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Affrontements au sud-est de la Guinée: les révélations de Jean-Marie Doré...

CONAKRY-Que s'est il passé à N'zérékoré?Qui est à l'origine des affrontements entre guerzés et koniankés?En exclusivité dans cet entretien, l'ancien premier ministre Jean-Marie Doré vient de faire des révélations sur ces affrontements qui ont fait des dizaines de morts dans le sud est du pays.Très amère contre l'attitude du gouvernement du président Alpha Condé, Jean-Marie Doré s'est confié à notre rédaction...
AFRICAGUINEE.COM : Bonjour Monsieur Jean Marie Doré !
JEAN MARIE DORE : Bonjour!
AFRICAGUINEE.COM : Quelle lecture faites-vous des événements violents survenus cette semaine en Guinée forestière ?
JEAN MARIE DORE : C’est un conflit d’intérêt qu’on veut habiller en opposition ethnique. Tout ça par le fonctionnement du syndicat des transporteurs. Il y a un vieux syndicat des transporteurs dont le comportement, d’après ce que l’on dit, est incompatible avec ses propres statuts. Les taxes ne sont pas payés à la commune, ni à la préfecture. Et ceux qui dénoncent cette situation allèguent que les revenus de ces taxes qui devaient être versé sont distribués dans des mains qui ne sont pas les destinations légales. Donc, à la faveur légale de la lecture de la constitution et des lois organiques, les gens sont aperçus que le syndicalisme unique n’est pas prévu par la loi guinéenne. Ce qu’ils veulent, c’est créer leur syndicat, comme il y a Huit centrales syndicales des travailleurs, eux aussi, ils veulent créer leur propre syndicat de transporteurs routiers. Ils auraient donc construit leur siège, ou le louer ; ils l’ont meublé, puis les tenants de l’ancien syndicat qui prévalait sur le terrain qui s’oppose à la création du nouveau syndicat auraient incendié les installations du nouveau syndicat. Alors, il y a cette situation parce que le nouveau syndicat comprend des peuls, des malinkés, des autochtones Guerzés, Mano, etc. Ce que n’accepte pas l’ancien syndicat qui serait dit-on, entièrement aux mains d’une seule composante ethnique qui serait Konianké. C’est ce qui est à l’origine profonde de cette affaire. Et ce syndicat serait protégé par un certain Abou Dramé, le Président de la chambre régionale du Commerce. Et, c’est ce monsieur Abou Dramé qui aurait mis l’huile sur le feu en présentant unilatéralement une des victimes de la fusillade de Koulé contre des voleurs du magasin du vieux sage de Koulé, qui serait donc partit prendre le cadavre du bandit Konianké sans parlé du mort Guerzé. Car, il y a eu deux victimes. Donc, il serait venu dire que les Guerzés veulent exterminer les Koniankés ; regardez le corps ensanglanté de notre parent.
Je pense que si les faits se sont déroulés comme ça, ce n’est pas bien. Dire qu’il y a une guerre qui oppose les Guerzés et les Koniankés n’est pas correcte. Parce que certains Guezés se sont établis en région forestière depuis 150 ans, 100 ans. Et quand on vit dans une région 100 ans, on en est autochtone. Donc, on ne peut pas dire que les Koniankés sont étrangers à Nzérékoré. Mais ce qui manque, c’est l’esprit et la volonté d’intégration. Si je trouve normal qu’un Konianké dise qu’il est originaire de Nzérékoré puis que nous nous y sommes depuis deux cents ans ; personne ne peut me contester d’être Mano. Je suis Mano, mais cela ne doit pas m’autoriser à être contre une ethnie parce que le peuplement d’un pays se fait par des accords humains successifs. C’est comme Conakry. C’était peuplé pratiquement des Bagas en 1650. Aujourd’hui, il y a les éléments Nalou, il y a les Soussous qui venus du Benin et il se trouve que le Soussou étant une langue facile, les Bagas autochtones, les Nalous, les Temnis et les Landouma, tous parlent soussou. Quand on dit qu’il y a un Landouma qu’il est Soussou, ça ne le froisse pas, parce que le soussou est devenu le véhicule de sa pensée. Donc, c’est devenu une partie de sa personne.
