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Hadja Rabiatou Sérah Diallo de la CNTG: " C’est à voir maintenant si le nouveau Premier ministre va
[IMG1]A quelques jours de la formation du nouveau gouvernement, les syndicalistes guinéens veillent au grain. Hadja Rabiatou Sérah Diallo de la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée (CNTG) nous expose, dans cet entretien, la position des syndicalistes sur la composition de la prochaine équipe gouvernementale, le respect des accords tripartites du 27 janvier 2007, la rencontre inédite des syndicalistes avec le Président du Patronat guinéen, Elhadj Mamadou Sylla. Entretien exclusif!!!
Africaguinee.com : Bonjour Madame Rabiatou Sérah Diallo. Vous venez d’être réélue comme membre titulaire du Conseil d’administration au niveau du BIT. Quels sont vos sentiments après cette élection ?
Hadja Rabiatou Sérah Diallo:Ce sont des sentiments de satisfaction pour tout le peuple de Guinée. C’est donc un sentiment de grande satisfaction qui m’anime surtout que lors de l’ouverture de la conférence, j’ai été élue Vice-présidente de la conférence. Donc, dans ce Conseil d’administration, en étant la première femme africaine du groupe des travailleurs à être titulaire et que mon mandat soit reconduit cette année (Ndlr:jusqu’en 2011), ça veut dire que le premier a été bien accompli grâce à tous les Guinéens, grâce à tous les africains.
Vous représentez ici à cette conférence, avec vos collègues de l’inter centrale syndicale, les travailleurs guinéens. Avez-vous obtenu des résultats concrets pour résoudre le problème de chômage et de la pauvreté qui touche les populations guinéennes ?
Je pense que le problème de chômage et de la pauvreté en Guinée ne se résoud pas au niveau du BIT mais c’est sur le terrain même. Parce que le Guinéen doit accepter de se remettre en cause, méditer et savoir qu’est-ce que j’ai fait hier, qu’est-ce que je dois faire aujourd’hui pour que le pays aille de l’avant. Et pour lutter contre la pauvreté, il faudra d’abord lutter contre la corruption, contre l’impunité, contre les détournements de deniers publics et vraiment prôner le dialogue et créer des emplois décents pour tous. Et cela, je pense que c’est au pays qu’il faut réfléchir où toutes les sensibilités doivent se rencontrer pour pouvoir réfléchir et faire des programmes pour tous les Guinéens pour que chacun puisse profiter et que les ressources soient partagées équitablement entre les Guinéens.
Vous avez rencontré, la semaine dernière, avec vos collègues syndicalistes, Elhadj Mamadou Sylla sur invitation de l’ambassadeur guinéen en Suisse, Son Excellence M. Mohamed Camara. Peut-on parler d’une réconciliation entre Elhadj Mamadou Sylla et les syndicalistes ?
Bon, nous sommes venus ici pour la conférence et il ne faut pas ternir l’image de marque du pays. Nous sommes venus pour représenter tous les Guinéens. Donc, ce n’est pas le lieu pour étaler nos querelles internes, nous devons les résoudre en Guinée. L’ambassadeur guinéen nous a invité à l’occasion de mon élection au poste de Vice-présidente à la conférence. Je pense que l’inter centrale ne pouvait pas refuser cette rencontre. Elhadj Mamadou Sylla est avant tout un Guinéen. Nous avons donc participé à cette rencontre comme tout autre Guinéen qui a répondu à l’invitation de l’ambassadeur. La mission diplomatique est une partie de la Guinée. C’est vrai qu’à Genève, cette invitation de l’ambassadeur a fait que, pour la première fois, l’inter centrale syndicale soit autour d’une même table avec Elhadj Mamadou Sylla. Nous avons même félicité l’ambassadeur en lui disant qu’en Guinée on n’avait pas pu nous réunir. Nous sommes donc dans un pays étranger, nous voyons non pas l’individu en face, mais la Guinée. On n’était donc pas parti à cette invitation pour une réconciliation ou pour un jugement ou pour dire qui a tort ou qui a raison. Nous sommes partis pour répondre à l’appel d’un Guinéen qui représente le chef de l’Etat et nous avons pensé qu’il fallait répondre à cet appel. Cela ne signifie pas que les problèmes sont finis, parce qu’il faut qu’on parle ensemble, il faut qu’on dialogue. Il y a eu tellement de problèmes et de bavures en Guinée que nous tenons à ce que notre protocole soit respecté.
Justement que pensez-vous de la proposition de l’ambassadeur guinéen en Suisse qui vous a mandaté avec le Président du patronat Elhadj Mamadou Sylla de transmettre au Président Conté ainsi qu’au Premier ministre le message de paix et d’unité nationale depuis Genève ?[IMG2]
A cette question, nous avons dit à l’ambassadeur que ce sont eux les tenants du pouvoir et ce sont eux qui ont les moyens ! Aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement de transmettre cette commission au Président de la République. Ce sont les actes qui comptent. Et à cette question, j’avais dit à Monsieur l’ambassadeur que la balle est dans le camp d’Elhadj Mamadou Sylla. Parce qu’il a les moyens et nous nous n’avons que notre bouche pour défendre les intérêts des travailleurs. Aujourd’hui, le Guinéen se prostitue pour avoir de l’argent, ce n’est pas par conviction qu’il adhère parfois à des choses. Mais c’est pour joindre les deux bouts afin de vivre. On ne peut donc pas en vouloir au Guinéen pour cela. Donc, moi je pense que chacun doit se mettre au dessus des problèmes et voir la Guinée en face. Et cette mission noble revient en premier lieu aux tenants du pouvoir. Car ce sont ceux qui ont les moyens qui peuvent aider la Guinée à sortir de cette crise.
