
CONAKRY- Le lieutenant Colonel Claude Pivi va-t-il quitter ses fonctions de ministre chargé de la sécurité présidentielle? Après son inculpation par la justice guinéenne, le sort de cet haut gradé de l'armée suscite des interrogations. Le porte-parole du ministère d’Etat guinéen chargé de la justice, Ibrahim Béavogui, apporte des précisions sur cette affaire qui risque d’éclabousser également l'ex patron de la junte, Capitaine Moussa Dadis Camara...
AFRICAGUINEE.COM : Bonjour M. Béavogui !
IBRAHIM BEAVOGUI : Oui bonjour M. Souaré !
AFRICAGUINEE.COM : Peut-on savoir quelle suite pourrait être donnée à l’inculpation la semaine dernière du ministre guinéen chargé de la sécurité présidentielle, le colonal Claude Pivi, dans le dossier lié aux massacres du 28 septembre 2009 ?
IBRAHIM BEAVOGUI : L’inculpation ne veut pas dire culpabilité. En toute indépendance ils ont estimé qu’il fallait inculper le Colonel Claude Pivi. Encore une fois l’inculpation ne veut pas dire culpabilité, c’est quant ils finiront l’information judicaire, qu’ils vont décider de La situation pénale de chaque personne mise en cause, parmi les quelles figure Colonel Pivi. Je ne peux pas vous dire la suite à donner puisque les juges sont libres de l’appréciation des faits et de décider de la situation pénale de ceux qui sont mises en cause. Il y a leur imperium qu’il faut respecter. En tant que juge, je sais que le principe dit que la liberté est la règle et l’arrestation l’exception. Quand le juge n’est pas convaincu qu’il faut traiter la personne, même s’il a des pré jonctions graves et concordantes, parce que les présomptions graves et concordantes ne veulent pas dire preuve. Il faut que les gens sachent que sur la base des présomptions qu’ils vont décider d’inculper ou de prendre une ordonnance de non-lieu. C’est à eux de dire quelle suite ils vont donner. S’ils pensent que le monsieur est coupable. A cet effet, ils le placeront sous mandat de dépôt. A ce stade on ne peut pas se prononcer sur la suite de cette affaire. C’est dans l’intimité de leur conviction qu’ils vont décider.
AFRICAGUINEE.COM : Certains observateurs réclament la destitution de ces officiers supérieurs qui occupent de hautes fonctions au niveau de l’administration. Qu’en pensez-vous ?
IBRAHIM BEAVOGUI : Ces personnes ne disent pas la vérité ! Tant qu’une personne n’est pas retenue coupable, l’administrateur qui le nomme est libre de le garder ou de ne pas le garder. Ceux qui pensent ainsi, c’est leur point de vue. Il faut croire au minimum de droit. Si vous ne croyez pas aux honneurs de justice, vous ne croyez pas à la force de l’opinion. Donc, ceux qui pensent à ça c’est leur point de vue, mais moi je ne suis pas d’accord avec eux. C’est seulement un tribunal qui doit retenir quelqu’un coupable. Et s’ils sont retenus coupables par le tribunal, c’est à partir de là qu’ils perdent leur droit. La mise en accusation, la mise en inculpation ce n’est qu’une position intermédiaire entre la liberté et la prison, cela ne veut pas dire d’office que la personne est coupable de ce qu’on lui reproche. Il faut que les gens se gardent d’une certaine interprétation que je ne trouve pas fondée sur le plan du droit. Sur le plan juridique c’est serait une grave violation des droits humains, sur le simple fait de l’inculpation d’une personne qu’on lui enlève ses fonctions. Par contre, sur le plan politique ça peut avoir des effets. Mais sur le plan administratif c’est illégal d’enlever quelqu’un sans qu’il ne soit reconnu coupable.
AFRICAGUINEE.COM : Nombreux sont ceux qui craignent que les personnes inculpées n’aient une certaine influence sur l’appareil judiciaire à cause des fonctions qu’elles occupent…
IBRAHIM BEAVOGUI : Aujourd’hui dans ce pays, des hautes autorités acceptent de venir répondre devant la justice. Le colonel Thiegboro (actuel secrétaire d’Etat du service national de lutte contre la drogue et des crimes organisés, Ndlr), colonel Pivi, le général Baldé (Haut commandant de la gendarmerie nationale, Ndlr) et le commandant Resco (gouverneur de Conakry, Ndlr) sont venus devant la justice. Les gens ne croient pas jusqu’à présent à cette avancée malgré tout cela. Est-ce qu’on pouvait imaginer que des hauts officiers viennent répondre devant des petits juges comme ils le disent. Il y a eu une évolution dans ce pays. La reconstitution des faits dans un cas qui n’est pas dans une procédure de crime flagrant, ce n’est pas facile. Il y a une kyrielle de victimes, il y a une kyrielle de présumés auteurs, Il faudrait que les gens se mettent à la disposition de la justice. Ceux qui étaient présents au stade du 28 septembre, qu’ils viennent parce qu’il y a eu un appel à témoin lancé par le ministre de la justice. Mais les gens préfèrent restés dans leur petit salon dire seulement ce qu’ils pensent des juges qui, en finalité sont les seuls compétents pour régler les problèmes judiciaires.
AFRICAGUINEE.COM : Croyez-vous à l’indépendance de la justice guinéenne ?
IBRAHIM BEAVOGUI : Moi je suis un juge. Et je crois à l’indépendance de la justice car, je suis indépendant et libre. L’indépendance est personnelle, le juge doit avoir cette mentalité.
AFRICAGUINEE.COM : Que répondez-vous à ceux qui estiment que c’est sous la pression de la communauté internationale que les magistrats guinéens sont entrain de faire un peu avancer les choses ?
IBRAHIM BEAVOGUI : Ils n’ont qu’à dire ce qu’ils pensent. La cour pénale internationale fait son travail, pour que les crimes contre l’humanité soient imprescriptibles. Si les juges guinéens se montraient incompétents, la CPI pourrait intervenir. La loi permet à la juridiction nationale de connaitre toutes ces infractions. Les gens n’ont qu’à penser ce qu’ils veulent, si vous n’avez pas confiance à vous-même, vous ne pouvez pas avoir confiance aux autres. C’est ça le problème de la Guinée. Ceux qui pensent que les juges ne sont pas indépendants, ce qu’à leur place ils ne se sentent pas eux-mêmes indépendants.
AFRICAGUINEE.COM : Avez-vous eu l’information sur une éventuelle inculpation ou convocation de l’ancien président Capitaine Moussa Dadis Camara ?
IBRAHIM BEAVOGUI : Quant il y a une information judiciaire, ce n’est pas à moi de le dire. L’information judiciaire est secrète. Ce n’est pas comme le système Anglo-Saxonne, où dès le début on vient mettre les menottes sur la personne. Je ne peux pas vous donner une telle information.
AFRICAGUINEE.COM : Merci Monsieur Béavogui!
IBRAHIM BEAVOGUI : C’est moi qui vous remercie.
Entretien téléphonique réalisé par SOUARE Mamadou Hassimiou
Pour Africaguinee.com
Tél. : (00224) 664 93 51 31
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  Rubrique: Interview  date: 03-Jul-2013 à 12:49:55  Partager:   :  |