Je réfute l’assertion selon laquelle, ce sont des oppositions ethniques. Parce que si vous allez à Nzérékoré, vous trouverez des Koniankés mariés à des femmes Guerzés ; des Guerzés mariés à des femmes Koniankés. Si c’était une opposition ethnique, ce serait formellement interdit. Donc, des gens qui ont intérêt à exercer des monopoles, excitent en dessous les différences ethniques pour aller plus vite dans le recrutement des combattants. Je pense que tous sont dans l’ignorance. C’est pourquoi, les leaders politiques, les gestionnaires de l’Etat, les chefs religieux, on doit mettre ensemble nos moyens pour persuader les gens. Il s’agit de s’organiser bien pour tirer le maximum du bien être de cet espace fertile. Parce qu’il ne rapporte rien à quelqu’un de dire qu’il est Guerzé, Malinké, Peulh ou soussou. Le fait de dire que je suis soussou ne me nourris pas. C’est la conjugaison des possibilités de chacun et de tous qui permet d’habiter positivement notre pays.
AFRICAGUINEE.COM : Certains parlent de la présence de milices et de l’utilisation d’armes automatiques. Etes-vous de cet avis ?
JEAN MARIE DORE : Oui, je crois. Il y a quelques années, les douaniers ont saisi à la frontière de Koundara et du Sénégal, un camion remplis d’armes de guerre. Ce camion est garé près de l’immeuble 15 étages à Fria là -bas. Il y a des armes de guerre dedans. Actuellement, le camion est presque vide. Des gens prennent ces armes, je ne sais avec la complicité de qui, pour transporter des sacs à destination de la forêt. Alors, si des gens qui ne sont pas des militaires qui ne sont pas des gendarmes et non des policiers disposent de ces armes là , on commence par identifier des endroits où on sait qu’il y a eu des armes de guerre.
Si ce ne sont pas des allégations gratuites, c’est vrai, qu’il y a eu des coups de feu tirés par des gens qui ne portaient aucun uniforme et qui détenaient des Kalachnikovs (…). Tous ceux qui n’ont jamais été compromis dans des histoires criminelles peuvent demander facilement pour la défense de leurs biens, à avoir une arme de chasse chez eux. Mais, les mitraillettes, les Kalachnikovs, (…) ne sont pas autorisées que l’on en dispose à titre privé chez soi, sauf exception.
AFRICAGUINEE.COM : Ces affrontements sont devenus quasiment récurrents, parce qu’en 1991 aussi les mêmes scènes de violences s’étaient produites…
JEAN MARIE DORE : Non ! Ce n’est pas la même chose. Certains voudraient se référer à ça à titre de vengeance dans le cadre de ce qui se passe actuellement. Mais, il me semble que si on veut gérer des communautés dont la vocation est de s’intégrer, il ne faut pas réveiller sur ces communautés les mauvais souvenirs.
La France et l’Allemagne se sont fait une guerre atroce. Pour que cela ne se produise pas, on n’a pas cultivé sur les Allemands ou sur les Français, le sentiment de prendre la revanche demain. Parce que si on va dans le cycle des revanches, c’est le dépeuplement des pays. Parce qu’à l’époque les armes avec lesquelles les gens se sont entretués sont dépassées.
Donc, moi je ne crois pas, ça peut être le sentiment qui habite certains. Mais je ne crois. Parce que les conflits ne se sont nés à partir d’une même cause. Aujourd’hui on connait mieux les raisons pour lesquelles les gens se sont affrontés. Et la plupart des victimes ou des assaillants ont tous été victime de la défense d’intérêts qui les dépassent et auxquels ils sont étrangers. Il y a des jeunes gens qui sont morts dans les deux camps et ne sauront jamais pourquoi ils sont morts réellement. Ils croiront toujours qu’ils ont été pour défendre l’ethnie Guerzé ou l’ethnie konianké, alors qu’en réalité, on les a manipulés.
