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Dialogue politique en Guinée: Ce qu'en pense Hadja Rabiatou Sérah Diallo du CNT

CONAKRY-Faut-il croire au dialogue entre le pouvoir et l'opposition en Guinée? Pour Hadja Rabiatou Sérah Diallo, l'optimisme est permit sous certaines conditions. Dans cet entretien exclusif accordé à notre rédaction, la présidente du Conseil national de transition (CNT) s'est prononcé sur la situation politique dans son pays...
Africaguinee.com : Après une série de violences qui ont fait neuf morts à Conakry, le pouvoir et l’opposition envisagent désormais le dialogue avec l’implication d’un groupe facilitateurs qui seront choisis par les deux parties .Etes vous optimiste sur la réussite de ce dialogue politique en Guinée?
Hadja Rabiatou Sérah Diallo : Je suis optimiste à condition qu’il y ait une volonté politique à tous les niveaux et que chacun s’inscrive dans cette logique. Aujourd’hui, les guinéens ont faim, ils ont soif et ils ont besoin d’autre chose que de parler politique. En Guinée, nous devons promouvoir la justice sociale et le dialogue pour mettre fin à la violence. Nous avons déjà beaucoup de victimes depuis les anciens régimes. Il faut qu’on arrête ces violences inutiles. Aujourd’hui, le président de la République, les leaders politiques, les citoyens, bref tout le monde est fatigué par cette crise. J’apprécie que le pouvoir et l’opposition se soient entendus pour qu’il y ait ce cadre de concertation avec un collège de facilitateurs guinéens et étrangers. Il faut que chaque partie se dise qu’il n’y a pas de gagnant ou perdant, mais c’est le peuple de Guinée qui doit gagner. Si on prend l’exemple du président ivoirien Alassane Dramane Ouattara, avant qu’il n’accède au pouvoir, il avait subit beaucoup d’humiliations et une fois élu, certains avaient déterré le corps de sa mère ; pourtant il a réussi à tourner la page sans se venger. Au Sénégal, dès l’élection d’Abdoulaye Wade, le Sénégal avait présenté la candidature du président sortant Abdou Diouf pour diriger l’Organisation internationale de la francophonie.
Dernier point, en tant que croyante je pense que Dieu nous a envoyé un message qui est très fort avec le crash d’avion au Libéria (qui avait fait onze morts dont le chef d’état major général des armées, le Général Kéléfa Diallo, ndlr). Je pense que c’est un signe pour nous rappeler les efforts fournis par la Guinée pour aider d’autres pays à accéder à l’indépendance. Je ne vois pas pourquoi nous allons chercher à brûler notre maison commune. J’avoue qu’actuellement il y a des extrémistes, des opportunistes du côté du pouvoir et de l’opposition. Ces opportunistes cherchent à créer la violence pour leurs intérêts personnels. Nos leaders politiques doivent penser d’abord à l’intérêt national avant leur intérêt personnel.
Souvenez-vous en 2006, Cellou Dalein Diallo (ancien premier ministre et actuel leader de l’Union des forces démocratiques de guinée, ndlr) n’avait pas démissionné pour éviter des violences ; en 2007 c’était avec Lansana Kouyaté (ancien premier ministre et actuel leader du parti de l’espoir pour le développement national, ndlr) qui n’avait pas démissionné malgré l’appel du mouvement social qui avait constaté qu’il n’avait pas les mains libres. S’il avait démissionné, il y aurait pas eu des violences.
Ceux qui parlent aujourd’hui d’ethnies en Guinée sont médiocres car presque toutes les familles sont métissées en Guinée. Ceux qui utilisent les ethnies à des fins politiques ignorent le brassage culturel dans notre pays.
Nous devons donc tout faire pour préserver la paix et la cohésion sociale dans notre pays.
Africaguinee.com : Vous présidez le Conseil national de transition (CNT).Quel est le rôle de cette institution républicaine pour trouver une sortie de crise en Guinée` ?

Le CNT s’est toujours inscrit dans cette logique pour préserver la paix et l’intérêt supérieur de la nation. Au niveau du CNT, nous sommes convaincus que lorsque le chef recule, il ne s’agit pas d’une faiblesse mais d’une force d’esprit pour protéger ses concitoyens. Très tôt, le CNT s’est impliqué pour renforcer le dialogue social en Guinée avec l’appui du BIT, de l’OIF, le PNUD pour former les formateurs sur le dialogue social au niveau des huit régions du pays. Nous avons également organisé un séminaire sur le pacte de convergence et de stabilité avec tous les acteurs sociopolitiques du pays pour impliquer chacun sur la nécessité d’avoir un cadre de concertation pour avoir une sorte d’alerte et éviter les crises. Nous sommes actuellement sur la finalisation de ce pacte.
Nous avons fait une série de concertations qui nous ont permit de voter des lois notamment sur la commission électorale nationale indépendante (CENI).La communauté San Egidio nous a également appuyé dans ce sens pour préserver la paix sans exclure quelqu’un dans le cadre du dialogue.
Le CNT s’est également impliqué dans la réforme des forces de défenses et de sécurité avec des lois sur la justice militaire, la police et la protection sociale. La Commission des finances du CNT a contribué à l’atteinte du programme pour les pays très endettés (PPTE) accordé par le FMI. Des conventions ont été également adoptées par le CNT pour assurer le bien être des populations.
Je rappelle que le CNT voulait que cette transition finisse dans les six mois, d’où l’adoption très tôt d’une constitution, d’un code électoral et d’une loi sur la liberté de la presse sans lesquels on n’allait pas avoir des élections présidentielles. Par contre, il faut que les gens sachent que le CNT n’organise pas les élections, c’est la CENI qui doit le faire avec l’appui de l’administration.
Africaguinee.com : Avec l’entame de ce dialogue, avez-vous un appel à lancer au pouvoir et l’opposition ?

Mon appel s’adresse d’abord au premier des guinéens, le président Alpha Condé ainsi qu’aux leaders de l’opposition, de la mouvance, aux femmes, aux jeunes, aux institutions républicaines, aux religieux, aux médias, au mouvement social et à la société civile. Il faut que chacun sache que partout où les gens vivent dans la misère, les droits de l’Homme sont violés ! Nous devons nous unir à travers le dialogue. Les structures de veille incarnées par les sages, religieux et institutions républicaines doivent dire la vérité à chacun sans chercher à plaire ! Nous devons aujourd’hui préserver les acquis à travers le dialogue. Les victimes qui ont été tuées lors de ces violences il y a quelques semaines, ce sont des jeunes enfants qui ignorent tout de la politique.
Quand au président de la république, c’est lui qui a les destinées du pays ; par conséquent, c’est lui qui a un œuf entre les mains ! Il doit tout faire pour éviter la violence en ayant une oreille attentive au cri du peuple de Guinée. Le chef de l’Etat ne doit pas écouter les démagogues qui lui disent de refuser ceci ou cela .En attendant, malgré tout ce qu’il a subi, le destin a décidé que ça soit qui lui occupe ce fauteuil présidentiel aujourd’hui.
Les leaders de l’opposition dont une partie a eu à gérer ce pays, doivent également se ressaisir et savoir que le monde évolue et que ce qui était possible avant ne l’est plus aujourd’hui. Ils doivent tenir compte des souffrances de leurs compatriotes. On peut avoir raison, mais faire preuve de retenue dans l’intérêt supérieur de la nation.
C’est cet appel que je lance à tout le monde pour que notre pays puisse sortir de cette crise.
Entretien réalisé par SOUARE Mamadou Hassimiou
Pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Interview  date: 21-Mar-2013 à 14:17:47  Partager:   :  |
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