri, c’est ce qui fait que nous sommes dans cette situation. Mais nous avons les 70 MW qui sont arrêtés à Tombo pour des fins d’entretien. En plus de ça, nous avons des transformateurs qui tombent en panne présentement à cause de la pluie. Ce, puisque certains viennent faire des interventions inadéquates au niveau de ces installations. Ils laissent des files électriques dénudés et c’est ce qui cause des courts-circuits.
L’autre explication, c’est qu’aujourd’hui, nous sommes entrain de réhabiliter les réseaux qui existent depuis 45 ans. Il faut les réhabiliter. Aujourd’hui, la commune de Ratoma, si ce n’était pas à cause du vandalisme des poteaux électriques, l’installation serait finie. Matoto et Kaloum sont engagées. Donc ces travaux sont en cours dans les différentes communes citées ci-haut. On construit des postes-cabines où on loge les transformateurs plus sécurisés pour donner du courant plus sécurisé à la population.
Le gouvernement a lancé le projet pour la construction du barrage de Kaléta. Dans deux ans, le courant va se stabiliser dans la ville de Conakry. Parce que si on a Garafiri 75 MW, sur le système Samou, 47 MW plus les 240 MW de Kaléta, je pense que c’est largement suffisant pour qu’on ne parle plus d’obscurité à Conakry. Mais avant Kaléta, s’il faut mettre les groupes thermiques en contribution, il y aura toujours un manque de courant. Vous savez, c’est soit on a le carburant, les groupes sont en panne ou vice-versa. C’est comme ça, la gestion thermique est plus difficile que les centrales hydroélectriques.
Africaguinee.com : Vu tous ces problèmes, pourquoi se fie-t-on toujours aux thermiques ?
DR LAYE KOUYATE : Non, vous savez, nous les techniciens, quand le président nous a rencontré, nous lui avons dit que la solution pour la Guinée, c’est la construction des barrages hydroélectriques. Il nous a entendus, il s’est lancé dans ça. Il a directement engagé la construction de Kaléta. Mais il dit ‘’Kaléta va prendre quatre ans’’, on a dit qu’il y a les micros-centrales. Il a demandé le temps de réalisation. Nous avons dit deux ans et demi. Il a dit non ! Je vais faire, et les micros barrages et Kaléta. Mais est-ce que la population peut attendre deux ans et demi ou quatre ans sans électricité? La demande ne fait qu’augmenter, trouvons une autre solution alternative en attendant la fin des travaux. Cette solution alternative, c’était l’adjonction thermique. Mais très malheureusement elle a été confiée à une société brésilienne qui n’a aucune urgence attachée à ce projet. Sinon l’Etat s’est acquitté d’une bonne partie de cette somme de réalisation. Parce que sur place, l’Etat a payé 50% qui s’élève à 61 millions de dollars US à la société pour fonds de démarrage. Ça ne fait pas 6 ou 7 mois, le gouvernement a payé les 50% restant. Mais cette société est incapable de donner même Tombo 1, la plus petite centrale dans les 100 MW. Parce que Tombo 1 fait 24 MW, Tombo2 fait 26 MW et à Kipé, ils doivent implanter là -bas 50 MW. Si on avait au moins Tombo1 aujourd’hui, on n’allait pas avoir ces cris que nous connaissons aujourd’hui.
Africaguinee.com: Quelle est la capacité totale de production d’EDG ?
DR LAYE KOUYATE : Aujourd’hui, il faut prendre un maximum de 45 MW à partir de Garafiri, à la place de 75MW. Au système Samou, il y a trois groupes qui sont en arrêt, soit moins de 10MW. Donc la capacité de production est de 37MW. C’est ce que nous avons à ce jour.
Africaguinee.com: Récemment une vingtaine des groupes électrogènes ont été présentés à la population pour diminuer un peu le délestage électrique. Que sont devenus ces groupes ?
DR LAYE KOUYATE : Ces groupes DIESEL de 2 MW chacun, ont été installés à Kipé, ils sont disponibles. C’est un problème de carburant. C’est l’Etat qui paye le gasoil pour les alimenter. Parfois l’Etat même éprouve des difficultés pour trouver le consommable. Je vais vous dire ceci, aujourd’hui, la centrale de Kankan, EDG dépense 1 milliard GNF en carburant pour avoir 80 millions de recettes.
A Nzérékoré, 1 milliard 800 mille francs guinéens, pour avoir 100 millions ; Boké la même chose. Mais quelle est la société qui peut supporter ça ? Tu prends des milliards pour investir, tu n’as même pas 100 millions au retour.
C’est ce que EDG fait parce qu’elle est étatique. L’Etat subventionne compte tenu du panier de la ménagère. Aujourd’hui, si on libéralise le coût de l’électricité, le citoyen ne peut pas payer le courant. Parce que le minimum de la facture à payer en deux mois, atteindra les 2millions GNF. Au Mali et au Sénégal, les gens n’utilisent pas le fer à repasser, les thermoplongeurs et autres. Pendant la journée, ils se déconnectent du réseau parce qu’ils savent que ça coûte cher.
Qu’on nous laisse faire la même chose ici ! Quand on aura les 100MW et qu’on fasse la même chose que le Mali ou le Sénégal, beaucoup vont démissionner dans l’affaire de l’électricité là . C’est parce que le coût qu’on propose même les enfants de la rue peuvent payer, c’est pourquoi il y a des cris partout. Personne ne se bat aujourd’hui à cause de la viande. Le prix est là , le vendeur est là -bas, si tu as ton argent, tu pars acheter. Il n’y a pas de cris.
Et EDG la facture qu’elle donne n’est pas gratuite. Si vous constatez qu’il y a de la bagarre, c’est parce que le coût que nous proposons est moins cher. Si vous prenez quelqu’un qui a un groupe électrogène à la maison et qu’il l’alimente 3 litres de carburant par jour, ça vous amène dans les 1 millions 100 mille voir plus.
Aujourd’hui, les factures de 40 à 80 mille que nous envoyons, les gens disent que nous faisons des factures erronées ou on fait la surfacturation. D’autant plus qu’au Sénégal, une chambre, c’est 15 000FCFA et le monsieur pendant la journée, en sortant, il retire sa carte.
Africaguinee.com: Un appel à lancer ?
DR LAYE KOUYATE : Je demande à ce qu’on sensibilise la population pour que chacun comprenne la mission qui nous aie assignée. Il faut que les gens sachent que nous ne pouvons saboter le courant. On ne peut pas avoir le courant et ne pas donner à la population. Quand un grossiste devient détaillant, c’est que sa marchandise a manqué à la source. Si EDG fait aujourd’hui la rotation, c’est parce qu’on n’a pas suffisamment la production. L’intérêt de EDG, c’est de donner le courant 24H/24H à toute la population et en même temps. Mais très malheureusement, à cause de l’investissement, à cause du manque de production, on donne cette rotation. Nous mêmes, nous vivons avec vous dans ces quartiers dans cette obscurité.
AFRICAGUINEE.COM: Merci M. Laye Kouyaté !
DR LAYE KOUYATE : Je vous remercie d’être venu voir les réalités.
Entretien réalisé par Aliou BM Diallo
Pour Africaguinee.com
(+224) 664 93 46 24
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  Rubrique: Interview  date: 31-Jul-2013 à 18:03:18  Partager:   :  |
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