Il faut mettre fin à ça. Mais quand l’administration est corrompue, qu’il protège les gens qui ne devraient pas être protégés, on en arrive à cette situation. Parce qu’il y a des gens, quand ils profitent de la largesse de l’Etat, automatiquement, ils se considèrent comme des privilégiés, ils ne respectent même plus les lois de l’administration. Moi je pense qu’il faut éviter ça. Parce que Nzérékoré est une métropole comme Mamou. A Mamou aujourd’hui, on ne peut pas dire que c’est une ville Peule. Il y a des Malinkés qui sont venus à la faveur de la tracée du chemin de fer, car Mamou était le chantier central. Vous avez des Kissiens, des Guerzés, des Konos, des Soussous à Mamou. Il se peut que quelqu’un vole les biens d’un à Mamou et pour défendre son bien, il tire sur le voleur et que le voleur soit un Peul ; on ne va pas dire qu’il y a une guerre ethnique à Mamou.
AFRICAGUINEE.COM : Croyez-vous que la faute revient au gouvernement ?
JEAN MARIE DORE : Qui est chargé de garantir la sécurité des citoyens ? C’est le gouvernement ! Puis que nous avons dit que la détention d’armes de guerre est le monopole de l’Etat. Si, sous les yeux de l’administration, les gens se tuent et qu’on ne fait rien, je pense que ce n’est pas être opposant que de dire, parce que les gens croient ici, quand vous faites une analyse qui compromet le gouvernement, c’est que vous êtes opposant. Mais, non ! Ça veut dire donc, que quand vous soutenez le gouvernement, vous devez mentir. Ce que je dis là , c’est que si mon ami Alpha Condé comprend, c’est de prendre des mesures énergiques pour empêcher que des pêcheurs en eau trouble se croient protégés par son régime. Parce que si des citoyens guinéens finissent par croire que le gouvernement est là pour protéger les Peulhs ; pour protéger les Malinkés, les Soussous ou les forestiers, alors, c’est le plus grand mal qu’on peut lui faire.
Je pense que la situation qui prévaut dans notre pays, peut facilement être bridée et annulée si les pouvoirs publics acceptent d’agir sur les vecteurs de ces conflits.
AFRCAGUINEE.COM:Ne pensez-vous pas que ces violences auront un impact majeur sur la tenue du scrutin le 24 septembre prochain, notamment en région forestière ?
JEAN MARIE DORE : Oui, mais par la faute du gouvernement ! Vous savez, il n’y a pas une date immuable. Ce n’est pas une montagne qui est là . Même une montagne, on la contourne par des colles. La légalité c’est quoi ? C’est que les élections législatives aient lieu sur le territoire national le même jour dans l’ensemble du pays. On ne peut pas voter par étape dans le temps. Donc, s’il y a une région où il n’est pas possible de voter, donc, on interrompe le vote dans le reste du pays. Si on veut forcer, alors, en ce moment là , c’est une provocation générale. On n’acceptera pas.
AFRICAGUINEE.COM : Etant originaire de cette région, quelle solution préconisez vous pour une issue favorable ?
JEAN MARIE DORE : Ecoutez, moi j’ai eu à organiser une élection présidentielle. Arrivée à un moment, je me suis aperçu que l’élection n’avait plus tellement d’importance. Ce qui était le plus important, c’était la garantie de la paix civile. La loi est faite pour les hommes, l’homme n’est pas fait pour la loi. On devait organiser le deuxième tour le 04 août 2010, c’est-à -dire quinze jours après. Je me suis dis que ce n’est pas normal parce que si on fait les élections ce jour, ça sera la déflagration générale dans le pays. Donc, au nom de la paix civile dont j’avais la garantie, personne d’autre dans le gouvernement ne devait être responsable de ça. C’était moi. Donc, j’ai pris sur moi, contre l’avis de la communauté internationale de reculer la date.
AFRICAGUINEE.COM: Vous voulez qu’on reporte la date des élections législatives à cause des évènements en guinée forestière ?
JEAN MARIE DORE : Moi mon objectif premier, ce qui devait être obtenu coûte que coûte, c’était la paix civile. Si aujourd’hui nous nous trouvons devant des faits semblables, il faut préférer la paix en Guinée. Car le premier bénéficiaire de la paix en Guinée, c’est le gouvernement. Vous ne pouvez pas donner toute la mesure de votre talent à gérer un pays si vous êtes distrait par toute sorte de cris. On se bat au Fouta, en Forêt, en Haute Guinée ou en Basse Guinée. Aucun chef d’Etat ne peut donner la plénitude de ses moyens de gestion dans un tel contexte d’agitation.
