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Elhadj Mamadou Sylla, Président du Patronat guinéen: "Le Premier ministre lui-même est un ancien min
[IMG1]Actuellement en séjour à Genève, le Président du patronat guinéen Elhadj Mamadou Sylla s'intéresse de près à la situation politique en Guinée. Dans cet entretien exclusif qu'il nous a accordé, l'homme d'affaires guinéen s'est prononcé sur le limogeage de Lansana Kouyaté, la formation du nouveau gouvernement d'Ahmed Tidjane Souaré, le problème de chômage en Guinée, sans oublier sa rencontre inédite avec les syndicalistes à Genève...
Africaguinee.com: Bonjour Monsieur Sylla. Peut-on savoir les raisons de votre visite à Genève ?
Elhadj Mamadou Sylla : Oui, je vous remercie de m’avoir donné l’opportunité de m’exprimer sur votre site. Vous savez que chaque année, il y a l’assemblée générale de l’organisation Internationale du Travail(OIT). Chaque pays est représenté par une délégation tripartite: le gouvernement, les syndicats et le patronat. Donc, je suis là en tant que Président du patronat pour conduire la délégation des employeurs, c'est-à -dire le patronat guinéen à cette assemblée générale.
Le 20 mai 2008, le Premier ministre de consensus Lansana Kouyaté a été limogé par le Président Conté. Certains observateurs ont estimé que ce limogeage est dû au refus de son gouvernement de vous accorder les pleins pouvoirs pour représenter le patronat guinéen à Genève. Qu’en pensez-vous ?
Vous savez, en Guinée tout ce qui se passe, Elhadj Mamadou Sylla est accusé. Je ne peux malheureusement pas empêcher cela. C’est vrai que les gens ont dit que j’étais la cause de son limogeage. Mais le gouvernement faisait l’objet de beaucoup de critiques ces derniers temps. C’est difficile pour la population et il faut les comprendre. Le peuple peut te dire le matin que tu es le meilleur et le soir il te dit que tu es mauvais. C’est vrai que le gouvernement de Kouyaté était très soutenu au départ, toute la Guinée était derrière eux, mais au fur et à mesure, le peuple a vu que ce qu’il demandait ne venait pas à temps. Donc voilà pourquoi il y a beaucoup de mécontents. Donc, le Premier ministre est parti comme d’autres sont partis hier. Le Président peut mettre son décret et enlever le Premier ministre. Beaucoup de personnes croyaient que si on touchait ce gouvernement que ça allait faire beaucoup de bruits. Mais, le peuple qui avait sollicité que le gouvernement là soit installé, l’a aussi lâché. Si c’était une seule personne qui voulait ce limogeage, peut-être que ça pouvait être fait, mais les conséquences seraient imprévisibles. ça veut dire aujourd’hui que le peuple avait lâché ce Premier ministre.
Depuis sa nomination, le nouveau Premier ministre Dr Ahmed Tidjane Souaré a entrepris des contacts avec les partis politiques pour former un gouvernement d’union nationale. Quelle est votre réaction par rapport à cette initiative ?
Bon, je ne suis pas un politicien. Mais je suis Président du patronat, ça veut dire qu'économiquement, je suis intéressé par la situation du pays. Nous (ndlr:les hommes d’affaires), c’est la pratique. Les hommes d’affaires agissent concrètement sans faire de la politique. C’est vrai que le nouveau Premier ministre a contacté beaucoup de gens pour former le nouveau gouvernement. Ce qui nous intéresse en tant qu’hommes d’affaires, c’est qu’on puisse avoir la paix pour nos affaires et que le nouveau gouvernement ait une meilleure vision. Je n’aime pas critiquer les gens. J’aime dire les choses clairement. Le Premier ministre sortant, m’avait reçu une fois avec quatre de ses ministres(finances, contrôle économique et financier, habitat et celui du commerce). L’objet de cette rencontre était l’affaire de l’hôtel Kaloum. Quand les libyens sont arrivés, ils m’ont appelé en tant que bailleur, propriétaire de cet hôtel, puisque j’ai un bail de 50 ans. J'ai dit au Premier ministre d’aider le secteur privé. Car ils vont en Europe et un peu partout pour voir les grands entrepreneurs. Je leur ai dit que comme le font les autres gouvernements qui partent avec leurs hommes d’affaires, qu’on fasse la même chose en Guinée. Ainsi, quand les hommes politiques parlent, les hommes d’affaires discutent. ça permet de donner une crédibilité à l’équipe, au pays et c’est moins coûteux pour l’Etat. Car si vous louez un avion et qu’il parte presque vide, c’est une perte. Mais si vous partez avec les hommes d’affaires, vous leur donnez l’opportunité de travailler avec les partenaires étrangers. A l’époque, on nous avait dit que dans le secteur privé, il y a des querelles, on leur a dit que c’est vous les représentants de l’administration qui ne voulez pas qu’on s’entende. Actuellement en Guinée, le secteur privé est dispersé. Il n’y a plus de chambre de commerce parce que depuis longtemps, on promet des élections pour élire le Président de cette chambre de commerce, même chose pour le patronat et pour la chambre d’agriculture. La fin des mandats est presque arrivée. Donc, si vous n’avez pas ces instruments économiques, je vois mal comment le pays puisse décoller. On lance donc un appel au nouveau Premier ministre pour que les hommes qu’il va choisir reflètent un peu le secteur privé. Parce que l’investissement passe d’abord par le secteur privé. Nous souhaitons qu’une bonne équipe soit mise en place qui va respecter le secteur privé. Car le nouveau gouvernement ne pourra rien faire sans le secteur privé. Même si le gouvernement gagne des prêts et dons, les bailleurs de fonds vont leur dire que c’est destiné au secteur privé. C’est nous les hommes d’affaires qui sont impliqués dans les investissements. On connaît déjà le Premier ministre et on va connaître bientôt le nouveau gouvernement.