Avec la nomination du nouveau Premier ministre Ahmed Tidjane Souaré, plusieurs observateurs ont estimé que les accords du 27 janvier 2007 sont devenus lettre morte. Comment se portent ces accords tripartites ?
Les accords se portent mal parce qu’il faut dire la vérité. Les accords ont été violés. Donc, c’est en cela que l’inter centrale syndicale avait fait une déclaration. Nous avons dit que les accords ont été violés. Mais ce n’est pas la première fois qu’il y a eu violation de ces accords. C’est pour ça que le Comité de suivi était là pour faire une évaluation et voir qu’est-ce que nous devons corriger pour nous amener à être au même niveau d’information pour mieux appliquer lesdits accords. Ce qui est important aujourd’hui, c'est que tout le monde attend la composition du nouveau gouvernement. Va t-on ramener les anciens ? Ce n’est même pas un problème syndical. Souvenez-vous quand Eugène Camara avait été nommé, ce ne sont pas les syndicats qui ont amené les violences. La grève n’était pas encore consommée. Mais c’est le peuple de Guinée qui a réagi. Aujourd’hui, le Guinéen s’est réveillé. Il n’acceptera plus ce qui s’est passé avant et tout le monde connaît les problèmes de la Guinée. Donc, il ne s’agit pas ici de voir l’inter centrale syndicale, mais le peuple de Guinée. Ce peuple a pris conscience aujourd’hui de son état. Et si ce même peuple pense qu'une chose ou un acte ne lui convient pas, il va réagir. C’est regrettable aujourd’hui encore que des balles perdues tuent des innocents. Parce que quand il y a des violences, c’est toujours le pauvre qui paye le pot cassé. En définitive, c'est lui qui est sanctionné. C’est pourquoi il faut dialoguer. Car, même en temps de guerre, on finit par être autour de la table. Pourquoi donc ne pas commencer par le dialogue au lieu de tuer des pauvres ?
A quelques jours de la formation du nouveau gouvernement, certains observateurs craignent le retour des anciens ministres aux commandes. Quelle serait la position des syndicalistes sur cette éventualité ?
Nous sommes clairs à travers notre dernière déclaration. Je n’étais pas à Conakry, mais nos collègues qui ont déjà rencontré le Premier ministre, ont eu à travers, l’inter centrale, à le souligner avec force au nouveau Premier ministre. C’est à voir maintenant si le nouveau Premier ministre va écouter le cri du peuple. S’ils vont prendre en compte nos observations. Nous sommes tous à l’écoute aujourd’hui et nous attendons.
Si cette éventualité se confirmait, est-ce qu’on peut s’attendre à une grève ?
De toute façon, la grève n’est que suspendue. Nous nous restons dans le cadre de nos accords. Les accords qui ont été signés, ce sont des engagements, c’est égal à une loi. Nous resterons dans le cadre de nos accords et nous avons tiré les leçons du passé. Nous pensons que maintenant, chacun doit jouer son rôle. Les politiciens doivent jouer le leur, la société civile aussi ainsi que les syndicalistes. Pour qu’au finish nous réussissons à sortir la Guinée de cette crise et que le Guinéen puisse aspirer au bonheur tant souhaité.
Le Premier ministre Ahmed Tidjane Souaré a proposé la formation d’un gouvernement d’union nationale. Doit-on s’attendre à une entrée des syndicalistes dans le nouveau gouvernement ?
Dans l’actuel gouvernement, il y a des syndicalistes. Donc, s’il s’agit d’un gouvernement de large consensus, toutes les sensibilités doivent être dans ce gouvernement.
Y compris les anciens ministres ?
Je ne sais pas ce que vous entendez par anciens ministres. Car dans l’actuel gouvernement, peut-être qu’il va garder certains parce que tout le monde n’est pas mauvais. Les ministres qui ont posé des jalons et que le peuple lui-même reconnaît qu’ils sont bons, j’espère qu’il (Ndlr:le Premier ministre) ne va pas les jeter dehors !
Le mot de la fin pour les lecteurs d’Africaguinee.com…
J’appelle d’abord à la responsabilité de tous les Guinéens, des africains parce que l’Afrique est malade. Il y a des crises partout. La crise alimentaire pèse lourd sur les populations africaines. Je pense que nous devons prendre conscience. Nous devons être unis pour aller vers un objectif commun. Il ne s’agit pas de se déchirer, il faut qu’on s’accepte, qu’on se tolère. Et le changement doit être celui de la mentalité, de la manière de travailler, de la méthode de travail. Que tout cela change et que ce soit profitable à tout un chacun.
Entretien réalisé par Mamadou Kaba Souaré
Depuis Genève pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Interview  date: 04-Jun-2008 à 07:43:51  Partager:   :  |
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