AFRICAGUINEE.COM : Quel est le bilan exact des affrontements en Guinée forestière que vous détenez en ce moment, monsieur Doré ?
JEAN MARIE DORE : C’est très difficile. 65 victimes, c’est contrôlable. Mais certains me donnent des chiffres plus élevés, d’autres, mineurs. Mais ce qui a été vérifié par nos gens sur place, c’est 65 morts qui comprennent à la fois des Guerzés, des Koniankés ou quelques éléments des forces de l’ordre. Parce que les premiers éléments des forces de défense qui sont partis ont donné l’impression de prendre partie pour un camp. Ce qui n’était pas normal. C’est pourquoi, les professionnels qui sont partis de Kindia, sont vraiment entrain de jouer aux arbitres et, je les félicite pour cet effort d’être des arbitres parce que ce sont des citoyens d’un même pays relevant de l’autorité d’un même chef d’Etat.
AFRICAGUINEE.COM : A vous entendre on a comme l’impression que vous insinuer que les éléments des forces de l’ordre n’ont pas été neutres…
JEAN MARIE DORE : Oui, ils n’ont pas été neutres parce que ce n’était pas des éléments qui étaient préparés pour le maintien d’ordre. Dans une affaire aussi grave, qui met en péril la paix civile, ce ne sont pas deux officiers qui devaient aller là -bas. C’est une délégation gouvernementale avec le prestige du ministre de l’administration du territoire, ministre de la justice, ministre de la défense, ministre de la sécurité, et leur présence en aurait imposée à la population. Mais vous envoyez deux officiers supérieurs au motif qu’ils sont des fils de la région, or, ce sont les fils de la région qui sont aux prises les uns contre les autres. Et les deux officiers font l’objet de poursuite pénale devant la cour internationale. Je continue à m’interroger sur la raison de leur choix.
Puis qu’une partie de leur prestige avait déjà été entamée par le fait de leur inculpation. Est-ce que c’était avisé d’envoyer sur le terrain des gens qui sont inculpés des crimes devant la cour pénal internationale ? Je ne dis pas qu’ils sont coupables. Parce que l’inculpation n’est pas une preuve de culpabilité. Moi je pense qu’on aurait même limité les effets de ces affrontements si les premiers jours l’hélicoptère avait fait trois ou quatre voyages pour amener les délégués du gouvernement. Parce qu’en dehors du Président, si le ministre de la justice, de l’administration du territoire, tous ceux-là vont, tout l’Etat est là .
AFRICAGUINEE.COM : Ne craignez-vous pas que le même scénario qui s’était passé à Zogota se répète ?
JEAN MARIE DORE : Non ! Si vous voulez inculper la délégation du ministre, ça c’est votre responsabilité, moi je n’ai jamais dis ça. La seule chose que j’ai dis, c’est qu’à Zogota, on avait promis un rapport qui n’est jusqu’ici pas sorti.
AFRICAGUINEE.COM : Quel commentaire faites-vous du déplacement du Président de la République sur Abuja au Nigeria, pendant que les violences continuaient à Nzérékoré ?
JEAN MARIE DORE : Vous savez, il y a déjà beaucoup de choses qu’on reproche au Président, je ne voudrais pas encore ajouter quelque chose à ce que vous dites. Si moi j’étais président de la République, je n’aurais pas quitté mon pays pour une réunion bidon, à Abuja. Parce que la Guinée peut vivre sans Abuja. Donc, il faut que la maison soit en sécurité avant de sortir. Tout chef d’Etat dont le pays est affecté par des problèmes comme ça, rentre d’urgence chef lui. Mais, c’est une question d’évaluation. Il a peut être évalué que notre existence dépendait du voyage à Abuja. Alors si c’était le cas, c’est son droit d’y aller. Mais, il a estimé comme il est chef d’Etat, y a pas d’autorité plus que la sienne, dans l’état légal. Ce n’est pas moi qui dois lui apprendre à gérer. Il est candidat, il a un bilan à présenter, il a son image à défendre dans le pays. Donc, je m’interdis de juger.
AFRICAGUINEE.COM : Merci Monsieur Doré !
JEAN MARIE DORE : Merci à vous !
Entretien réalisé par Aliou BM Diallo
Pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Interview  date: 20-Jul-2013 à 18:15:20  Partager:   :  |
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