La Guinée vient de connaître une nouvelle mutinerie qui n’est pas sans conséquence sur la stabilité et décourage les investisseurs. Votre réaction face à ce problème récurrent ?
Nous déplorons cette situation. C’est normal que quelqu’un puisse revendiquer quelque chose. Mais peut-être que pour les militaires, c’est leur façon de se faire entendre. Mais ça fait peur ! Pratiquement, ces derniers jours rien n’est fait en Guinée. C’est une perte énorme pour le pays. Rien qu’avec le secteur minier c’est beaucoup d’agents perdus : la douane, les avions qui ne viennent pas à l’aéroport ; donc ça fait peur. Je pense que c’est mieux que désormais, les militaires puissent poser leurs revendications calmement, discuter pour trouver une solution commune. Il y va de la crédibilité des affaires en Guinée. Peut-être moi qui suis guinéen, je n’ai pas où partir, mais un étranger va investir dans un pays calme.
Vous avez rencontré récemment les syndicalistes guinéens sur l’initiative de l’ambassadeur guinéen en Suisse, son excellence Mohamed Camara et de la communauté guinéenne en Suisse. Quelles sont vos sentiments après cette rencontre ?[IMG2]
C’est vrai que l’ambassadeur guinéen en Suisse nous a invité en tant que guinéens à venir partager un repas et discuter de notre pays. Depuis deux ans, il y a eu beaucoup de crises qui touchent toutes les couches sociales y compris le patronat, les syndicalistes, les partis politiques etc. Venir parler du pays était une bonne chose. Nous avons exprimé chacun ses impressions et chacun a rassuré qu’il va œuvrer pour la paix.
Pouvez-vous nous confirmer que le message de l’ambassadeur, Son Excellence Mohamed Camara vous a confié avec les syndicalistes sera transmis au chef de l’Etat et au Premier ministre guinéen ?
D’abord, je tiens à préciser que le chef de l’Etat est la première autorité du pays. Il a nommé le Premier ministre. Dans chaque pays, les trois entités qui représentent les couches sociales, c’est le gouvernement, le patronat et les syndicalistes. Nous avons donc intérêt à travailler avec le gouvernement tout comme ce dernier doit travailler avec nous. C’est nous qui calmons les crises sociales dans le pays. Car si la paix sociale n’est pas acquise dans le pays, personne ne peut travailler. Comme l’autorité, en l’occurrence l’ambassadeur de la Guinée en Suisse a mandaté Hadja Rabiatou Sérah Diallo et moi-même. Je crois que nous sommes prêts à aller rendre compte au chef de l’Etat et à son gouvernement pour dire que chacun va œuvrer pour construire et entretenir la paix. Car s’il n'ya pas de paix sociale, c’est nous-mêmes, nos frères et nos biens qui allons périr. Généralement, les gens pensent que provoquer les problèmes, c’est pour nuire à autrui, mais les problèmes peuvent se retourner contre son auteur. En tout cas, en ce qui me concerne, en tant que Président du patronat guinéen, je suis ouvert au dialogue avec les Guinéens.
A la veille de la formation du nouveau gouvernement du Premier ministre Ahmed Tidjane Souaré, certains observateurs annoncent le retour aux commandes des anciens ministres comme Fodé Bangoura. Qu’en pensez-vous ?
