|
|
| Detail de la News |
Immigration clandestine:le Maroc, terminus noir( 2ème partie)
[IMG1]Certaines villes d'Algérie, comme Tamanrasset ou Maghnia, ont vu leur population augmenter de manière considérable, devenant le carrefour de multiples trafics — prostitution comprise. "La région d'Oujda et de Berkane est l'une des plus pauvres du Maroc. Ici, même la miette de miette de travail, les Subsahariens ne l'ont pas" , soupire Jelloul Araj, homme de théâtre et ex-syndicaliste, cofondateur de Mountada Rihab, une association qui milite pour " la culture, la solidarité et le développement" . Il est l'un des rares, avec le père Joseph Lépine, le curé de l'église d'Oujda, à entretenir des rapports réguliers avec les Africains du campus — qui ont été jusqu'à 600 à s'y entasser durant ces deux dernières années. Il connaît leurs terribles histoires. Comme celle de cette jeune Nigériane, prise en charge in extremis par une organisation humanitaire en mission à Oujda. "Avant son départ, elle et sa famille avaient passé contrat avec les trafiquants", raconte Jelloul Araj. Les proches avaient réglé une part du voyage. "Elle-même s'était engagée à payer la sienne en se prostituant en Europe. La troisième part, c'est l'enfant qu'elle a mis au monde en chemin qui devait l'apporter : si personne n'était intervenu, il aurait été vendu dans un réseau d'adoption." Abracadabrant ? Pas plus que les combines et escroqueries diverses auxquelles les uns et les autres se livrent.
Rodrigue Sonor, 24 ans, de nationalité gabonaise, est l'un des responsables du Cercle des étudiants africains du sud-Sahara à Oujda (Cetaso). Il raconte comment "les Zaïrois -aujourd'hui Congolais-RDC-, spécialistes des faux papiers" arrivent à obtenir "jusqu'à 150 euros" des Subsahariens clandestins en échange d'un faux passeport et d'un billet de train pour Rabat. Les vrais papiers d'identité se monnaient évidemment plus cher. Les retraits à la Western Union, l'établissement spécialisé dans les transferts de fonds, sont aussi l'objet de racket : le clandestin qui n'a souvent plus de papiers est contraint, s'il veut toucher le pécule envoyé par les siens, de passer par un tiers en règle. Lequel va évidemment prélever son pourcentage...
"Certains étudiants succombent à l'attrait de l'argent" , regrette Rodrigue Sonor. Depuis quatre ans qu'il vit légalement à Oujda, les choses ont bien changé. "Avant, les Marocains nous respectaient. Maintenant, ils nous mettent dans le même panier que les clandestins" , regrette-t-il. Les chauffeurs de taxi eux-mêmes refusent désormais de prendre les clients noirs irréguliers. "Pour monter dans un train ou un bus, il faut avoir maintenant au moins quatre pièces d'identité — la carte de séjour, le certificat d'inscription à la fac, etc. Il faut, en plus, faire preuve de beaucoup de patience et de tact" , ajoute, elliptique, le jeune étudiant noir.
A Oujda comme ailleurs, dans l'esprit du Marocain moyen, "l'inquiétude tend à remplacer la tolérance" , note Mehdi Lahlou. Récemment, un groupe d'étudiants maghrébins a tenté, "sans grand succès" , assure Jelloul Araj, d'organiser une manifestation contre les squatters africains du campus, accusés de tous les maux du royaume. Et le président du conseil des oulémas a dénoncé, en public, la présence des migrants subsahariens, présumés parasites et mangeurs du pain marocain.
Jusque dans les milieux associatifs, excepté l'Association des amis et familles des victimes de l'immigration clandestine, créée en 2001, à Khouribga, l'indifférence ou l'ignorance semble la règle. "Lors d'un rassemblement, j'ai entendu la responsable d'une association de protection de l'environnement accuser les Subsahariens d'avoir détruit notre patrimoine écologique et de manger des singes ! Cela m'a mis hors de moi" , témoigne Najib Bachiri, président de l'association Homme et environnement installée à Berkane.[IMG2]
Sans doute les choses s'amélioreront-elles peu à peu. La chaîne de télévision marocaine 2M a diffusé, dès 1998, un premier reportage, en langue arabe, sur les migrants de la forêt de Gourougou, près de Nador, réalisé par Mohamed Khatem. Deux autres documentaires ont suivi, Errances africaines de Reda Benjelloun, en février 2004, et A la vie, à la mort de Salhoua Jaafari, en janvier 2005 — tourné dans les îles Canaries avec la garde civile espagnole.
Les Canaries, Moussa le Nigérian y songe. "En partant de Layoune, ça coûte 800 euros" , explique-t-il dans un mauvais anglais. "M ais c'est beaucoup plus long et beaucoup plus dangereux que par Gibraltar." Caché depuis quelques mois dans les environs de Berkane, Moussa finira sans doute par "réessayer Melilla" -l'enclave espagnole, à l'extrême nord du Maroc-, bien que le tarif — "1 200 euros" — ait beaucoup augmenté. Moussa ignore que face à la surveillance accrue, la plupart des passeurs ne montent plus à bord des pateras. Les clandestins les empruntent à leurs risques et périls. Et le prix de l'embarcation — éventuellement perdue — est désormais ajouté au tarif de la traversée...
Catherine Simon
Source:LeMonde.fr
Africaguinee.com |
  Rubrique: Dossier du Jour  date: 17-May-2008 à 10:05:19  Partager:   :  |
|
|
|
|