Je ne le souhaite pas parce que tous les problèmes qu’on a aujourd’hui en Guinée, c’est grâce à Fodé Bangoura. C’était un ami, mais beaucoup de choses qui sont arrivées au pays, c’est à cause lui. C’est ça la vérité. Les faits sont là et ils sont très têtus. Sinon les anciens, ce n’est pas tout le monde qui est mauvais. Il y a des anciens qui sont bons. Chacun a son temps. On a eu des ministres qui sont venus deux fois dans le gouvernement. Donc, tout dépend du contexte. Le Premier ministre lui-même est un ancien ministre, ça veut dire que tout les anciens ne sont pas mauvais. Il y a en qui sont compétents. Il faut donc choisir les gens qui sont intelligents et non pas ceux qui veulent faire du mal aux autres. Je pense donc que ce n'est pas mauvais de prendre les anciens, mais il (Ndlr:le Premier ministre) doit veiller au choix des hommes qui viendront dans le nouveau gouvernement.[IMG3]
Vous êtes le premier investisseur national en Guinée à travers votre société futurelec. Vous avez investi dans le secteur des transports sans pour autant résoudre les attentes des populations. Quels problèmes rencontrez-vous dans ce secteur ?
Vous savez, ce secteur est difficile! Le transport urbain est une perte. Dans le monde entier, c’est l’Etat qui subventionne le secteur des transports. En ce qui me concerne, j’ai payé près de 100 bus pour aider les populations. Car quand je sortais et que je vois ces personnes arrêtées dans les rues et les grèves liées au problème de transport, je me suis lancé dans ce secteur qui n’était pas mon domaine. Mais je voulais contribuer au bien-être de la population. Mais la gestion est un problème en Guinée. La gestion des hommes est difficile chez nous puisqu’ils n’ont pas le même souci que le patron. Je disais aux chauffeurs par exemple que j’ai investi, mais ce sont eux qui gagnaient parce qu’ils ont des salaires. Alors que moi, je ne suis payé que si les chauffeurs font des intérêts. Mais ils n’ont pas voulu comprendre cette réalité. Car si les affaires tournent mal, ils peuvent perdre leur emploi et moi je peux me débrouiller ailleurs sans me faire de soucis. Donc, c’était une perte et je pense que c’est l’Etat désormais qui doit se charger du secteur des transports.
Parlant toujours de transport, depuis un certain temps, les Guinéens sont orphelins de leur compagnie nationale « Air Guinée » dont vous êtes l’acquéreur. Peut-on parler d’échec dans la gestion de cette société ?
D’abord, je tiens à préciser que la compagnie Air Guinée appartient au groupe futurelec dont je suis le propriétaire et non pas à l’Etat. Parce que j’ai acheté cette compagnie. Le contrat de vente est clair et tout le montant a été payé à l’Etat. Donc, si j’ai acheté cette compagnie, j’ai investi beaucoup d’argent. J’ai acheté un avion-épave et je l’ai mis en marche. J’ai acheté un autre boeing. Même le nom, je pouvais mettre futur transport, mais j’ai voulu garder la fierté de la Guinée. C’est pour ça j’ai ajouté juste « express » à « Air Guinée ».Il y a eu un avion qui a fait un accident, j’ai réussi quand même à obtenir d’autres avions avec les américains. Mais avec les problèmes que j’ai eu en Guinée, le projet est pour l’instant suspendu en attendant de voir clair. C’est possible que tout redémarre demain.
Face au problème de chômage qui touche la jeunesse guinéenne, quelles solutions préconisez-vous en tant que premier patron du pays ?
Par amour pour le pays, par souci pour les jeunes en Guinée, j’ai pris mon argent pour investir chez nous pour qu’on puisse embaucher le maximum de jeunes. Quand vous voyez le complexe agro-alimentaire que j’ai fait à Kindia, beaucoup de personnes sont employées grâce à ce complexe. C’est donc ma manière de donner l’exemple, en tant que Président du patronat. J’invite donc les autres patrons à en faire autant. Il faut donc servir d’exemple! Je pense qu’il faut avant tout la stabilité. Ma rencontre avec les syndicalistes est une chose qu’il faut encourager pour que la paix revienne dans notre pays. Sinon, on ne peut rien faire et on sera jugé demain. Les générations futures vont nous juger par nos actes.
Le mot de la fin pour les lecteurs d’Africaguinee.com…
Je tiens à vous encourager dans votre travail. Vous êtes jeunes, mais il faut se dire que tout le monde a commencé par le bas. Avant d’arriver où je suis, on a commencé petit à petit. Mais il ne faut jamais se décourager. Le courage, c’est le premier capital d’un homme. Sans le courage, on risque même de se suicider car il n’y a plus d’espoir. Il faut faire du sérieux dans le travail, le reste avec l’aide de Dieu, on peut réussir.
Propos recueillis par Mamadou Kaba Souaré
Et Abdoul Ghoudoussi Baldé
Pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Interview  date: 04-Jun-2008 à 01:37:06  Partager:   :  |
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